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Les jésuites: rempart contre le jansénisme! quelle bonne blague!
par baudelairec2000 2013-10-12 00:17:30
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Vous n'en auriez pas d'autres comme celle-ci?

S'il y a une polémique au cours de laquelle et à l'issue de laquelle la Compagnie de Jésus a laissé des plumes, c'est bien l'interminable querelle autour de la grâce qui mit aux prises ceux, d'une part, qu'on finit par appeler les Jansénistes et, d'autre part, les jésuites et le pouvoir royal pendant des décennies. Pascal, dans les Provinciales, a brillamment défendu la cause de Port-Royal, et ridiculisé des Jésuites sclérosés, un siècle à peine après leur création, parce qu'enfermés dans des raisonnements formalistes, appliquant des recettes pour penser. La logique des Jésuites, quelle horreur, leur spiritualité, du volontarisme à l'état pur. Pas étonnant que les partisans de saint Augustin sur la grâce se soient opposés aux Molinistes. Permettez-moi de renverser votre proposition:

Les Jansénistes, rempart contre les Jésuites.

Quelques rappels:

Un précurseur du jansénisme, Baïus, professeur à Louvain, avait entrepris d'aborder le problème de la grâce, dans une perspective opposée à celle de la scolastique, en faisant référence uniquement à la patristique. Il passait ainsi par dessus de longs siècles de développements. ses adversaires déférèrent au pape Pie V une liste de 76 propositions "attribuées" - le procédé sera appelé à se renouveler - à Baïus. Celui-ci prétend ne pas reconnaître sa véritable pensée, peu importe, les 76 propositions sont condamnées quoique modérément (1567). De là une opposition à Louvain entre la Faculté de Théologie, acquise aux idées augustiniennes, et le collège des Jésuites, au sein duquel on se réjouissait de la condamnation de Baïus.

La querelle dure encore lorsque Jansénius en 1640 fait paraître son Augustinus, gros ouvrage de 1300 pages sur la grâce, en se fondant sur la pensée de saint Augustin. L'ouvrage était bientôt condamné par un décret de l'Inquisition (août 1641) mais la condamnation ne fut pas reçue aux Pays-Bas; une bulle "In eminenti" (6 mars 1642) rééditait la bulle de Pie V contre Baïus, les décrets de 1611 et 1625 prescrivant le silence dans la question de la grâce.

Le problème se déplaçait alors en France; il faut dire que Jansénius avait fréquenté dans les années 1611-1616 le futur abbé de Saint-Cyran, que celui-ci le retrouvera en 1621 à Louvain. Ce n'est pas vraiment à Jansenius que Saint-Cyran doit son augustinisme, mais à Bérulle, le fondateur de l'Oratoire en France, grande figure mystique du premier dix-septième, de plus supérieur des Carmels français. Or, en fondant l'Oratoire, Bérulle contrariait directement les projets de la Compagnie en matière d'enseignement. Bérulle, pour qui le triomphe du catholicisme en Europe était une nécessité,et pour qui tout compromis avec le protestantisme était interdit, n'allait pas tarder à s'opposer à Richelieu. Le ministre de Louis XIII fit prévaloir la politique que l'on sait; Bérulle fut disgrâcié, entraînant avec lui l'homme de l'ombre, Saint-Cyran, qui, à la mort de Bérulle, parut être son successeur à la tête du parti dévôt. Il s'attira par là-même la haine du cardinal.

En 1635, Jansenius fait paraître un pamphlet, le Mars gallicus, un ouvrage dirigé contre Richelieu, dénonçant l'alliance avec les protestants d'Allemagne. Après de nombreuses provocations du milieu dévôt - c'est comme cela que Richelieu voit les choses - le cardinal fait enfermer Saint-Cyran le 14 mai 1638, au château de Vincennes. Dans le mois qui suit la mort de Richelieu, Saint-Cyran sort de prison, auréolé aux yeux de ses partisans du martyre (janvier 1643). Voilà comment un problème religieux devient un problème politique. La lutte contre les jansénistes devait se poursuivre pendant des décennies, d'abord avec Mazarin qui voulait en finir avec le parti dévôt, puis avec Louis XIV, qui ne cessera de faire intervenir Rome par des condamnations qui ne servent à rien, sinon à renforcer le camp des adversaires résolus de la monarchie française.

On sait en effet que ce devient le parti janséniste au XVIII e; on assiste à un collusion du jansénisme et des gallicanisme parlementaire. Jansénistes, gallicans et philosophes des Lumières obtiendront en 1773, si ma mémoire ne me joue pas des tours, la destruction de la Compagnie de Jésus.


Bibliographie sur le Jansénisme:

- Jean Orcibal, Saint-Cyran et le jansénisme (Le Seuil, 1961)

- René Taveneaux, La vie quotidienne des Jansénistes (Hachette, 1973)

- Louis Cognet, Le Jansénisme (Que sais-je?, PUF)

- Antoine Adam, Du mysticisme à la révolte (Fayard, 1968)

- Aimé Richardt, Le jansénisme (F.-X. de Guibert, 2011)












     

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      Les jésuites: rempart contre le jansénisme! quelle bonne blague! par baudelairec2000  (2013-10-12 00:17:30)
          vous faîtes dans le paradoxal par Luc Perrin  (2013-10-12 00:41:16)


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