généreux mais en l'état hors du réel hélas par Luc Perrin 2013-09-05 23:24:40 |
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Le pape est dans son rôle et cette lettre est bienvenue. Se borner à un jeûne et une prière puis on passe les 100000 morts, le gaz sarin, les 6 millions de personnes déplacées sous la moquette eût été parfaitement odieux même pour la diplomatie pontificale qui par définition étant une "diplomatie" ne peut qu'être à moitié propre.
En dépit de la touche d'angélisme ["les vaines prétentions à une intervention militaire"] où l'usage de la force armée paraît a priori comme rejeté, une évolution fâcheuse depuis Jean-Paul II - imaginons qu'en 1940 les gouvernants aient suivi ce principe et l'intervention au Mali fait que les mains et les pieds n'y sont plus coupés, rien de "vain" très Saint Père ... -, le pape pose en gros les éléments qui constituent la quadrature du cercle syrien.
1) l'impératif tant moral que politique, économique, simplement humain, celui que 68% des Français - et les intervants pro-Assad du F.C. - veulent oublier :
"Que les leaders du G20 ne restent pas passifs face au drame infini de la population syrienne et au risque de voir toute une région déjà affligée et besogneuse de paix subir de nouvelles souffrances." (François)
Les puissances sont donc sommées d'agir et non de rester les bras croisés comme le voudraient les pro-Assad. Sur ce point, le Saint Père est en symbiose avec Obama comme Hollande comme tous les chefs d'État qui ont exprimé une volonté d'agir (à l'opposé de Poutine et de la Chine et de plusieurs autres).
2) le pape relèvent que les puissances grandes ou régionales ont envenimé la situation et en Syrie, il déplore les "intérêts partisans" (le clan Assad accroché à son pouvoir dictatorial, les groupes radicaux islamistes qui veulent la charia ou la mort des autres):
"Je déplore que trop d'intérêts partisans aient prévalu depuis le début de cette crise, qui ont empêché une solution capable d'éviter l'inutile massacre auquel nous assistons." (François)
Il observe que toute action est très difficile bien que nécessaire du fait des intérêts opposés.
3) une fausse solution en l'état ou des paroles creuses type UMP ou Mélenchon :
"un nouvel engagement, courageux et déterminé, en faveur d'une solution pacifique passant par le dialogue et la négociation entre les parties en cause" (François)
Mais quelle "solution pacifique" après 2 ans de guerre implacable et l'escalade de la guerre chimique (sur laquelle le pape est curieusement discret) ? Le départ volontaire d'Assad et des milices islamistes ?
Mais quel "dialogue" quand les "parties en cause" refusent précisément tout dialogue et l'écrivent y compris dans Le Figaro ?
En somme le pape dit : Agissez mais ce sera presqu'impossible et causez dans le vide avec des gens qui ne veulent pas dialoguer ...
In fine la solution pacifique passe par une entente préalable entre USA (+ quelques Européens la majorité n'ayant comme d'habitude aucune idée, aucun moyen militaire ou économique et aucune volonté ex. Mme Merkel), la Turquie, l'Arabie Séoudite et de l'autre côté l'Iran et la Russie. Tout ce beau (?) monde peut mettre à genoux le régime Assad et prévenir la prise du pouvoir des fanatiques d'Al Quaida s'ils se mettent d'accord.
Qui ici y croit ? Qui à Rome y croit vraiment ?
D'ici quelques mois quand le cancer syrien aura encore gagné en nocivité en entraînant le Liban et en déstabilisant encore plus l'Irak et peut-être la Turquie, quand la passivité - dénoncée par le pape - face aux armes chimiques aura comme toute lâcheté fait des émules ailleurs ... là peut-être, les gouvernants énoncés ci-dessus se diront qu'il est temps d'agir y compris militairement.
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