Quant à se voir investie de charges et prérogatives particulières, il faut vraiment maintenant reculer loin dans le passé.
Vous regardez tout, cher Nemo, d'un angle très français (ce n'est pas un reproche, c'est un constat), et de ce point de vue là, vous avez raison.
Mais il suffit de prendre l'Eurostar pour se rendre compte (avec Coriolan) que There is a world elsewhere!
Là vous pourrez causer (même en français)
-aussi de trônes et faldistoires, soutanes filetées et mozettes, j'en suis certain: l'intéressé est un catholique cultivé et conscient de ces traditions, comme tous ses ancêtres, dont un a perdu sa tête sous l'autre Elisabeth, en 1572-
avec le huitième des Grands Officiers de l'Etat, dont la famille illustre, premier pair du Royaume, ce n'est pas rien, occupe cette charge depuis le XIVe siècle, à ce jour, sans interruption.
La charge n'est pas anodyne: organiser, dans les moindres détails, les funérailles d'Etat et le couronnement du nouveau Monarque, et ce pratiquement à ses propres frais, puisque l'indemnisation consiste à ce jour en très peu de chose, même si le bâton d'or a gardé sa valeur, aussi dans cette crise économique. Ce n'est possible qu'au prix de posséder les revenus d'un duché, trois comtés et quatre baronies, et je suppose, un peu de bonne volonté du Gouvernement en place.
Heureusement que les Souverains de Grande Bretagne ont longue vie!
Pire: Sa Grâce a aussi le devoir "to expel all Boyes, Vagabonds, and Rascalls out of the Court gates, as well as other resorting thither unlawfully from time to time as occasion shall require."
Le même est aussi, en vertu d'un de ses titres comtaux, Chief Butler of England, et en droit de servir à boire au Roi, lors de son couronnement, d'une coupe d'or. Coutume tombée en désuétude celle-là, hélas, depuis 1830.
Si en revanche vous décidez de prendre un Thalys ou un de nos ICE plus comfortables, vers l'Est de ce vieux continent, vous pourrez trouver pas mal de vestiges de duchés, principautés, comtés et autres territoires, assortis de leurs traditions diverses, obsolètes pour les obnubilés du présent, mais tenaces et bien visibles pour qui à l'oeil, et qui ne remontent pas "loin dans le passé", mais quelques décennies seulement, un clin d'oeil, sub specie aeternitatis.