Étude par origenius 2013-07-06 18:59:10 |
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Quelques éléments de cyclologie traditionnelle
INTRODUCTION
A.K. Coomaraswamy, fils d'un juriste d'origine indienne et d'une Anglaise, né à Colombo le 22 août 1877, fit en Angleterre des études scientifiques, et fut nommé en 1903 directeur des recherches minéralogiques de l'île de Ceylan. Après s'être consacré quelque temps à un mouvement pour la constitution d'un enseignement national dans l'Inde, il se tourna vers les questions artistiques.
Appelé au Museum of Fine Arts de Boston pendant la première guerre mondiale, il demeura dans cet institut, où il était spécialement chargé du département des arts de l'Islam et du Moyen-Orient. C'est alors qu'il se préparait à réaliser un projet qui lui tenait fort à cœur : son retour en Inde, que la mort le surprit, le 9 septembre 1947.
Pour A.K. Coomaraswamy comme pour bien d'autres, la rencontre avec l'œuvre de Guénon, à laquelle il adhéra totalement, détermina l'axe de son existence et suscita, une production littéraire d'une richesse et d'une importance considérables. C'est d'ailleurs pour répondre en particulier à ses sollicitations que Guénon se résolut à traiter la question des cycles cosmiques, dans le Journal of the Indian Society of Oriental Art de juin-décembre 1937, dédié à Coomaraswamy, à l'occasion de son soixantième anniversaire. (*)
(*) "Quelques Remarques sur la Doctrine des Cycles cosmiques". Paru en anglais ; repris dans les Études Traditionnelles d'octobre 1938 et dans Formes traditionnelles et Cycles cosmiques, p. 13.
Nous disons qu'il s'y résolut car, bien qu'il y eût fait de fréquentes allusions, çà et là, dans son œuvre, cette question était de celles qui étaient le moins accessibles à la mentalité occidentale contemporaine, et de surcroît, elle était difficile à exposer intelligiblement.
Le 22 avril 1936, Guénon s'ouvrait à Coomaraswamy de ces difficultés, et lui fournissait les premiers éléments relatifs à cette doctrine complexe, qui n'en revêt pas moins une importance capitale pour fixer définitivement dans la dimension temporelle l'édifice grandiose de la Tradition qui, sans cela, n'eût pas trouvé, aux yeux des Occidentaux modernes, d'"incarnation", de point de contact avec l'étroit univers spatio-temporel qu'ils se sont peu à peu créé.
En quelque manière, les doctrines traditionnelles, si rigoureuse que fût leur logique interne, eussent risqué de rester "dans les nuées", coupées de la "réalité", par le seul fait que leur postulat essentiel : la Tradition primordiale, corrélative d'une perfection originelle, était parfaitement scandaleux pour des gens nourris d'évolutionnisme - et cela même si, avant-guerre, l'hypothèse transformiste avait perdu beaucoup de son crédit, du moins dans les milieux scientifiques, et avant que Teilhard de Chardin ne lui donnât un nouvel essor.
A propos des courants d'idées subversifs contemporains, nous nous sommes toujours demandé comment les tenants de l'"inconscient collectif" selon Jung pouvaient concilier avec les théories évolutionnistes ce qu'ils avaient pu comprendre de ce prétendu "inconscient". Car on voit mal selon quelle aberration ... collective, des êtres émergeant de 1'"animalité" et commençant à gravir l'échelle de 1'"évolution", pourraient désigner unanimement le passé de l'espèce comme le Paradis perdu ou l'Âge d'Or...
Mais il est temps, maintenant, de voir ce que Guénon écrivait à Coomaraswamy :
"D'abord, il doit être bien entendu qu'aucune doctrine traditionnelle n'admet l'idée d'un "progrès" général, à moins qu'on ne l'entende au sens tout à fait restreint de développement matériel, car ce dernier s'accorde bien avec la marche même du cycle.
"Par conséquent, il n'est aucunement nécessaire de supposer un tel développement matériel chez les premiers hommes ; ce que toutes les traditions affirment, c'est qu'ils possédaient tous, et d'une façon spontanée, un état spirituel qui ne peut être atteint que difficilement et exceptionnellement par les hommes actuels. Il faut remarquer aussi que les restes découverts par les paléontologistes ne sont pas forcément ceux des premiers hommes, surtout si ceux-ci vivaient sur quelque continent qui a disparu par la suite.
"Il se peut qu'il y ait eu déjà, à des époques reculées, des cas de dégénérescence, surtout parmi ceux qui avaient échappé à quelque cataclysme ; ce ne sont d'ailleurs pas les indices matériels qui peuvent permettre d'en juger réellement.
"En tout cas, j'ai l'impression que les cavernes préhistoriques ont été bien plutôt des sanctuaires que des habitations ... [ ... ] il faut distinguer nettement deux choses tout à fait différentes : d'une part, ce qui se rapporte à la marche même d'un cycle, c'est-à-dire au sens du développement d'un monde ; d'autre part, ce qui concerne les êtres qui sont manifestés dans ce monde, mais qui ne font en somme que le traverser sans lui être liés essentiellement ; l'état de ces êtres doit, d'une façon générale, être, à chaque moment, en conformité avec les conditions du monde considéré, donc plus spirituel au début et plus matérialisé à la fin.
"On pourrait dire que, au début, un monde est apte à fournir un terrain de manifestation à des êtres réellement plus "avancés" que ceux qui viendront ensuite ; je ne vois pas qu'il y ait là quelque chose de contradictoire.
"D'ailleurs, la distinction que je viens de dire apparaît nettement si, par exemple, on considère ceci : quand on parle des cycles précédant le nôtre (il est bien entendu que cela doit s'entendre analogiquement et non dans un sens littéralement temporel), on les représente comme au-dessous ou en arrière de nous ; quand on parle des êtres nous précédant dans le parcours des cycles, on les représente au contraire forcément comme au-dessus ou en avant de nous ; et ceci se rapporte naturellement encore à l'opposition des Dêvas et des Asuras ... [ ... ]
"Le Krita-Yuga (l'Âge d'Or) peut bien avoir été "sur la terre", mais cela n'implique pas nécessairement que la terre elle-même était alors ce qu'elle est présentement ; on pourrait même se demander si ce ne sont pas les changements de conditions survenus à certaines époques dans le monde terrestre qui empêchent qu'on puisse, par des recherches quelconques, trouver des vestiges vraiment "primitifs".
"Je dirais volontiers aussi que "sur la terre" ne signifie pas exactement "sur cette terre" ; la tradition islamique parle très nettement des "sept terres", manifestées successivement ou alternativement, et qui sont d'ailleurs la même chose que les sept Dwîpas de la tradition hindoue".
Ces dernières considérations introduisent directement à l'exposé que fit Guénon dans le Journal of the lndian Society of Oriental Art. Après avoir précisé qu'un cycle, dans l'acception la plus générale du terme, représentait le processus de développement d'un état de manifestation, il énonçait les principales divisions qu'expose la doctrine des cycles hindoue :
"Le Kalpa représentant le développement total d'un monde, c'est-à-dire d'un état ou degré de l'Existence universelle, il est évident qu'on ne pourra parler littéralement de la durée d'un Kalpa, évaluée suivant une mesure de temps quelconque, que s'il s'agit de celui qui se rapporte à l'état dont le temps est une des conditions déterminantes, et qui constitue proprement notre monde [...]".
Guénon se bornait à la considération des cycles qui se déroulent à l'intérieur de notre Kalpa : les Manvantaras et leurs subdivisions.
A ce niveau, les cycles ont un caractère à la fois cosmique et historique, car ils concernent plus spécialement l'humanité terrestre, tout en étant en même temps étroitement liés aux événements qui se produisent dans notre monde en dehors de celle-ci.
Il n'y a là rien dont on doive s'étonner, car l'idée de considérer l'histoire humaine comme isolée en quelque sorte de tout le reste est exclusivement moderne et nettement opposée à ce qu'enseignent toutes les traditions, qui affirment au contraire, unanimement, une corrélation nécessaire et constante entre les deux ordres cosmique et humain.
"Les Manvantaras, ou ères de Manus successifs, sont au nombre de quatorze, formant deux séries septénaires dont la première comprend les Manvantaras passés et celui où nous sommes présentement, et la seconde les Manvantaras futurs [...]."
A chaque Manvantara correspond un Dwîpa, ou "région" :
"[ ... ] bien que ceux-ci soient représentés, suivant le sens propre du mot qui les désigne, comme autant d'îles ou de continents répartis d'une certaine façon dans l'espace, il faut bien se garder de prendre ceci littéralement et de les regarder simplement comme des parties différentes de la terre actuelle ; en fait, ils "émergent" tour à tour et non simultanément, ce qui revient à dire qu'un seul d'entre eux est manifesté dans le domaine sensible pendant le cours d'une certaine période.
"Si cette période est un Manvantara, il faudra en conclure que chaque Dwîpa devra apparaître deux fois dans le Kalpa, soit une fois dans chacune des deux séries septénaires dont nous venons de parler [...]. En somme, il s'agit là d'états différents du monde terrestre, bien plutôt que de "régions" à proprement parler ; le Jambu-Dwîpa représente en réalité la terre entière dans son état actuel, et, s'il est dit s'étendre au sud du Mêru, ou de la montagne "axiale" autour de laquelle s'effectuent les révolutions de notre monde, c'est qu'en effet, le Mêru étant identifié symboliquement au pôle Nord, toute la terre est bien véritablement située au sud par rapport à celui-ci. [ ... ]
"Cette façon d'envisager les sept Dwîpas se trouve confirmée aussi par les données concordantes d'autres traditions dans lesquelles il est également parlé des "sept terres", notamment l'ésotérisme islamique et la Kabbale hébraïque : ainsi, dans cette dernière, ces "sept terres", tout en étant figurées extérieurement par autant de divisions de la terre de Chanaan, sont mises en rapport avec les règnes des "sept rois d'Edom", qui correspondent assez manifestement aux sept Manus de la première série ; et elles sont toutes comprises dans la "Terre des Vivants", qui représente le développement complet de notre monde, considéré comme réalisé de façon permanente dans son état principiel."
Cette coexistence de la succession, dans la manifestation, et de la simultanéité, dans le principe, équivaut en quelque sorte à celle du symbolisme temporel et du symbolisme spatial.
Mais les Manvantaras eux-mêmes se divisent en quatre Yugas ; et cette division quaternaire se retrouve d'ailleurs dans beaucoup de cycles plus particuliers, tels les quatre saisons de l'année, les quatre semaines du mois lunaire, les quatre âges de la vie humaine, etc.
Là encore, on observe la coexistence d'un symbolisme temporel et d'un symbolisme spatial, rapporté principalement, en l'occurrence, aux quatre points cardinaux. D'une façon générale, il faut remarquer que le temps est une détermination plus essentielle, plus "qualitative" que l'espace, en ce sens qu'on peut mesurer directement ce dernier, mais que cela n'est possible, pour le temps, qu'en le ramenant en quelque sorte à l'espace.
"Ce qu'on mesure n'est jamais une durée, mais c'est l'espace parcouru pendant cette durée dans un certain mouvement dont on connaît la loi ; cette loi se présentant comme une relation entre le temps et l'espace, on peut, quand on connaît la grandeur de l'espace parcouru, en déduire celle du temps employé à le parcourir; et, quelques artifices qu'on emploie, il n'y a en définitive aucun autre moyen que celui-là de déterminer les grandeurs temporelles". (*)
(*) Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, chap. V.
Pour en revenir aux quatre Yugas, ils correspondent évidemment aux quatre âges, d'or, d'argent, d'airain et de fer, de l'Antiquité gréco-latine. Là encore, il y a unanimité des traditions, qui s'opposent formellement à l'idée de "progrès". Ce qui s'explique très simplement par le fait, déjà souligné, que "tout développement cyclique, c'est-à-dire en somme tout processus de manifestation, impliquant nécessairement un éloignement graduel du principe, constitue bien véritablement en effet, une "descente", ce qui est d'ailleurs aussi le sens réel de la "chute" dans la tradition judéo-chrétienne.
"D'un Yuga à l'autre, la dégénérescence s'accompagne d'une décroissance de la durée, qui est d'ailleurs considérée comme influençant la longueur de la vie humaine ; et ce qui importe avant tout à cet égard, c'est le rapport qui existe entre les durées respectives de ces différentes périodes.
"Si la durée totale du Manvantara est représentée par 10, celle du Krita-Yuga ou Satya-Yuga le sera par 4, celle du Trêtâ-Yuga par 3, celle du Dwâpara-Yuga par 2, et celle du Kali-Yuga par 1".
Des représentations symboliques de ces divisions du Manvantara nous sont fournies dans la tradition hindoue par le taureau du Dharma, dont les pieds sont les images des quatre Yugas, et aussi, dans la tradition hébraïque, par le colosse du songe de Nabuchodonosor.
A propos de ce raccourcissement progressif de la durée des quatre âges, comparable analogiquement (puisque dans l'un et l'autre cas, il y a en somme attraction de la "pesanteur") à l'accélération des corps lors de leur chute, il faut remarquer que la doctrine des cycles implique essentiellement la notion d'un temps "qualifié", et non pas celle d'un déroulement uniforme pouvant être représenté géométriquement par une droite, ainsi que le font les modernes.
C'est que, "non seulement chaque phase d'un cycle temporel, quel qu'il soit d'ailleurs, a sa qualité propre qui influe sur la détermination des événements, mais que même la vitesse avec laquelle ces événements se déroulent est quelque chose qui dépend aussi de ces phases, et qui, par conséquent, est d'ordre plus qualitatif que réellement quantitatif [ ... ].
Ce que nous voulons dire, c'est que, suivant les différentes phases du cycle, des séries d'événements comparables entre elles ne s'y accomplissent pas dans des durées quantitativement égales [...]
C'est précisément pour cette raison que les événements se déroulent actuellement avec une vitesse dont les époques antérieures n'offrent pas d'exemple, vitesse qui va sans cesse en s'accélérant et qui continuera à s'accélérer ainsi jusqu'à la fin du cycle ; il y a là comme une "contraction" progressive de la durée, dont la limite correspond au "point d'arrêt" auquel nous avons déjà fait allusion [...]" (*)
(*) Ibid., chap. V.
Les conséquences de cette "contraction" qui sont le plus immédiatement sensibles dans l'ordre de l'existence individuelle, se traduisent par l'agitation frénétique de nos contemporains.
"On dit parfois, sans doute sans en comprendre la véritable raison, qu'aujourd'hui les hommes vivent plus vite qu'autrefois, et cela est littéralement vrai ; la hâte caractéristique que les modernes apportent en toutes choses n'est d'ailleurs, au fond, que la conséquence de l'impression qu'ils en éprouvent confusément" (*).
Tout cela permet de comprendre qu'à la fin du cycle, "le temps se change en espace".
(*) Ibid., chap. XXIII.
"En effet, cette contraction progressive du temps finit par le réduire à un instant unique, et la durée, par là même, s'abolit. C'est ainsi que Chronos, "le temps dévorateur", finit par se dévorer lui-même ; "et c'est aussi pourquoi l'on dit que "la mort est le dernier être qui mourra", car, là où il n'y a plus de succession d'aucune sorte, il n'y a plus de mort possible [ ... ] ; la succession se trouve donc en quelque sorte transmuée en simultanéité, ce qu'on peut encore exprimer en disant que "le temps s'est changé en espace" [ ... ]
"Ainsi, un "retournement" s'opère en dernier lieu contre le temps et au profit de l'espace : au moment même où le temps semblait achever de dévorer l'espace, c'est au contraire l'espace qui absorbe le temps ; et c'est là, pourrait-on dire en se référant au sens cosmologique du symbolisme biblique, la revanche finale d'Abel sur Caïn." (*)
(*) Ibid., chap. XXIII.
"Maintenant, et pour en revenir aux quatre âges, dont le raccourcissement progressif a donné lieu à ces considérations, il reste à déterminer la durée de chacun d'eux. Ce qu'il faut avant tout examiner, c'est, non pas le plus ou moins grand nombre de zéros dont leurs chiffres sont suivis, et qui ont essentiellement pour but d'égarer ceux qui voudraient se livrer à certains calculs, mais uniquement le nombre 4320.
La durée du Manvantara étant de 4 320, celles des quatre Yugas seront respectivement de 1 728, 1 296, 864 et 432.
Il est d'ailleurs remarquable que tous les nombres cycliques soient en rapport direct avec la division géométrique du cercle : 4320 = 360 x 12, ce qui n'a rien d'arbitraire ni de conventionnel, mais répond à une nécessité profonde, "car, pour des raisons relevant de la correspondance qui existe entre l'arithmétique et la géométrie, il est normal qu'elle [cette division] s'effectue suivant des multiples de 3, 9, 12, tandis que la division décimale est celle qui convient proprement à la ligne droite".
"Mais ce qui va permettre de déterminer la durée des périodes cycliques, en indiquant le nombre par lequel il faudra multiplier ceux que nous possédons déjà pour les Yugas, c'est la période astronomique de la précession des équinoxes - base principale des périodes cycliques - dont la durée est de 25 920 ans, entraînant un déplacement des points équinoxiaux d'un degré en 72 ans.
"Ce nombre 72 est précisément un sous-multiple de 4 320 = 72 x 60, et 4320 est à son tour un sous-multiple de 25920 = 4320 x 6 ; le fait qu'on retrouve pour la précession des équinoxes les nombres liés à la division du cercle est d'ailleurs encore une preuve du caractère véritablement naturel de cette dernière (*) ; mais la question qui se pose est maintenant celle-ci : quel multiple ou sous-multiple de la période astronomique dont il s'agit correspond réellement à la durée du Manvantara ?
(*) Et, ajouterons-nous, de l'authenticité de la cyclologie traditionnelle, opposée au temps linéaire et artificiel des modernes.
"La période qui apparaît le plus fréquemment dans différentes traditions, à vrai dire, est peut-être moins celle même de la précession des équinoxes que sa moitié : c'est, en effet, celle-ci qui correspond notamment à ce qu'était la "grande année" des Perses et des Grecs, évaluée souvent par approximation à 12 000 ou 13 000 ans, sa durée exacte étant de 12960 ans.
"Étant donné l'importance toute particulière qui est ainsi attribuée à cette période, il est à présumer que le Manvantara devra comprendre un nombre entier de ces "grandes années" ; mais alors quel sera ce nombre ?
"A cet égard, nous trouvons tout au moins, ailleurs que dans la tradition hindoue, une indication précise, et qui semble assez plausible pour pouvoir cette fois être acceptée littéralement : chez les Chaldéens, la durée du règne de Xisuthros, qui est manifestement identique à Vaivas-wata, le Manu de l'ère actuelle, est fixée à 64800 ans, soit exactement cinq "grandes années" [...].
"Quoi qu'il en soit, si telle est bien la durée réelle du Manvantara, et si l'on continue à prendre pour base le nombre 4 320, qui est égal au tiers de la "grande année", c'est donc par 15 que ce nombre devra être multiplié. D'autre part, les cinq "grandes années" seront naturellement réparties de façon inégale, mais suivant des rapports simples, dans les quatre Yugas :
- Le Krita-Yuga en contiendra 2 (Âge d'Or)
- Le Trêtâ-Yuga 1 1/2 (Âge d'Argent)
- Le Dwâpara-Yuga 1 (Âge d'Airain)
- Le Kali- Yuga 1/2 (Âge de Fer)
Le deuxième schéma représente bien sûr l'Âge de Fer dilaté.
A. J. C : Avènement de Jésus-Christ.
"Ces nombres sont d'ailleurs, bien entendu, la moitié de ceux que nous avions précédemment en représentant par 10 la durée du Manvantara. Évaluées en années ordinaires, ces mêmes durées des quatre Yugas seront respectivement de 25 920, 19440, 12960 et 6480 ans, formant au total 64800 ans ; et l'on reconnaîtra que ces chiffres se tiennent au moins dans des limites parfaitement vraisemblables, pouvant fort bien correspondre à l'ancienneté réelle de la présente humanité terrestre". (*)
(*) En illustration de ces données, et pour comprendre l'erreur de perspective des paléontologues, on se reportera au livre de G. Georgel, les Quatre Ages de l'Humanité, et en particulier à la distinction capitale qu'il établit entre le temps rectiligne et le temps cyclique, et qui permet de comprendre parfaitement la raison de la discordance entre les durées fabuleuses des "ères géologiques" et celles, beaucoup plus modestes, des cycles traditionnels.
René Guénon concluait cet exposé en disant :
"Nous savons, par toutes les données traditionnelles, que nous sommes depuis longtemps déjà dans le Kali-Yuga [Âge sombre, Âge des conflits] ; nous pouvons dire, sans aucune crainte d'erreur, que nous sommes même dans une phase avancée de celui-ci, phase dont les descriptions données dans les Pûranas répondent d'ailleurs, de la façon la plus frappante, aux caractères de l'époque actuelle ; mais ne serait-il pas imprudent de vouloir préciser davantage, et, par surcroît, cela n'aboutirait-il pas inévitablement à ces sortes de prédictions auxquelles la doctrine traditionnelle a, non sans de graves raisons, opposé tant d'obstacles ?"
Toutefois, bien plus de soixante-dix ans après que ces lignes eurent été écrites, et compte tenu de cette contraction du temps que nous venons d'évoquer, il est permis, non pas de se livrer à des spéculations présomptueuses et d'ailleurs dépourvues d'intérêt, mais simplement de faire jouer certaine "clef " que Guénon, comme nous l'avons dit, a laissée dans son œuvre, afin que l'on pût prendre parfaitement conscience de l'imminence de la fin du cycle ... et que l'on en tirât toutes les conclusions souhaitables.
Cette "clef ", il la livra dès 1931, dans une note déjà citée de l'article sur la "Place de la tradition atlantéenne dans le Manvantara", repris dans Formes traditionnelles et Cycles cosmiques (p. 48) :
"Nous pensons que la durée de la civilisation atlantéenne dut être égale à une "grande année" entendue au sens de la demi-période de précession des équinoxes ; quant au cataclysme qui y mit fin [déluge biblique], certaines données concordantes semblent indiquer qu'il eut lieu 7200 ans avant l'année 720 du Kali-Yuga, année qui est elle-même le point de départ d'une ère connue, mais dont ceux qui l'emploient encore actuellement ne semblent plus savoir l'origine ni la signification".
Si l'on sait que l'ère dont il est question n'est autre que l'ère juive, dont le début est situé traditionnellement 3 761 ans avant l'ère chrétienne, il est facile d'en déduire, la date "théorique" de la fin du cycle (*).
(*) Nous disons "théorique", car pratiquement, il convient toujours d'envisager, à la fin d'un cycle, une certaine marge d'indétermination, attestée par les textes sacrés :
"Pour ce qui est de ce jour et de cette heure, nul ne les connaît, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul". (Saint Marc, XIII, 32.) De même dans le Coran : "Les hommes t'interrogent au sujet de l'Heure : Dis : "Dieu seul la connaît". (XXXIII, 63.)
Le début du Kali-Yuga se situerait en effet en l'an 4481 (3761 + 720) avant J.-C., et sa fin devrait donc intervenir 6480 ans après, soit en l'an 6480 - 4481 = 1999.
Mais pour conjurer de vaines frayeurs, de ces angoisses irraisonnées telles que l'époque présente en suscite, il convient de rappeler, avec Guénon (*) que, "si l'on veut aller jusqu'à la réalité de l'ordre le plus profond, on peut dire en toute rigueur que la "fin d'un monde" n'est jamais et ne peut jamais être autre chose que la fin d'une illusion".
(*) Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, chap. XL.
Cordialement à tous
Origenius
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