Question religieuse sur la monarchie et la politique !!! Mais c'est de la politique ! par baudelairec2000 2013-06-27 00:37:45 |
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Il me semble, Monsieur, que vous allez trop vite en besogne et que tout cela donne lieu à des associations bizarres pour ne pas dire à des confusions.
Reprenons depuis le début.
1/ Saint Thomas, suivant en cela Aristote dans la Politique , distingue les régimes justes des régimes injustes; est juste un régime, un gouvernement qui poursuit le bien commun et non le bien propre du ou des dirigeants. Saint Thomas précise que "celui qui dirige la multitude doit tendre à procurer l'unité de la paix Il a développé sa réflexion dans le "De regimine principum" appelé également, ce qui revient au même, le "De regno".
J'attire votre attention sur le rapprochement sémantique du verbe regere (régir, diriger, gouverner), de regimen (régime,gouvernement), regnum (royaume, royauté), de rex-regis (le roi) appelé également rector.
Le terme de "princeps" fait référence à l'histoire romaine: l'Empereur était qualifié de princeps. Plus tard, cette notion servira à désigner tout homme détenant un pouvoir; on retrouve le terme chez Machiavel au début de la renaissance.
3 types de régimes justes:
- la royauté ou la monarchie (gouvernement d'un seul en vue du bien commun), le meilleur des régimes. "Un seul gouverne mieux que plusieurs qui s'approchent de ce qui est un" ("un" renvoie à l'unité, évoquée plus haut). "Il est nécessaire que pour la multitude humaine le meilleur soit d'être gouverné par un seul".
- l'aristocratie (gouvernement des meilleurs ou des plus vertueux)
- la politia, appelée chez Aristote politeia (gouvernement des citoyens, lesquels sont en nombre réduit). Précisons que l'étymologie nous permet de rapprocher polis (Cité, Etat), politès (le citoyen) et politeia (la constitution, le régime, la citoyenneté).
J'insiste: 3 régimes justes; préférence affichée pour la royauté ou la monarchie, mais rien n'interdit de combiner les qualités de l'un et l'autre de ces régimes au sein d'un régime mixte.
3 régimes injustes:
- la tyrannie (régime d'un seul homme en vue de son bien propre ou de ses intérêts)
- l'oligarchie (régime d'un groupe de riches qui oppriment la majorité des pauvres)
- la démocratie (régime de tout un peuple qui a pour seul objectif la liberté sans frein, autrement dit la licence, Platon préférait parler d'effronterie).
2/ Saint Thomas, dans sa réflexion sur les régimes politiques en général n'accorde pas d'importance particulière au principe Omnis potestas a Deo. Ce principe n'est invoqué que dans le cas de la tyrannie ou plutôt lorsqu'il s'interroge sur la possibilité d'un tyrannicide. Il faut dire ici que saint Thomas suit fidèlement ses devanciers du haut Moyen-Age, le Pseudo-Cyprien, Jonas d'Orléans, Hincmar de Reims ou bien encore Hugues de Fleury. On doit s'en tenir à l'avis de saint Augustin (dans le Don de la persévérance: reprenant la parole de l'Ecriture " C'est par moi que les rois règnent", Augustin affirme que,lorsque les bons rois règnent, c'est par la grâce de Dieu, et, lorsque de mauvais rois règnent, c'est par un jugement divin qui permet qu'ils règnent; Dieu permet en effet le règne de l'homme hypocrite à cause des péchés du peuple (Job, 34, 30). Le nombre des bons rois dans l'Ancien Testament est extrêmement réduit: Saul, le premier roi devient rapidement aux yeux de Dieu illégitime, David conserve son trône à la suite d'un repentir "extraordinaire" et Dieu avertit Salomon, coupable d'avoir eu des concubines qui introduisirent des divinités étrangères dans le royaume d'Israël, que son royaume sera à sa mort scindé en deux parties; consolation: à cause de David, son père, en raison des mérites de David, une lumière continuera de briller à Jérusalem. Pourquoi donc la royauté en Israël ne parvint-elle pas à plaire à Dieu? Peut-être est-elle dès son origine viciée. Tout simplement parce que les Juifs demandèrent à Samuel, le dernier des Juges, un roi comme les autres nations païennes qui les entouraient, rejetant ainsi leur roi légitime, Dieu. "Ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi". Et Samuel fut invité à exposer au peuple de Dieu, qui voulait ainsi s'affranchir, les inconvénients de la royauté qu'il réclamait, ce qui au fond n'est que le catalogue des caractéristiques d'une tyrannie.
Inutile donc de remettre en cause un régime (la tyrannie) que Dieu a voulu ou permis pour punir les péchés de son peuple.
La royauté a donc mauvaise presse dans l'Ancien Testament, comme pour les Athéniens ou les Romains attachés à la notion essentielle de
Respublica. L'Antiquité tardive, le haut Moyen Age jusqu'à la Réforme grégorienne ont une vision toute positive de la royauté, car le roi est le ministre de Dieu, la royauté est un ministère. Tout change avec la Réforme grégorienne, car il s'agit de dévaluer la royauté pour mieux exalter le pouvoir spirituel. Le pouvoir politique ne redeviendra juste que s'il accepte de se soumettre au pouvoir spirituel. Nous constatons non sans une certaine satisfaction qu'un certain nombre de rois ont résisté à juste titre à ces prétentions pontificales poussées à leur paroxysme sous le pontificat de Grégoire VII. Des penseurs, tels Yves de Chartres, Hugues de Fleury ou plus tard saint Thomas, procédèrent à un rééquilibrage de la situation. Mais le mal était fait, la réaction, du côté impérial, ne se fit pas attendre: elle donnera naissance au laïcisme. L'équilibre était à tout jamais rompu.
3/ Que la royauté soit élective ou héréditaire ne change rien à la nature même de la royauté. Peut-importe même que telle dynastie en remplace une autre. Les Carolingiens ou plutôt les Pippinides sont clairement des usurpateurs qui réussirent avec l'aide de la Papauté à légitimer leur coup d'état. C'est à partir de Pépin, père de Charlemagne, que les rois des Francs sont sacrés - Pépin éprouvera le besoin de se faire sacrer deux fois, en 751 d'abord et en 754 avec ses deux fils.Le X e siècle voit la royauté élective prendre la place de la royauté héréditaire: on assiste alors à une alternance des rois Robertiens et des derniers rois Carolingiens. Hugues Capet doit son élection, si ce n'est à un miracle, du moins à un sérieux coup de main des Ottoniens. L'élection avec les successeurs d'Hugues prendra moins de place et finira par être remplacée par le vieux principe de l'acclamation, partie intégrante de la cérémonie du sacre.
La Monarchie française n'était pas soumise à une constitution; on peut tout au plus parler des lois fondamentales du royaume qui, pour la plupart, résultent de la pratique:
- primogéniture
- exclusion des femmes de la succession au trône (principe qui est forgée durant la Guerre de Cent Ans)
- caractère de catholicité (élaboré à la fin du XVI e siècle pour rejeter Henri de Navarre encore huguenot).
La légitimité, c'est un ensemble très vaste qui se déploie sur des siècles. Ce n'est pas que les Français ne voulaient pas d'un roi anglais, ils refusaient de reconnaître le roi d'Angleterre comme roi de France parce que celui-ci descendait des précédents rois de France par une femme. Un roi espagnol, Philippe V ou l'un de ses descendants, pouvait légitimement prétendre au trône de France, si ses cousins de France avaient disparu; c'est ce qui arriva avec la mort du Comte de Chambord. La généalogie indique très clairement que les Espagnols viennent dans l'ordre de la succession avant les Orléans. Ceux-ci devront attendre, pour espérer un jour monter sur le trône de France, que ceux qui les précèdent, daignent disparaître. il est vrai qu'un Orléans, Louis-Philippe, n'a pas hésité à profiter de la chute de son cousin, Charles X, pour s'emparer du pouvoir. Aussi ses descendants se croient-ils autorisés à piailler dès que le pouvoir républicain leur semble à l'agonie...
La démocratie est le régime de fait depuis plus deux siècles, cela n'en fait pas pour autant un régime juste; ce régime, ne l'oublions pas, est né dans un bain de sang pour bouleverser irrémédiablement les structures de notre pays. Ce régime, jour après jour, et cela dure depuis 1789, montre qu'il n'agit en rien en vue du bien commun.
4/ J'affirme que les considérations de Léon XIII qui déclare, contre les évidences de l'histoire, que l'Eglise ne réprouve aucune forme politique relèvent de la supercherie et de la manipulation; tout cela avec les résultats que l'on sait, c'est-à-dire une déchristianisation croissante, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la persécution des Catholiques et la reconnaissance universelle du vice. Oui, la démocratie est intrinsèquement perverse, car elle a pour programme, non le progrès moral des individus, leur progression dans la vertu (c'est aussi cela le bien commun), mais la perversion des institutions et des individus, si bien que, dans le cadre de la démocratie, il faut être un saint ou un héros pour rester vertueux.
Libre aux chrétiens-démocrates de voter pour ce régime: ils auront un jour à répondre de leur complicité avec le mal, et qu'ils ne viennent pas pleurer si des gouvernements dits de droite ont légalisé la pilule, l'avortement, si la "Gauche" propose le mariage gay et l'euthanasie légalisée.
Vous voulez vous informer, voici quelques ouvrages sur la royauté.
Les sources:
- Aristote, Politique (Vrin)
- Jonas d'Orléans, De Institutione regia, traduit par A. Dubreucq sous le titre Le métier de roi (Sources chrétiennes, n° 407, Le Cerf, 1995)
- Saint Thomas d'Aquin, De regno, dans Petite somme politique, anthologie indispensable de textes politiques de saint Thomas par Denis Sureau (Téqui, 1997)
Histoire des institutions:
- Jean-François Lemarignier, La France médiévale. Pouvoirs et institutions (Armand Colin)
- Pouvoirs et institutions dans la France médiévale par O.Guillot, Y. Sassier et A.Rigaudière (2 tomes, Armand Colin)
- Yves Sassier, Royauté et idéologie au Moyen Age (IV e - XII e siècle), Armand Colin
- F. Saint-Bonnet, Y. Sassier, Histoire des institutions avant 1789 (Montchrestien, 2006)
- Le miracle capétien, ouvrage collectif (Perrin, 1987)
-Histoire des institutions de l'époque franque à la Révolution, collectif dont Jean Barbey (PUF)
- Jean Barbey, Etre roi. Le roi et son gouvernement en France de Clovis à Louis XVI (Fayard, 1993)
- Jean de Pange, Le roi très chrétien (Arthème Fayard, 1949)
- Le sacre des rois, Actes du colloque international d'histoire sur les sacres et couronnements royaux (Reims, 1975), édité aux Belles-Lettres
- R. P. Charton, Les saints de la famille capétienne (Librairie Saint Paul, 1938)
Sur la légitimité:
- Hervé Pinoteau, Monarchie et avenir (NEL, 1960)
- H. Pinoteau, Les armes de l'aîné des Capétiens (DUC, 1980)
- Etat présent de la Maison de Bourbon (Edtions du Palais Royal)
- Paul Watrin, La tradition monarchique (Arthur Savaete)
- Stéphan Rials, Le légitimisme (Que sais-je?)
- Lois fondamentales et succession de France, ouvrage collectif de S. Rials, J. Barbey et F. Bluche (DUC, 1984)
- Révolution et contre-révolution au XIX e siècle (DUC-Albatros, 1987)
(liste non exhaustive, bien entendu)
Bonne lecture à tous
baudelairec2000 en verve dès qu'il s'agit de critiquer la "gueuse", le plus pervers des régimes.
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