Pape et liturgie par Aigle 2013-06-01 09:40:47 |
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Nos amis Paterculus et Luc Perrin ont ouvert un débat grave sur la question des pouvoirs du Pape à l'égard de la liturgie.
Question grave car intimement liée à la crise liturgique des années passées et présentes - et qui nous interpelle aussi sur la fonction pontificale depuis Vatican I.
Sur un plan strictement juridique le canon CIC 1404 (repris mot pour mot du CIC de Benoît XV et issu d'une très ancienne tradition) pose une règle absolue :" Le Premier Siège n'est jugé par personne" ("Prima sedes a nemine judicatur")
Le Canon 1405 en tire une conclusion juridictionnelle concrète : "§ 2. À moins d'en avoir reçu au préalable le mandat, un juge ne peut connaître d'un acte ou d'un document confirmé en forme spécifique par le Pontife Romain."
Bref quel que soit la forme ou le contenu d'un acte signé du saint Père, nulle autorité ecclésiale ne peut en prononcer l'annulation.
Donc sur le plan intellectuel nous pouvons parfaitement estimer que Paul VI s'est considérablement éloigné de l'intention des Pères conciliaires approuvée par lui dans sacrosanctum concilium. Néanmoins cet éloignement ne peut aboutir à considérer comme nul le missel de Paul VI car il n'y pas dans l'Eglise d'acte juridique supérieur à un acte pontifical ni d'autorité supérieure au pape compétente pour annuler un "excès de pouvoir" (pour parler en droit public français) du pape.
Cette règle juridique est liée à l'affirmation par Vatican I de l'infaillibilité pontificale mais elle est bien plus large. Vatican I permet au pape de définir une doctrine définitive en matière de foi ou de morale. Le canon 1404 porte sur n'importe quel sujet (donc y compris la liturgie) mais en même temps cette règle canonique ne confère pas une portée définitive à toutes les décisions pontificales. Ce qu'un pape a fait, un autre peut (ou le même) peut le défaire (sauf lors qu'un enseignement définitif a été délivré évidemment).
Je pense que Paul VI a du considérer que la liturgie ne relève pas des matières pouvant donner lieu à "doctrine" définitive. D'ailleurs bien des papes (voire bien des évêques et des ordres monastiques) ont modifié les règles liturgiques. De même l'Eglise reconnaît la légitimité de bien des rites différents (orientaux notamment). Donc Paul VI a pu légitimement croire qu'il était compétent pour promulguer un missel aussi profondément réformé (même si des éléments importants de continuité ont été conservé : structure d'ensemble de la messe, Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus..).
Je me demande cher Luc Perrin (cum grano salis) si vous n'êtes pas imprégné malgré vous par l'esprit de l'hérésie conciliariste assez proche de l'esprit parlementarisme. selon cette vision, le pape n'est que l'exécutif de l'Eglise dont le pouvoir suprême (et légsialtif) est assuré par le concile. Alors là oui, Paul VI est allé trop loin et a violé les directives conciliaires. Mais cette vision légitime d'un point de vue républicain n'est tout simplement pas catholique.
D'un autre côté vous rappelez l'excellent discours de Benoît XVI au Latran : le pape n'est pas Dieu, il n'est pas créateur mais conservateur de la Foi et son pouvoir plénier sur l'Eglise vise non à imposer aux catholiques la vision personnelle du pape mais bien plus à conserver la Foi reçue des Apôtres. Cela étant la façon dont le pontife exerce cette mission est jugée par Dieu seul.
cela étant posé rapidement et par un fidèle qui n'est ni théologien ni canoniste, juste un peu tâtillon ...
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