Une question qui passe ce contexte... et si importante. par Bertrand Decaillet 2013-04-14 18:15:39 |
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Cher Justin,
Il n'est nullement question de croiser le fer avec vous, bien évidemment. Je crois d'ailleurs que (et vous me connûtes moins sage, dans les vertes années du forum) , je crois, disais-je, que je ne crois plus beaucoup aux mots, et je n'ai d’ailleurs plus l’âge de m'échauffer à leur prétexte ;-) Mais je voudrais tout de même donner qzuelques unes de mes reflexions, car derrière cette question, plus ou moins bien posée, de la manif pour (presque) tous, il y a la question fondamentale de la relation entre l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et de leur possibilité d'existence autonome. Immense question, et qui pour ma part me tenaille depuis des siècles (au moins) et mérite encore d'être approfondie et de recevoir les éclaircissements de bons théologiens...
Néanmoins je vois que vous faites allusion au message de Miserere ci-dessous.
Là où je rejoins Miserere (et je l'avais d'ailleurs dit ici il y a quelques mois sur ce même sujet), c'est que lorsqu'un évêque parle comme évêque, il ne peut se prévaloir uniquement de morale naturelle. S'il parle en tant qu'évêque, eh bien qu'il parle comme évêque, c'est-à-dire successeur des apôtres et témoins (représentant) de Jésus-Christ, qui défend (rachète) l'ordre naturel par la grâce surnaturelle. Il n'y a pas de salut naturel sans la grâce de la Redemption... depuis le péché originel.
Et s'il ne parle pas en tant qu'évêque, eh bien ... que « l’évêque » se taise, mais qu’il nous épargne des arguments qui… ne sont même pas dignes, en l’occurrence, d’une philosophie saine (de morale naturelle).
En effet sur cette question précise de l'homosexualité et ses revendications, les évêques de France (et de Suisse) ont été lamentables et inutiles, comme sur tant d’autres sujets de société, même si, par ailleurs on peut accueillir néanmoins leur modestes engagements ici ou là.
En invoquant la loi de Dieu, son ordre, sa volonté, son amour... explicitement, clairement, ils n'auraient sans doute pas été mieux compris des athées (encore que présager de cette incompréhension, ce serait désespérer de la Révélation elle-même), mais peut-être plus respectés de ceux-ci qui auraient pu reconnaître et apprécier la cohérence de leur position. Ils auraient surtout pu transmettre un message clair aux millions (?) de catholiques pour qui le mariage homo est une bonne chose et nullement contraire à l’Evangile.
En effet, cher Justin, j’attends des évêques qu'ils soient explicitement chrétiens, surtout lorsqu’ils parlent en évêques, en chaire, à la télé, à la radio, dans les media, sur la place publique. Est-ce trop?
Mais laissons les évêques. Venons-en au fond du problème. On nous dit: en nous cantonnant à l’ordre naturel, on rassemblera un maximum d’opposants (pour faire vite).
Il me semble qu'il y a une grande illusion a prétendre rassembler sur la moral naturelle, en faisant fi de l'ordre surnaturel, parce que lorsque ce dernier est nié (renié, apostasié, dans le cas de nos patries) eh bien l'ordre naturel lui-même est nié et incompris, déconstruit, bancal, voire inversé.
Personnellement je me suis posé cette question : comment convaincre que l’homosexualité est un mal, lorsque la notion même de bien ou de mal est remise en cause? N’est-il justement pas plus convainquant d’arguer de l’ordre voulu par Dieu – au moins en tant qu’évêque – plutôt que d’affirmer en apesanteur (sans autorité) que le bien et le mal sont des réalités ?
Concrètement, comment argumentez-vous lorsqu'on vous parle de « l'amour » de deux personnes de même sexe? Vous répondez, ça n'est pas dans l'ordre naturel? C'est contre-nature? C'est immoral? Il faudrait, pour que votre interlocuteur entende précisément ces arguments, que l'ordre naturel soit un acquis, un patrimoine commun, une évidence. Cela fait longtemps qu'il n'est plus cela, et quer les intelligences sont malades.
En revanche lorsqu'un musulman un peu abruptement vous dit: l'homosexalité est un péché. Tout le monde comprend parfaitement, et est même peut-être amené à respecter l'affirmation d'une forme de transcendance derrière une telle affirmation, même s’il s’y oppose.
Pourquoi nos évêque ne pourraient atteindre à cette cohérence, simplement cette cohérence? "Pour rassembler", répond-on, un impératif du nombre démocratique. Mais c’est l'inverse qui eût été vrai : le plus rassemble plus, et qui peut le plus peut le moins.
Une opposition frontale, catholique, pleinement catholique, au mariage homo, n'eût pas exclu que des agnostiques défenseurs de l'ordre naturel s'y associent.
En revanche, prétendre explicitement exclure les catholiques (leur existence visible en tant que manifestant le "non" de Dieu à ces manifs), et prétendre rallier autour de la loi du moindre mal, c'est:
1)dans les faits ne pas avoir réussi quand même (il semble que le nombre ne soit pas un argument en dicatature laïco-démocratique),
2)et dans les principes cela induit un relativisme moral terrifiant et destructeurs des consciences: lorsque deux homos s'embrassent publiquement et choisissent cet emblème-là pour lutter contre le mariage homo... il y a comme un vice de forme en quelque part, et un vice de fond aussi d'ailleurs, et cela induit chez tous une maladie grave de l'intelligence: la négation même de l'ordre naturel, au nom d’un moindre mal!
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