J'ai cité ces exemples de vitalité chrétienne parce qu'on me disait que depuis Vatican II tout s'était écroulé.
Les faits que je rappelle (et on pourrait en ajouter des tas, comme les nombreux cas de martyres d'un bout du monde à l'autre) montre que si en Occident il y a eu un effondrement, ce n'est pas dû au concile, sinon les mêmes conséquences se seraient reproduites peu ou prou partout.
Et pour les exemples que je connais personnellement, il ne fait aucun doute que le concile a été appliqué. Pour ce qui est le plus visible, la liturgie, il a même été trop appliqué à mon goût. Figurez-vous que dans certains diocèses les églises sont toutes récentes, en sorte qu'il n'y a jamais eu d'autel "face à Dieu seul". - Mais pardonnez-moi cet exemple, légèrement décalé, puisque je cite une réforme non prévue par le concile lui-même, mais introduite après lui.
Je réponds ici aux arguments que vous proposez ailleurs dans ce même fil :
C'est par l'exemple du Bienheureux Jean Paul II (Assise, baiser du coran) que selon moi, certains clercs se croient permis d'inviter des rabbins à prêcher et des musulmans à chanter dans les églises. Cet esprit serait-il né de Nostra Aetate ? Si les juifs sont nos frères ainés dans la foi et que les musulmans fils d'Abraham adorent le même Dieu unique et vivant que nous...
Ces faits sont pour moi des fautes de gouvernement, à des titres divers. Pour Assise, il s'agit d'une faute de communication, et de mauvaise gestion. L'idée de départ n'était pas mauvaise : montrer un grand nombre de responsables religieux qui refusent qu'on utilise leurs religions respectives pour la guerre. Il n'y a pas eu la faute grossière que certains ont imaginée : il n'y a pas eu de prières communes. Mais justement c'était trop compliqué pour le journaleux moyen, en sorte qu'il y a eu une confusion induite dans beaucoup d'esprits. Et puis il y a eu des "couacs", comme le Bouddha posé sur l'autel. Mais il me semble que cela a été corrigé dans les versions suivantes de l'évènement. Il reste que le Pape a été capable de fédérer un échantillon représentatif de toutes les religions du monde dans une manifestation en faveur de la paix, et ainsi les chrétiens on fait progresser leur vision de Dieu (vision qui est révélée), qui est celle d'un Dieu de Paix, ce qui n'était pas évident pour toutes les religions...
Pour le baiser au coran, je le regrette. Baiser un livre, surtout de la part d'un responsable religieux chrétien, fait penser à un geste liturgique qu'on doit réserver à un livre saint, ce qui n'est pas le cas du coran ! Je voudrais savoir cependant si ce fut improvisé ou bien si on avait prévu le geste, ce qui ne serait tout de même pas pareil.
Quoi qu'il en soit, je ne vois pas là des raisons de "faire chambre à part", si vous me permettez cette façon triviale de parler de dissidence. Pour l'affaire du coran, n'aurait-on pas été bien inspiré de faire au Saint Père la remarque respectueusement : "Ne pensez-vous pas que votre geste va être interprété comme la reconnaissance d'une inspiration du coran au même titre que les livres de la Bible ?"
Maintenant, ces geste que je réprouve - sur le fond pour le coran, pour la forme pour Assise - trouvent-ils une justification dans les textes conciliaires ?
Ce n'est pas impossible.
Mais des affirmations comme "Les Juifs sont nos frère aînés" ne peuvent pas engager la conscience chrétienne, car l'Eglise est là pour nous parler du Dieu et Père de Jésus-Christ et des moyens qu'il nous a donnés pour aller à lui. L'Eglise n'est chargée qu'accessoirement de parler du monde et des autres religions, elle le fait pour adapter sa pastorale, ce qui ne relève pas du dogme.
Par conséquent j'utilise mon droit de faire des critiques constructives mais je ne vois pas là, encore une fois, une raison de dissidence.
Vous pourrez me répondre que le droit de critique constructive est, dans la pratique, très limité, voyez ce qui m'est arrivé pour avoir dit que les traductions liturgiques sont mauvaises : trois évêques ont exigé un droit de réponse dans lequel ils mentaient pour défendre les traduction fautives.
Nous touchons là à mon avis le vrai noeud du problème : la pastorale qui conduit à la décadence de l'Eglise dans notre pays est le fait d'évêques qui contredisent les autorités romaines, lesquelles continuent à nommer comme nouveaux évêques des personnages proposés par les précédents.
Je ne crois pas que les autorités romaines fassent cela pour détruire - car si c'était le cas, elles cesseraient de rappeler la vérité en matière de morale et de foi (pensez à Humanae Vitae et au credo du Peuple de Dieu, pour ne citer que des exemples tirés du pontificat de Paul VI) ; et comme je le rappelle au début de ce message, elles le feraient sur toute la surface de la terre.
Non, je ne vois qu'une seule explication, c'est que tout cela est permis par Dieu pour nous rappeler que sans Lui nous ne pouvons rien faire.
Ceci dit, j'aimerais quand même qu'à Rome on prenne conscience de la souffrance des prêtres maltraités parce qu'ils sont fidèles à ce que Rome dit de faire, alors que des évêques veulent qu'on fasse le contraire. Et qu'on pense aussi à tous les fidèles abandonnés parce que les prêtres fidèles à Rome sont maintenus hors circuit.
Bon, j'ai peut-être été trop long, mais encore une fois je ne pense pas qu'il y ait dans le concile rien qui oblige à une dissidence.
Car ce que j'ai dit de mon cas personnel ne s'appliquerait pas à ceux qui obtiendraient de Rome une prélature personnelle.
VdP