Un ouvrage à paraître et une remarque à connaître. par Scrutator Sapientiæ 2012-12-02 18:00:07 |
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Bonjour et bon dimanche,
1. Voici un ouvrage à paraître à ce sujet :
La face cachée des printemps arabes.
2. Voici une remarque à connaître sur tout sujet :
la crise actuelle est aussi une crise du complément d'objet ; cette remarque n'est pas de moi, mais d'Alain FINKIELKRAUT, et voici pourquoi je crois que cette remarque est à connaître, à faire, et à faire connaître.
Stricto sensu, une expression telle que celle-ci : "Au lieu de créer des sociétés plus ouvertes et tolérantes, c’est la tendance opposée qui s’affirme actuellement" ne veut absolument rien dire de concret, de précis.
Il est question de regretter que le printemps arabe n'ait pas consisté à créer "des sociétés plus ouvertes", mais plus ouvertes sur quoi, ou moins fermées sur quoi, plus ouvertes par rapport à quoi, moins fermées vis-à-vis de quoi ?
Il est question de déplorer que le printemps arabe n'ait pas abouti à créer "des sociétés tolérantes", mais tolérantes à l'égard de qui et à l'endroit de quoi, ou non intolérantes par rapport à qui et vis-à-vis de quoi ?
Si l'on affirme et constate que les sociétés concernées, en aval du ou des printemps arabe(s) sont à la fois
a) plus ouvertes ou plus tolérantes qu'avant, par rapport à Mahomet, au Coran, aux hadits, à la charia, à l'Islam,
b) moins ouvertes ou moins tolérantes qu'avant, vis-à-vis des religions non musulmanes, des morales non musulmanes, et de ceux qui y adhèrent ou qui les pratiquent,
il me semble que la formulation est déjà plus concrète et plus concrète.
L'ouverture et la tolérance ne sont pas bonnes en elles-mêmes, et la fermeture et l'intolérance ne sont pas mauvaises en elles-mêmes : tout dépend des principes et des pratiques sur lesquels on est ouvert, ou, au contraire, des convictions, croyances, idéaux, valeurs, sur lesquels on est fermé.
Que je sache, dans sa propre vie personnelle, de même que l'on ne peut pas être ouvert sur tout, on ne peut pas être tolérant vis-à-vis de tout, et, notamment, vis-à-vis de principes ou de pratiques tout à fait contradictoires.
L'ouverture sur les autres, la tolérance, vis-à-vis des autres, à mon sens, est assimilable au fait d'avoir le sens de la personne face à toute personne, mais je ne suis pas absolument persuadé que ce soit dans cette acception là que l'on parle de sociétés pas assez ouvertes ou tolérantes.
Imaginons que l'on dise de quelqu'un d'entre nous : "il est catholique, bien sûr, mais c'est quelqu'un qui n'est pas très ouvert : d'une part, il va à la messe en latin tous les jours, d'autre part, il lit beaucoup, bien sûr, mais quasiment rien, en dehors de la Bible et des Pères" : je répondrai alors que c'est déjà "pas mal du tout", d'être ainsi ouvert, qui plus est chaque jour, sur le saint sacrifice de la messe, d'une part, sur l'Ecriture et sur une grande partie de la Tradition, d'autre part.
Imaginons que l'on dise de quelqu'un d'autre : "il est un peu speed, bien sûr, mais c'est quelqu'un de très ouvert : tu n'as pas idée du nombre d'amis qu'il a sur F...k, du nombre de soirées et de sorties qu'il organise ou auxquelles il participe" : je répondrai alors que cela fait certainement de cette personne quelqu'un de très ouvert, en effet, sur ses amis, sur ces soirées et ces sorties.
Mais cela n'en fait pas nécessairement une personne ouverte sur d'autres pratiques culturelles ou sociales qui, dans l'absolu, ne sont ni meilleures, ni pires, mais différentes, et a priori tout aussi légitimes.
Je pense que vous comprenez où je veux en venir : l'ouverture et la tolérance ne sont pas bonnes par elles-mêmes, car tout dépend de ce sur quoi on accepte de ne pas être fermé et de s'ouvrir, et, à l'opposé, de ce sur quoi on décide de ne pas s'ouvrir, et de rester fermé.
A l'opposé...
Considérons un bref instant la deuxième et dernière partie de la phrase citée : "c’est la tendance opposée qui s’affirme actuellement".
Cette tendance opposée, on n'a presque rien dit sur elle, tant qu'on ne l'a pas caractérisée, id est tant que l'on n'a pas analysé, puis synthétisé, ses différents et principaux caractères.
Que devrions-nous vouloir, pour celles et ceux qui promeuvent ou subissent les conséquences islamisatrices du ou des printemps arabe(s) ?
Devrions-nous vouloir, "pour leur bien", un devenir collectif "à l'occidentale", id est un devenir collectif tellement "ouvert" et "tolérant" qu'il est de plus en plus fermé et intolérant, à l'égard de la présence active du christianisme, notamment dans l'esprit public et dans le corps social ?
Vous m'avez compris, ce qui précède ne fait pas de moi un "huntingtonien", mais il me semble que cette crise du complément d'objet aboutit à une imprécision dans la pensée, la parole et l'action, qui nuit à l'analyse des évolutions et des situations.
" Change We Can Believe In. "
"Nous pouvons changer, et nous pouvons y croire" : mais changer quoi, et le changer, pourquoi ? Croire en quoi, et pourquoi ?
" Le changement, c'est maintenant. "
Mais le changement de quoi, en quoi et pourquoi ? Et si, pour autant, le changement, c'est maintenant, on commence par quoi, on continue par quoi, on termine par quoi ?
Et surtout, le plus important : le changement, au service de quels objectifs, en vue de quels résultats, et avec quel potentiel de redéfinition des objectifs ou de remédiation aux résultats, en cours de mandat ?
Eh bien, face à "l'ouverture" et face à "la tolérance", je me pose exactement le même type de questions, comme vous l'avez compris.
A bientôt.
Scrutator.
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