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ce sera plus facile
par Philalèthe 2012-11-08 15:41:18
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Je colle la conclusion de la conclusion :

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Reprenons la présentation de la théorie thomiste, en ses deux moments essentiels :


1) par sa libre faute, le criminel se prive du droit à la vie ;
2) si des raisons d’utilité nous conduisent à penser que la suppression du criminel est expédiente, nous pouvons moralement le tuer.


Chacune des notions en jeu dans ce raisonnement a subi, au 20ème siècle, de puissants assauts.


Le libre-arbitre a été nié, et avec lui, la responsabilité du criminel. Dès lors, la dignité de l’homme ne se comprend plus de la même manière. Il ne s’agit plus de la liberté dans son ordination naturelle au bien, mais de la vie humaine prise absolument –sans que l’on sache exactement en quoi elle se distingue de la vie animale. Tandis que Kant et Hegel justifiaient la peine de mort au nom de la dignité du criminel, qui méritait qu’on le traite en homme libre et responsable de ses actes –et non comme une chose irresponsable, c’est aujourd’hui au nom de la dignité de l’homme qu’on interdit absolument la peine de mort, comme une peine inhumaine, qui néglige de considérer que le criminel est un malade irresponsable, voire une victime. Les concepts d’innocence et de culpabilité ayant été effacés, le « droit à la vie » n’est plus l’apanage des seuls innocents, mais aussi celui des criminels. Mieux, il semble que les criminels aient un droit supérieur à la vie, puisque les autorités sont prêtes à risquer la vie des victimes pour garder celle des coupables. On peut voir là un effet du sentimentalisme humanitaire, conjugué à une préférence systématique pour le fauteur de trouble. Certains ne sont pas loin de présenter cette évolution comme conforme à la préférence évangélique pour le pécheur. Mais soyons précis, ce qui met « plus de joie dans le Ciel que quatre-vingt dix-neuf justes », ce n’est pas un seul pécheur en lui-même, mais un pécheur qui se repent (Luc 15, 7). Ensuite, il y a un ordre dans la charité : le rachat du coupable est une immense et belle chose, et l’on peut interpréter la clémence de la justice contemporaine comme un authentique progrès évangélique –à condition qu’elle ait pour but l’amendement moral réel du criminel ; mais la clémence peut ne plus être un acte bon si elle met directement en danger la vie de tiers innocents. Une mesure doit donc être trouvée. Il faut ajouter qu’au sein de la population catholique la croyance en l’immortalité de l’âme (et du corps) s’affaiblit de jour en jour, ce qui fait paraître la peine capitale plus cruelle encore qu’autrefois.


S’agissant du deuxième point, on est affronté à la dépolitisation accélérée de l’Europe occidentale. La longue paix intérieure et extérieure dont a bénéficié l’Europe depuis 1945 -comme aussi le confort et le relâchement des nécessités vitales, dont il serait évidemment ridicule de se plaindre- ont contribué à rendre de moins en moins sensible la fragilité de l’ordre humain et à désarmer les sociétés face au retour inéluctable des violences privées et des menaces extérieures. Disons qu’anesthésiés par la protection extérieure d’une puissance tutélaire et roulant sur les acquis de mille ans de domestication de l’homme, les esprits européens se sont mis à croire que l’État social et la paix civile étaient des biens de nature, que nous n’aurions plus à instituer et à maintenir. Dans la foulée, la morale de la conviction a étendu son empire jusque dans les gouvernements, qui ont abandonné la morale de la responsabilité, et perdu de vue la nature propre de leurs devoirs à l’égard du bien commun.
Reste enfin, et nous ne saurions l’omettre, la tentation propre de la doctrine catholique, depuis environ un siècle. Nous la décririons, faute de mieux, comme une tentation marcionite. On le sait, Marcion (hérésiarque du 2ème siècle) niait la continuité entre l’Ancien et le Nouveau Testament ; il présentait la révélation évangélique comme opérant une rupture radicale avec la révélation judaïque, découlant de l’intervention d’un autre Dieu, le Dieu bon, contre le Dieu « méchant » des Juifs. « Marcion, écrit Tertullien, a séparé la loi ancienne de la loi nouvelle: voilà son chef-d'œuvre à lui, sa recommandation distinctive. » Or, le refus de plus en plus vigoureux de la sévérité par la doctrine catholique, sans se revendiquer naturellement du marcionisme, semble procéder d’un jugement négatif sur les préceptes vétéro-testamentaires. Disons, du moins, que le sens de la phrase du Christ selon laquelle il n’est « pas venu abolir, mais accomplir la loi » connaît une certaine inflexion laxiste. Tertullien écrivait encore : « On a inventé à votre usage un dieu plus commode, un dieu qui ne s'offense pas, qui ne s'irrite pas, qui ne se venge pas; un dieu dans l'enfer de qui aucune flamme n'existe; un dieu qui ne possède contre vous ni lamentations, ni grincements de dents, ni ténèbres extérieures; un dieu qui ne connaît d'autre sentiment que la bonté, qui défend le crime, il est vrai, mais seulement par forme et dans le texte de sa loi. »[13] Il est difficile de nier que cette tendance soit à l’œuvre dans certains milieux ecclésiastiques depuis plusieurs dizaines d’années. Dans la même foulée, la célèbre formule de saint Thomas selon laquelle « la grâce ne détruit pas, mais perfectionne la nature » semble avoir perdu de son sens, attendu que la nature humaine n’est plus considérée –non pas à Rome, mais plutôt dans le clergé et dans l’opinion catholique- comme un fondement légitime des prescriptions morales.
Les conséquences d’un tel abandon du naturalisme grec -autrement dit de la philosophie- sont prévisibles : ignorance de la nature politique de l’animal humain, séparation radicale du bien et du vrai, oubli des hiérarchies naturelles. Tendanciellement, la miséricorde s’applique sans respect de la justice, l’amour sans respect de la loi, l’effusion mystique sans passage par la raison, l’égalité des enfants de Dieu sans respect des différences naturelles, les conseils sans les préceptes.
En un mot, et nous finirons sur cette hypothèse : le flou actuel autour de la peine de mort résulte d’une tentation récurrente au sein de l’intelligence catholique : la dissolution de la nature par la grâce.

     

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