Est-ce pour en finir avec "l'extrincésisme herméneutique" ? par Scrutator Sapientiæ 2012-11-04 21:47:38 |
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Bonsoir et bon dimanche, Jean Ferrand.
A. Je cite in extenso les propositions 17 et 30 du même document qui découle du synode :
1. Proposition 17 : Préambules de la foi et théologie de la crédibilité
" Dans le contexte actuel de culture mondiale, de nombreux doutes et obstacles sont la cause d’un scepticisme diffus et introduisent de nouveaux paradigmes de pensée et de vie. Il est d'une importance capitale, pour une nouvelle évangélisation, de souligner le rôle des préambules de la foi. Il est nécessaire non seulement de montrer que la foi ne s'oppose pas à la raison, mais aussi de mettre en évidence un certain nombre de vérités et de réalités qui relèvent d’une anthropologie correcte, éclairée par la raison naturelle. Parmi celles-ci, la valeur de la loi naturelle et ses conséquences sur la société humaine tout entière. Les notions de « loi naturelle » et de « nature humaine » sont capables de démonstrations rationnelles, à la fois aux niveaux académique et populaire. Un tel développement et une telle entreprise intellectuels faciliteront le dialogue entre les fidèles et les personnes de bonne volonté, ouvrant un chemin vers la reconnaissance de l'existence d'un Dieu créateur et du message de Jésus-Christ rédempteur. Les pères synodaux demandent aux théologiens de développer une nouvelle apologétique de la pensée chrétienne, à savoir une théologie de la crédibilité adéquate à la nouvelle évangélisation.
Le synode appelle les théologiens à accepter les défis intellectuels de la nouvelle évangélisation et à y répondre en participant à la mission de l'Eglise qui est de proclamer à tous l'Evangile du Christ. "
2. Proposition 30 : Théologie
" La théologie comme science de la foi a une importance pour la nouvelle évangélisation. Les prêtres, les enseignants et les catéchistes doivent être formés dans des établissements d'enseignement supérieur. L'Eglise apprécie et encourage la recherche et l'enseignement de la théologie. La théologie scientifique a une place qui lui est propre dans l'université, où elle doit mener un dialogue entre la foi et les autres disciplines et le monde séculier. Les théologiens sont appelés à accomplir ce service dans le cadre de la mission salvifique de l'Eglise. Il est nécessaire qu'ils pensent et ressentent avec l'Église (sentire cum Ecclesia). Le synode propose que la nouvelle évangélisation soit considérée comme une dimension intégrale de la mission de chaque faculté de théologie et qu’un département d'études sur la nouvelle évangélisation soit mis en place dans les universités catholiques. "
B. Apparemment, je dis bien bien apparemment, on commence à envisager en haut lieu d'aller en direction de la prise de conscience du fait que la soumission d'une partie non négligeable de la théologie contemporaine à la raison herméneutique, à commencer par la théologie du pluralisme religieux, a abouti notamment
- à une relative impuissance intellectuelle et confessionnelle de l'Eglise catholique, face à "de nombreux doutes et obstacles (qui) sont la cause d’un scepticisme diffus et (qui) introduisent de nouveaux paradigmes de pensée et de vie" ;
- à une mise en retrait ou sous silence, dans l'Eglise catholique, de l'importance et de l'influence nécessaires et légitimes du "rôle des préambules de la foi" ;
- à ce qu'il soit à nouveau "nécessaire(,) non seulement de montrer que la foi ne s'oppose pas à la raison, mais aussi de mettre en évidence un certain nombre de vérités et de réalités qui relèvent d’une anthropologie correcte, éclairée par la raison naturelle".
C. On a accusé en leur temps les théologiens néo-thomistes d'avant-hier d'avoir une apologétique axiomatique soumise à un "extrincésisme" philosophique métaphysique d'inspiration aristotélicienne, mais il n'est pas encore parvenu jusqu'à l'entendement d'un très grand nombre, le fait que l'on pourrait aussi bien constater en notre temps que bien des théologiens post-modernes d'aujourd'hui ont une théologie fondamentale soumise à un "extrincésisme" philosophique herméneutique, d'inspiration husserlienne, heideggériennne, gadamérienne ou lévinassienne.
D. Or, il me semble qu'il y aurait une grande distance, si j'ose dire, cognitive et culturelle,
- entre une théologie fondamentale contemporaine très "dialoguante", qui resterait asservie ou au service d'un tel "extrincésisme" philosophique herméneutisante voire historicisante,
- et une théologie fondamentale contemporaine plus "confessante", qui entendrait renouer et faire renouer avec des notions aussi anhistoriques ou intemporelles que celles de "loi naturelle", de "nature humaine", et de "raison naturelle".
E. A mon sens, le ressort de "l'extrincésisme" philosophique herméneutique réside dans la subordination de la Parole de Dieu à l'examen, interrogatif et interprétatif, entrepris par la conscience de l'homme, en fonction de son contexte à elle et de son contexte à lui, quelle que soit, au demeurant, cette Parole de Dieu, puisque cet examen peut aussi bien concerner la Bible, le Coran, la Torah ou le Talmud.
F. Il y a alors le risque que cette interrogation et cette interprétation soient, a priori ou par principe, les deux éléments d'une instance de légitimation, ou en tout cas d'appréciation, le plus souvent uniquement bienveillante, de tout livre considéré comme sacré, parce qu'il est tenu pour tel par celles et ceux qui croient en lui, qu'ils aient raison ou tort de le faire, d'un point de vue théologique catholique qui ne serait pas soumis, précisément, à cet "extrincésisme" philosophique herméneutique.
G. Dans l'espoir de bien me faire comprendre, je prends ici appui sur le titre du premier chapitre, et sur les paragraphes que l'on trouve au sein de ce même premier chapitre, dans le texte de la CTI qui est paru en 2012, et que j'ai récemment inséré sur le FC.
Si l'on veut vraiment que la théologie catholique d'aujourd'hui et de demain soit à nouveau ou encore plus à l'écoute de la (seule vraie) Parole du (seul vrai) Dieu vivant, et si l'on veut vraiment, en particulier,
- remettre en avant la primauté de la Parole de Dieu, présente dans l'Ecriture et dans la Tradition,
- remettre en valeur la Foi, en tant que réponse humaine croyante (pensée afin, et avant, d'être vécue) à la Parole de Dieu,
- remettre en avant la théologie, en tant qu'intelligence explicitatrice de la Foi, de son fondement surnaturel et théologal, et de son contenu normatif et objectif, présent dans le Credo,
alors, il conviendra que cela se fasse au détriment relatif de l'importance non négligeable qui a été accordée, depuis au moins cinquante ans, et jusqu'à présent,
- à la conscience humaine, à son authenticité, à sa dignité, à sa liberté, à sa souveraineté ou à sa spécificité, sinon à son inerrance,
- à la Foi, non avant tout en tant qu'expression de l'adhésion de la conscience à un Credo intangible et inviolable, mais avant tout en tant que formulation de l'expérience contextuelle, historique, de l'homme, dans sa relation, "située", à Dieu, à lui-même, et au monde,
- à la théologie, en tant qu'intelligence interrogative et interprétative de la Foi - formulation de l'expérience de l'homme, précisément dans le cadre de "l'extrincésisme" philosophique herméneutique évoqué ci-dessus.
H. A un moment donné (je vais essayer de terminer sur cette phrase), il faut savoir ce que l'on veut : si l'on veut vraiment (se) recentrer pour (se) reconstruire, à l'intérieur d'une Eglise qui ne réévangélisera que si elle est à nouveau plus confessante que dialoguante, cela supposera que l'on change de "boîte à outils" intellectuels et confessionnels, philosophiques et théologiques, quitte à ce que cela passe par la relativisation du caractère indépassable et indispensable de la raison herméneutique, le plus souvent descriptive, qui s'est substituée, au XX° siècle, à une raison métaphysique, peut-être moins raffinée ou subtile, mais qui avait le mérite d'être prescriptrice, et de contribuer, pour cette raison,
- à ce que l'on interpelle alors davantage les chrétiens non catholiques et les croyants non chrétiens, pour qu'ils se convertissent, se rendent disponibles et responsables, d'une manière explicite, sous la conduite et en direction du seul Médiateur, du seul Rédempteur ;
- à ce que l'on s'interpose alors plus fréquemment entre la vérité et telle ou telle erreur, y compris en matière religieuse, pour défendre ou promouvoir la vérité, et pour critiquer ou dénoncer telle ou telle erreur.
Ce qui précède est certainement "complétable" ou "précisable", aussi je vous remercie par avance pour votre bienveillance et pour votre indulgence, mais aussi pour vos remarques et pour vos suggestions.
Bonne fin de dimanche, bon début de semaine, excellente continuation.
Scrutator.
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