Je suis tellement d'accord avec vous par le torrentiel 2012-08-31 04:51:01 |
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que je ne cesse de faire ce que vous me conseillez.
Si vous tapez sur google: "etudestorrentielles, peut-on rétrospectivement critiquer la loi de 2005", j'explique par exemple, publiquement et, à la base, pour contribuer à l'organisation des etats généraux de la Déficience visuelle, que les handicapés ont été bernés par la société qui leur promettait de pouvoir accéder à tout, ce qui est une utopie inique, et par eux-mêmes qui, au tournant des années 2000, n'ont plus mis de frein à leurs revendications et y ont perdu le peu qu'ils avaient gagné par la loi de 1975, instituée sous giscard, qui n'a pas fait voter que la loi Veil.
Sans me vanter, j'ai discerné ce tournant dès qu'il a été pris et, à ma modeste place, en ai averti, bien que mon audience soit très limitée.
Lorsque Sarkozy a voulu que le RSA soit assorti d'une clause qui dispose que ceux qui le touchent devraient compenser par quelques heures de Travaux d'Intérêt général, j'ai pris les devants et ai proposé à mes "concitoyens en cécité", de qui j'étais un peu plus entendu, que nous nous engouffrions dans cette brèche pour en faire une chance d'exister sur le marché du travail dont nous nous serions fait connaître, si nous avions accepté cette injonction à être utiles, plutôt que de nous plaindre que toutes les portes nous étaient fermées. Je ne vous explique pas quelle levée de bouclier j'ai essuyé, vous vous en doutez.
Je ne cesse de dire que nous n'avons aucun droit, mais que nous devons être reconnaissants de ce que la société consent à nous donner.
Je pense en outre que la demande d'accessibilité tous azimuts, assortie de son corrolaire, la prétention à l'autonomie, c'est-à-dire, au sens étymologique, à être le principe de sa propre loi et, en pratique, à tout faire tout seul sans demander d'aide à personne, sans avoir besoin de personne, brise et bride le rapport humain, mais aussi la spontanéité de ceux qui voudraient venir à nous et qui s'entendent signifier que nous préférons rester sur notrequant-à-soi.
En un mot comme en cent, je ne fais pas que constater l'égoïsme de la société, je témoigne que les handicapés qui en ont la capacité sont devenus égoïstes eux-mêmes.
Pour aller plus loin, mon constat initial ne dénonce même pas l'égoïsme de la société dont les motifs sont tout à fait ceux que vous dites. Il est que l'intégration des handicapés est un leure. Or cette intégration, ce sont avant tout les parents d'enfants handicapés qui l'ont souhaitée, d'abord soutenus par, puis au grand désespoir des directeurs des Instituts d'education spécialisés qui ferment les uns après les autres et dont le seul tort était de dépendre administrativement du ministère de la santé et non de celui de l'Education Nationale.
L'enfance des handicapés de naissance de la génération postérieure à la mienne s'en trouvera prise dans un faisceau de complexité inextricable, avec une quadruple journée: la scolarité au milieu d'enfants valides (et l'enfance est un âge cruel), les devoirs faits seuls à la maison, le temps passé avec leur auxiliaire de vie scolaire qui essaiera de leur inculquer les bases que nous donnait la scolarisation dans des Instituts spécialisés, au moins dans les classes primaires (bases comme l'acquisition du braille, de la cartographie en relief ou des rudiments de la locomotion), et enfin les transports, souvent assurés par des ambulanciers qui regroupent les enfants qu'ils doivent transporter, ce qui fait que les premiers doivent souvent quitter leur domicile vers six heures du matin pour accompagner l'ambulancier qui cherche leurs petits camarades.
Mais, comme en toute chose, le diable porte pierre, bien que, d'instinct, je m'insurge contre ces réformes visant l'ordinariat à tout prix, je me dis que nous manquons de recul pour en évaluer les fruits. Comme indiqué dans mon premier message de ce fil (difficile à décoder, je le reconnais bien volontiers), je constate que ma génération a complètement raté son insertion sur le marché du travail et dans la vie sociale, contrairement à la génération qui m'a précédé, dont l'avenir était tracé dans des "métiers d'aveugles" comme la musique ou le standard (seule, la kynésithérapie résiste bien). Or les pédagogues qui ont élevé ma classe d'âge ont voulu détricoter cette notion de métiers spécifiques ou d'"emplois réservés" en niant, entre autres, que les aveugles étaient souvent (mais pas toujours) doués pour la musique. L'avantage d'être inséré très tôt dans la vie ordinaire malgré une vie de forçat vécue dès l'enfance, c'est qu'elle permet de ne pas contracter des tics de handicapés, voire des réflexes corporatistes, et d'être automatiquement plus à l'aise dans la société telle qu'elle est, puisqu'on en a très tôt contracté les habitudes. Donc il est trop tôt pour faire le bilan de cette politique, qu'on devrait pourtant ne pas poursuivre à marche forcée, mais ad experimentum, comme on prône l'"expérimentation" dans beaucoup de domaines. Donc en pratique, on devrait laisser les deux modèles de l'Institut spécialisé et de l'intégration dans la vie scolaire ordinaire exister en parallèle et voir ce qu'ils donnent. D'ores et déjà, on sait que tel enfant se trouvera mieux de faire ses premières classes dans un Institut spécialisé, et tel autre étouffera de ne pas être intégré très tôt dans une école ordinaire ou classique, au milieu des enfants valides.
Toutes les remarques précédentes vous disent assez que j'essaie de "me garder à ma gauche et à ma droite", comme le recommande le psalmiste.
Néanmoins, je ne vous suis pas quand vous dites que l'eglise et la société ont légitimement les mêmes réflexes hypocrites. L'Eglise est au minimum une contre-société ou, si vous préférez, un contre-monde, qui doit vivre et témoigner de sa foi au milieu de la société et du monde. Elle doit donc déraciner de sa praxis ses incohérences majeures sous peine de donner un contre-témoignage. L'hypocrisie pardonnable à la société est impardonnable à l'Eglise. Ou, si elle est pardonnable, elle doit être dénoncée avec beaucoup plus de vigueur. La seule autorité qui donne le droit à l'Eglise de transmettre ses doléances à un Etat non confessionnel, c'est sa propre vie morale. Si l'Eglise se contente de condamner l'avortement en ne faisant rien pour les mères qui ont suivi ses préceptes et pour le droit de vivre des enfant qui ont échappé au rouleau compresseur de l'avortement, l'Eglise, qu'on accuse déjà de crédulité, perd toute crédibilité. Idem si elle prie "pour les plus démunis" et laisse à la Conférence Saint-vincent de Paul ou au secours Catholique le soin de s'en occuper. Idem enfin pour la manière dont, concrètement, elle donne droit aux handicapés, qui sont des ambassadeurs de la gratuité et, privilège insigne, auxquels s'identifie le Christ pour les autres, le Christ offert à notre charité à travers les autres. Ilne s'agit pas d'humanitarisme ou de dimension horizontale, il s'agit de prendre au sérieux ou non l'Evangile. L'Eglise ne doit pas se faire l'auxiliaire de l'individualisme de la société, contre lequel elle fulmine par ailleurs. Bref, l'Eglise n'échappe pas à la règle commune de devoir balayer devant sa porte.
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