Sans rentrer sur le fond (faut il ou non signer) j'ai toujours trouvé que Mgr Fellay manipulait les prêtres et les fidèles de la Fsspx pour arriver à un accord.
Je n'avais Pas pensé que le dernier rebondissement pourrait en faire partie. Finalement au vu de cet article cela est tout à fait possible.
Laissez tomber, cher Raoul, ce complotisme de mauvais aloi. Nous méritons mieux que cela, et nous sommes tous capables -je l'espère- d'utiliser notre cerveau avant nos tripes.
Mgr Fellay ne manipule personne. Il porte simplement sur ses épaules
un poids énorme,
un poids historique. Plus lourd même que celui de Mgr Lefebvre en 1988, avant la décision héroïque qu'il a alors prise.
Nous devons aujourd'hui faire preuve du même courage... et accepter les accords. Je le pense sincèrement.
Car, à la fin, quelle est l'alternative ?
Le choix me paraît être le suivant :
-
Nous refusons tout accord. Rome aura beau jeu de déclarer le schisme comme patent : "
Nous avons proposé, vous avez refusé, vous êtes hors de l'Eglise, cette fois-ci c'est plié". Tout le bénéfice d'image que la FSSPX a enregistré depuis dix ans est fichu par terre. Résultat quasiment certain, nous avons dans les 24 heures une division de la FSSPX entre ceux qui acceptent de faire le pari d'un accord et ceux qui ne veulent pas en entendre parler. Division massive. Dans la FSSPX, dans ses séminaires, dans ses chapelles et ses prieurés, dans les communautés amies, dans les mouvements (MJCF, pèlerinages, tiers-ordres etc... tout cela évidemment pire qu'en 1988...)
Imaginez la jubilation de
La Croix, de
La Vie... et des évêques de France. Tout danger est pour eux écarté, ils peuvent tranquillement continuer à détruire l'Eglise.
En quelques mois, la Tradition est mise par terre, divisée, anéantie, neutralisée. Les modernistes ont gagné, quarante années de résistance et de combat sont réduits à néant. Pourquoi ? Par peur. Or, vous le savez comme moi, la force des mauvais, c'est très souvent la faiblesse des bons. La faiblesse et la peur !
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Nous signons un accord. Nous avons a priori une prélature personnelle , et l'épiscopat français doit du même coup faire face à une grosse tuile. Tuile à côté de laquelle le motu proprio de 88 est une douce petite farce. Les prieurés présents dans chaque diocèse, et dont ils se moquaient jusqu'à maintenant, se retrouvent des maisons canoniquement régularisées, où les fidèles peuvent aller à la messe, entendre en sermon la vérité sur Vatican II et la nouvelle messe, communier, se faire confirmer, se confesser, se marier, se faire enterrer sans leur demander leur avis. Pan dans la mitre.
Certes, Rome n'est pas revenue à la Tradition, c'est un fait. Y reviendra-t-elle sans un accord avec nous ? Ce sera plus long, voire impossible au vu de la démographie sacerdotale pour le moment, et les communautés nouvelles, pour valables que sont certaines d'entre elles, n'ont de toute manière pas la rectitude doctrinale pour assurer ce retour à la place de la FSSPX. Notre modestie en prend un coup en affirmant cela, mais l'Eglise a besoin de la FSSPX, n'en déplaise à certains. La volonté du Pape de parvenir à un accord le montre assez.
Ce bon Pape a le coeur traditionnel et le cerveau conciliaire, c'est certainement un autre fait. Nous nous mettons à la portée de rudes coups en provenance de la Curie, majoritairement hostile à la Tradition (quoique...), nos prêtres se retrouvent en contact avec d'autres prêtres que ceux de la FSSPX ou des communautés amies, mais qui ne sont pas tous des modernistes ou des salauds acharnés à la ruine de l'Eglise, voilà d'autres faits difficilement contestables.
Mais n'avons-nous pas le devoir, comme catholiques, comme traditionalistes, d'aider ce Pape qui va dans le bon sens, même si bien de ses décisions restent par ailleurs discutables, contestables, décevantes ? Soyons objectifs : Benoît XVI, même s'il n'est pas un Pie X ou un Pie XII, n'est pas non plus un Paul VI ou un Jean-Paul II...
Mais aussi...
Nous sommes
régularisés. Plus personne, laïc, prêtre, évêque, cardinal, ne peut plus dire que nous sommes en marge, dissidents, excommuniés, irréguliers etc... On est
dedans. Et pour de bon. Sans rien avoir perdu. Moins, en tout cas, que si nous restons
dehors.
Les risques ? Il y en a toujours eu dans l'Histoire de l'Eglise, qui n'a jamais été une bulle, une oasis de fraîcheur et de paix. Nous n'avons pas vocation à devenir des cathares, nous avons mission de combattre, et de combattre avec le reste de l'Eglise.
Ce que je crois sincèrement au sujet des risques, c'est qu'il y en a infiniment moins
dedans que
dehors. Il y en a aussi infiniment moins aujourd'hui qu'en 1988. Nous avons des évêques, nous avons plus de fidèles, nous sommes présents dans beaucoup plus de diocèses, nous sommes bien mieux connus, bien mieux acceptés aussi.
Les chances ? Encore une fois, le fait que nous ne sommes plus tout à fait dans la même situation qu'en 1988. Il y a beaucoup moins de prêtres. L'Eglise de France est par terre, les évêques n'en touchent plus une. Mieux, ils enragent d'être tenus à l'écart des discussions par le Pape qui, dans ce registre, à absolument tout compris.
Pour ce qui est des prêtres, beaucoup d'entre eux, aujourd'hui, ne regardent plus la FSSPX comme leurs aînés. Ils n'ont notamment pas la même vision de Mgr Lefebvre. Beaucoup se rapprochent de la FSSPX depuis le motu proprio, qui a fait sauter bien des verrous psychologiques.
Je crois vraiment qu'il faut signer et prendre des risques.
Tout de suite après, le combat ne cesse pas, il ne fait que commencer.