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pourquoi la messe en latin...
par jejomau 2012-04-22 10:44:42
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Les astuces françaises pour tuer le latin : Histoire et faits actuels

C'est très volontairement que n'est pas évoquée ici la forme de la messe, mais uniquement le recours au latin, que la messe soit sous la forme "ordinaire" (Concile Vatican II) ou "extraordinaire" (d'avant le Concile). Car curieusement, ce n'est pas contre la messe "traditionnelle" que se dresse un certain nombre de prêtres et évêques, mais contre le latin, même - et surtout ! - lorsqu'il s'agit de l'utiliser dans la messe du Concile. On est tenté de dire "comprenne qui pourra !". En fait, c'est à la fois plus simple et plus tordu...


A découvrir sur ce site et c'est bien exposée !


La France traîne derrière elle un passé de contestation anti-romaine qui n'est pas neuf. Même si elle a été, sur ce plan, battue par l'Angleterre, et si aujourd'hui elle l'est par la Hollande, elle continue cependant à se montrer très "autonomiste".

Historiquement, ce n'est pas le peuple qui est le premier entré dans cet état d'esprit, mais plutôt les hauts dignitaires à des époques où cette contestation ne pouvait venir que d'eux seuls. Louis XIV avait déja suscité le mouvement gallicaniste (pour de pitoyables questions financières !) et Napoléon Ier envoya un message clair au Pape en se se coiffant lui-même de la couronne d'empereur.

Dans les années 40 des essais de "francisation" de la messe ont été plus étendus, mais toujours "ad experimentum" et avec l'autorisation de la hiérarchie, à savoir l'évêque. Il s'agissait à l'époque de savoir quels fruits pastoraux on pourrait tirer de cette évolution liturgique. Mais le problème est que derrière ces expériences, certains ont commencé à souhaiter faire évoluer bien autre chose que la forme liturgique. La France entretenait donc, encore une fois, cette vieille tradition du "gaulois querelleur"... Et parmi la problématique de cette évolution, on doit relever cette fois que la contestation ne se fait plus dans la clarté, mais en sous-terrain. On peut parler de minage par l'intérieur.

UNE ETRANGE HISTOIRE QUI COMMENCE A ROME...

La messe "du Concile" ou "de Paul VI"

Concernant les valeurs liturgiques, le Concile Vatican II n'avait rien cédé, rien bousculé, rien réduit. On s'en convaincra le plus aisément du monde en lisant sérieusement la constitution Sacrosanctum Concilium sur la liturgie. Absolument rien dans le texte ne promeut ce que l'on verra par la suite. Mais l'artisan de ce texte avait élaboré, en marge de son travail officiel, une idéologie qui se faisait largement connaître, et qu'il comptait bien généraliser via des réseaux plutôt que de manière frontale. On ne publiait donc officiellement qu'un document sage, mais les intentions étaient autrement plus dangereuses. Une méthode qui fait irrésistiblement penser au "Cheval de Troie"...

La cheville ouvrière du problème était Mgr Bugnini, déjà connu pour s'être opposé à Pie XII sur la question de l'Assomption de la Vierge Marie. Il fut contre toute attente nommé en 1960 secrétaire de la commission du Concile pour la liturgie. Ce prélat intriguant et déviant, désireux de protestantiser l'Eglise catholique - il n'hésitera pas à expliquer dans ses mémoires qu'il avait autorisé ce que le pape Paul VI avait interdit - élabora un plan de réforme de la messe qui fut adopté par un vote en 1962. Aussitôt le Pape Jean XXIII le suspend, sans faire de commentaires, et ce malgré l'intervention de deux cardinaux.

En 1963 le cardinal Montini devient le pape Paul VI. Il réintègre Mgr Bugnini. La constitution Sacrosanctum Concilium est promulgée par Paul VI, qui institue ensuite un conseil (consilium) pour l'exécution de la réforme liturgique. Mgr Bugnini y fait entrer 8 observateurs protestants. Les travaux du conseil furent ambigus et rendirent la nouvelle messe accessible aux protestants, selon les dires de certains d'entre eux. En 1967 Paul VI intégre le consilium dans la Sacrée Congrégation des Rites, et lui donne comme secrétaire Mgr Bugnini, ainsi plus puissant que jamais... Paul VI hésite cependant, et n'impose la nouvelle messe qu'en 1971.

En 1975, sans que l'on comprenne pourquoi ni comment, Mgr Bugnini est démis de toutes ses fonctions par Paul VI, sa Congrégation est dissoute, et peu après il est relégué définitivement à un poste diplomatique en Iran. Il n'aura plus aucun autre poste. Les raisons n'ont jamais été fournies. A ce moment, sous le coup de cette mesure, les ecclésiastiques en faveur d'une réforme radicale de la liturgie et de l'Eglise sont effondrés ; certains considèrent que "c'est fini !", que "tous les espoirs sont ruinés". On n'ose imaginer à quoi ils avaient rêvé...

Croire cependant que le pire avait été évité serait une erreur. Ce qui avait été voulu par Mgr Bugnini et qui n'a jamais été prévu par le Concile a fini tout de même par se produire d'une autre manière.

En France, dès lors que la réforme liturgique ou le Concile rendait quelque chose possible en tant que dérogation exceptionnelle, on s'ingénia à présenter cette possibilité comme une obligation. La réforme permettait exceptionnellement de dire la messe face au peuple ? D'utiliser le français ?... En France, cela devenait obligatoire ! Même chose pour le port de l'habit ecclésiastique, qu'on pouvait omettre uniquement dans des circonstances exceptionnelles. Là encore, en France l'exceptionnel est devenu systématique. Or, on s'en doute, transformer l'exceptionnel en règle courante est illégitime.

Les choses allèrent très loin, lorsque des prêtres, finalement assez nombreux mais dispersés sur le territoire français, ne voulurent pas céder à ce vent de folie. Dans les années 70 et 80, ceux-là furent victime des pressions scandaleuses. Ceux qui trouvèrent la force de résister furent très rares, et pour les mettre hors circuit on les fit passer pour des prêtres "un peu dérangés" ou d'affreux nostalgiques. Et les fidèles le crurent. Et comment ces fidèles auraient-ils pu penser autre chose, puisque la nouvelle tendance leur était présentée comme vérité ? Aucun paroissien ne pouvait effectuer de vérification puisque l'accès aux documents de l'Eglise était rendu impossible. Cet état de fait n'a d'ailleurs jamais changé : aujourd'hui encore rares sont les paroisses où les fidèles peuvent demander à leur curé les textes normatifs sur la liturgie. La plupart du temps, les diocèses ont instauré une "Equipe diocésaine de liturgie" dont l'activité principale est de diffuser ses propres directives en lieu et place de celles du magistère de l'Eglise. Ceux qui en doutent peuvent toujours demander dans leur paroisse à lire les textes normatifs romains sur la liturgie. Dans certains diocèses, ça sera mission impossible. Les catéchistes qui s'y risquent sont aussitôt convoqués par leur curé, sommés de s'expliqués, et mis en quarantaine (le mot n'est pas trop fort dans certains cas).

Soulignons au passage le travail de matraquage médiatique pratiqué pendant des années par l'émission du dimanche "Le jour du Seigneur" sur France 2, qui s'est ingéniée à promouvoir exclusivement des messes très modernes (guitare, rythmes sautillants, absence totale de latin, prêtres disant la messe sans chasuble, art moderne outrancier, etc). Le prétexte ? "Montrer l'Eglise d'aujourd'hui". Une véritable langue de bois, car l'Eglise d'aujourd'hui n'a rien d'autre à faire qu'à suivre les directives liturgiques d'aujourd'hui, qui ne demandent pas ce que l'on voit aujourd'hui (!)... il y a comme un problème. En fait, pendant toutes ces années "Le Jour du Seigneur" a été un splendide outil de propagande clairement opposé à l'autorité de l'Eglise sur la liturgie. Et personne ne l'a jamais dénoncé comme tel.

Il faut aussi mentionner le travail de modernisation obligatoire pratiqué en permanence par le CNPL (Comité National de Pastorale Liturgique), dont la tâche essentielle a consisté à ne promouvoir exclusivement que les compositeurs "progressites" ainsi que leurs éditeurs. On n'a jamais vu le CNPL encourager la publication d'un livret de chant grégorien à l'usage des fidèles ; bien au contraire, ses éditeurs privilégiés l'ont toujours complètement exclu de leurs publications. Pourtant le Concile Vatican II précise que "le chant grégorien a la première place" dans la liturgie. Qui est censé avoir tort ?...

Au cours des années 1990 des "communautés nouvelles" se sont fait connaître. Dotées d'une moyenne d'âge très basse, leur culture était totalement déconnectée du conflit pro/anti romain, et elles n'avaient donc aucun complexe à agir dans un sens ou dans l'autre. Pour la plupart, intégrer simultanément dans leurs répertoires musicaux des chants à la guitare et quelques hymnes grégoriens ne posaient aucun problème. Cette liberté a parfois conduit à des situations chaotiques (l'une de ces communautés mélangeait au cours de la journée les pratiques orthodoxes et catholiques, et le vendredi soir célébrait le shabat juif !). Mais d'un autre côté, elle a incité des milliers de jeunes à se demander pourquoi ces communautés n'avaient rien contre le latin, tandis qu'on le détestait dans les paroisses. C'est ainsi qu'une prise de conscience est apparue spontanément chez les jeunes, sans aucune connection avec les mouvements traditionalistes (c'est un point qui est très intéressant !).

Ensuite la popularisation d'internet au début des annéees 2000 a permi aux catholiques de trouver toutes les sources magistérielles sans restriction, alors qu'auparavant cette recherche était bridée à tous les niveaux (paroisse, pastorale liturgique du diocèse, etc). En effet, n'importe qui pouvant créer un site internet, la rétention d'information pratiquée jusqu'alors a été contournée par plusieurs webmasters catholiques qui ont décidé de mettre les textes normatifs en ligne ("Les bons textes" fut le premier et le plus fourni). Dans le même temps des webmasters catholiques dans la "lignée Bugnini" ont également mis des sites en ligne. Mais ces derniers ne pouvaient pas présenter de documents officiels soutenant leurs orientations, et pour cause ! Les internautes à la recherche d'information ont donc vite compris qui délivrait la documentation authentique... Beaucoup d'entre eux s'aperçurent alors qu'ils "s'étaient fait rouler" pendant des années, et que quelque chose ne tourne pas rond dans la pastorale liturgique en France.

La Conférence Episcopale des Evêques de France semble cependant avoir perçu - bien tardivement - la nécessité de recentrer la culture des catholiques en matière de musique et de liturgie. En 2007 elle a mis en ligne un tout nouveau site sur lequel il est enfin possible de trouver quelques textes officiels sur la liturgie, dont la constitution Sacrosanctum Concilium : http://www.liturgiecatholique.fr . C'est donc la première fois, depuis 1964, que les évêques français mettent en place un moyen populaire d'accés aux textes officiels sur la liturgie, et que l'on peut lire (en cherchant bien) sur un média officiel de l'Eglise de France que la latin reste la langue fondamentale de la liturgie.

La messe traditionnelle, dite "St-Pie V" ou "tridentine"

Tandis qu'au cours des années 60-70 Mgr Bugnini élabore et promeut son plan et le fait accepter, personne au Vatican ne travaille sur la question de la forme de messe qui prévalait jusqu'alors. Ainsi la nouvelle messe n'est-elle pas un remplacement, mais une forme supplémentaire qui s'ajoute à la précédente, laquelle n'est pas abrogée, et ne le sera jamais. En effet, il n'existe aucun texte officiel qui déclare caduque la messe qu'on désignera par la suite comme "traditionnaliste".

Or Paul VI, s'il n'apprécie pas Mgr Bugnini, ne s'oppose pas à ses travaux. Il cultive même une ambiguïté bizarre, curieuse, gênante... A plusieurs reprise il redit le bien qu'il pense du latin et du chant grégorien, tout en affirmant qu'il faut les sacrifier.

"L’Eglise a fait un sacrifice en ce qui concerne sa langue propre, le latin, qui est une langue sacrée, grave, belle, extrêmement expressive et élégante. Elle a fait le sacrifice de traditions séculaires et, surtout, de l’unité de langue entre ses divers peuples, pour le bien d’une plus grande universalité, pour arriver à tous." (Angélus du dimanche 7 mars 1965, premier jour de l'application de la réforme).

"Nous perdons la langue des siècles chrétiens, nous devenons comme des intrus et des profanes dans le domaine littéraire de l’expression sacrée. Nous perdrons ainsi en grande partie cette admirable et incomparable richesse artistique et spirituelle qu’est le chant grégorien. Nous avons, certes, raison d’en éprouver du regret et presque du désarroi. Par quoi remplacerons-nous cette langue angélique ? Il s’agit là d’un sacrifice très lourd. Et pourquoi ? Que peut-il y avoir de plus précieux que ces très hautes valeurs de notre Eglise ? La réponse semble banale et prosaïque, mais elle est bonne, parce que humaine et apostolique... Plus précieuse est la participation du peuple, de ce peuple d’aujourd’hui, qui veut qu’on lui parle clairement, d’une façon intelligible qu’il puisse traduire dans son langage profane." (Audience générale du 26 novembre 1969 / Documentation Catholique n°1553 p.1103)

Le propos de Paul VI est donc d'éliminier le latin et toute ses qualités, simplement parce que la liturgie sera plus compréhensible. Or, depuis 1500 ans, tout catholique comprend parfaitement les textes de l'ordinaire de la messe (du Kyrie jusqu'à l'Agnus Dei) pour la simple raison que parallèlement son contenu est expliqué en détail au... catéchisme ! Il faut en effet à peine 15 mn. à un enfant de dix ans pour assimiler la traduction de ces textes latins !! Quand aux textes propres à chaque jour, ils sont rendus parfaitement accessibles grâce aux missels latin-français largement diffusés depuis... la fin du XIXe siècle ! Enfin il faut bien voir que cinquante ans après avoir intégralement basculé en langue française, on n'a pas mieux converti, puisque les églises se sont vidées. On cherche donc l'efficacité de cette pastorale de la facilité !

D'autre part Paul VI oublie les catholiques qui n'ont pas de problème avec le latin (à cette époque). Ils sont les plus nombreux, et pour cause. Alors que ceux-ci comprennent parfaitement la langue de l'Eglise - et n'ont donc absolument pas besoin d'aménagements pédagogiques - voilà qu'ils sont malgré cela obligé de perdre le latin et ses trésors. Pourquoi ? Paul VI n'explique rien. Nous avons devant nous un pape convaincu que les érudits doivent retourner au B-A BA, au même niveau que les débutants ! Cette idéologie est encore très fortement imprégnée dans l'Eglise de France au début du XXIe s. !

Lorsque Paul VI publie le "Novus ordo" (nouvelles directives) pour célébrer la nouvelles messe, il le présente comme une interdiction de dire la forme ayant cours jusqu'alors. Or, comme il est dit plus haut, cette forme de messe n'est toujours pas abrogée. En quelque sorte, Paul VI interdit par une expression personnelle ce qui n'est pas interdit par l'expression officielle de l'Eglise ! C'est là une énorme faille canonique, et finalement c'est une chance...

Parmi les pères du Concile qui n'ont pas du tout apprécié les manœuvres de Mgr Bugnini, on trouve notamment Mgr Lefevre. Au début des années 60 il est à la tête des Pères du Saint-Esprit et y maintient les valeurs de l'Eglise (auxquelles le Concile n'a pas renoncé). Mais il subit des pressions si considérables de la part des "bugninistes" qu'il démissionne en 1968. Il fonde alors la Fraternité St-Pie X en 1970 dans le diocèse de Fribourg, avec le plein accord canonique de l'évêque Mgr Charrière. En 1970 le séminaire de la Fraternité compte 11 séminaristes ; en 1974 il en compte 40. Et c'est là que la machine s'emballe...

Notez qu'un séminaire reconnu par un évêque est aussitôt reconnu par Rome. Mais lorsqu'il faut le démanteler, l'évêque seul ne suffit pas, puisque la reconnaissance de Rome ne peut être annulée que par... Rome (!). Or, le successeur de Mgr Charrière va passer outre cette règle fondamentale...

En 1974 une commission vient interroger les membres du séminaire, et adopte une position peu amicale. Peu après le nouvel évêque de Fribourg, Mgr Mamie, est autorisé par Rome à faire fermer le séminaire de la Fraternité St-Pie X. Mais cette autorisation n'est pas un acte juridique de Rome, et pose un problème du point de vue du Droit. De plus, Mgr Mamie ne justifie sa décision par aucune cause, ce qui pose également un problème juridique. Mgr Lefevre, pour protester contre la fermeture de son séminaire, introduit alors - en toute légalité - deux recours successifs auprès de la "Signature apostolique" (équivalent de la Cour de Cassation). Mgr Villot, Secrétaire d'Etat au Vatican, intervient alors pour interdire à ce tribunal de recevoir les recours en question ! Il y a là de quoi faire sauter au plafond n'importe quel juriste !...

A la lumière de ces éléments, on peut comprendre que la lutte se soit radicalisée, à une époque où, au même moment, les messes paroissiales françaises (et plus largement francophones) étaient dites en contradiction avec les directives relatives à nouvelle messe elle-même ! Car si on comprend bien la situation, la messe latine ancienne toujours valide du point de vue du Droit était interdite dans la pratique, tandis que la messe française moderne telle qu'elle était dite n'était absolument pas légitime mais était largement mise en œuvre. Et n'ayons pas peur de le dire : en ce début de XXIe siècle, la situation reste identique pour la messe "du Concile" !

LE RETOUR DE LA MESSE TRIDENTINE

En 1988 Jean-Paul II promulgue le motu proprio "Ecclesia Dei afflicta", demandant aux évêques de ne plus empêcher la pratique de la messe selon l'ancienne forme.

"A tous ces fidèles catholiques qui se sentent attachés à certaines formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition latine, je désire aussi manifester ma volonté - à laquelle je demande que s'associent les évêques et tous ceux qui ont un ministère pastoral dans l'Eglise - de leur faciliter la communion ecclésiale grâce à des mesures nécessaires pour garantir le respect de leurs aspirations."

On s'aperçoit que le document ne "ré-installe" pas cette messe. Et d'ailleurs il ne le peut pas, puisqu'elle n'a jamais été abrogée. Si le Pape produit un tel document, c'est pour rappeler aux évêques qu'en fait ils peuvent laisser cette messe exister car rien ne s'y oppose. Le Pape ne le dit pas formellement, mais l'Histoire permet de décrypter les tenants et les aboutissants.

Que se passe-t-il alors ? Les évêques sont conscient de l'enjeu : le risque d'un schisme. Car la messe que l'on dit désormais "traditionnelle" compte beaucoup plus d'amis qu'on ne le pense. Pour les évêques, le motu poprio vise à limiter la casse. Le risque de voir un retour massif à l'ancienne messe ne paraît pas énorme, car les fidèles concernés sont supposés être âgés et nostalgiques, et le temps devrait faire son œuvre.

Au fil des années suivantes, alors que quelques évêques concèdent quelques messes - souvent dans des lieux incommodes et à des heures peu pratiques - on commence à connaître enfin ces communautés de fidèles car elle peuvent désormais se montrer au grand jour. Et l'on découvre qu'en fait de "vieux", on trouve beaucoup de jeunes générations. Et à y regarder de plus près, il ne s'agit pas seulement des enfants des "traditionalistes" mais aussi de jeunes qui sont venu voir, et qui restent, séduits par l'esthétique de la messe, par une identité catholique forte, et une foi exprimée "en grand". Très exactement ce qui plaît aux jeunes, et fait par ailleurs la fortune des nouvelles communautés. D'ailleurs... ces parallèles vont finir par créer des passerelles entres ces deux mondes, à la surprise générale !

Le temps passe et la situation évolue lentement, et souvent mal. Beaucoup d'évêques français refusent d'appliquer le motu proprio. C'est - disons-le tout net - un acte caractérisé de désobéissance ! Ces mêmes évêques n'hésitant pas ensuite à exiger des traditionalistes qu'ils leur obéisse... Une contradiction pour le moins étonnante, que l'on retrouve aussi très souvent au niveau des paroisses. En France le refus d'appliquer le motu proprio de Jean-Paul II aura trouvé son chef de file en la personne de Mgr Daucourt, évêque de Nanterre, qui finalement acceptera de l'appliquer partiellement en 2005, pour faire une marche arrière partielle en 2007 sous la pression de certains curés de paroisse, puis finalement en 2008 dans des conditions qui rendent l'application invivable pour les fidèles.

Lorsque Benoît XVI arrive sur le trône pontifical, la situation n'a guère évolué. Les catholiques traditionalistes sont désormais essentiellement répartis sous trois principales bannières : la Fraternité St-Pie X elle-même en proie à de sérieuses subdivisions internes de mauvaise augure (entre ceux qui reconnaissent le pape et ceux qui demeurent sédévacantistes) ; la Fraternité St-Pierre qui poursuit avec succès son intégration au sein de l'Eglise ; et l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre qui tisse depuis plusieurs années de bonnes relations avec le Vatican.

Pour autant, sur le terrain français, tout reste compliqué. La résistance au motu proprio de Jean-Paul II est telle que Benoît XVI se voit obligé de publier un second texte le 7 juillet 2007, le motu proprio "Summorum pontificum", qui autorise désormais des groupes de 40 personnes - voire moins officieusement - à obtenir une messe selon l'ancien rite, l'évêque n'ayant plus cette fois la possibilité de refuser.

On a vu dans la presse les réactions disproportionnées qui ont été celle des catholiques "anti latin". A commencer par un certain nombre d'évêques français qui ont directement fait savoir au pape qu'ils ne voulaient pas de son motu proprio ! A suivre ensuite par des prêtres et des laïcs qui s'y sont opposés avec la plus grande véhémence, annonçant des troubles via la presse... Beaucoup de remue-ménage pour rien ! Car comme on peut l'observer, ceux qui ont le plus troublé l'ambiance étaient essentiellement les contradicteurs de Benoît XVI, et non les "affreux traditionalistes" annoncés, qui étaient censés tout envahir et rendre le latin obligatoire... une intox bien tentée, mais qui n'a pas du tout fonctionné, au grand dam de ses promoteurs, dont certains prêtres influents.

Bon pour application le 14 septembre 2007, le motu proprio est sans conséquence pour la vie paroissiale. Personne n'est empêché d'aller à la messe habituelle, aucune paroisse n'a été cédée en totalité au mouvement traditionaliste. En revanche il est vrai que dans plusieurs paroisses "l'accueil de l'autre" si prompt envers les musulmans par exemple, fonctionne beaucoup moins bien lorsqu'il s'agit d'accueillir les catholiques pro-latin. La "tolérance" et "l'ouverture au monde" semble avoit trouvé là ses limites. Il est des paroisses où l'on s'est bien plus régalé avec Kalil Gibran qu'avec saint Thomas d'Aquin, et ça laisse des traces.

SITUATION ACTUELLE

Ainsi le motu proprio "Summorum pontificum" indique clairement aux évêques qu'ils peuvent et doivent octroyer aux fidèles qui le demandent la messe tridentine. Fort bien, mais il subsiste deux problèmes :

- tous les prétextes sont souvent bons pour n'en rien faire

- la nouvelle messe en latin, telle qu'elle était prévue par le Concile, demeure inconnue

Ces deux points sont très importants. Ce n'est pas pour rien que les médias et la plupart des catholiques, dépourvus de tout repères, on parlé de "la messe en latin" sans trop savoir de quelle messe on parlait. De la messe d'avant le Concile (en latin) ou de la messe prévue par le Concile (nouvelle forme, mais en latin également) ?

On aurait pu penser que la nouvelle messe, celle qui est largement répandue, pourrait être dite en latin et serait ainsi plus acceptable pour le clergé français que l'ancienne forme de messe. Or curieusement c'est l'inverse qui s'est produit.

Après le Concile, la volonté d'éradiquer le latin a été un grand objectif soigneusement planifié et mise en œuvre. On pensait en avoir fini avec l'ancienne forme liturgique, il ne restait donc plus qu'à basculer la messe en français. Erreur, puisque comme nous l'avons vu l'ancienne messe était maintenue dans l'ombre, mais pas abrogée. Avec le passage au français, bien d'autres manœuvres eurent lieu afin de dénaturer la messe et le sacerdoce : abandon de la chasuble, relégation du Saint Sacrement dans des recoins des églises, refus de la dimension sacrificielle de l'eucharistie, usage de coupes en terre cuite à la place des calices (formellement interdit), musique de type "comptine pour enfants" à la place de la polyphonie et du chant grégorien (parfois même fermeture totale des tribunes d'orgue), enlaidissement calculé de l'icônographie, etc, etc.

Aujourd'hui le résultat est clair : la messe "de Paul VI" en latin est quasiment inexistante. On a tout fait pour cela. C'était pourtant CETTE messe qui était prévue par le concile : en latin, et "dos au peuple" (l'expression est en fait très mauvaise). Mais c'est précisément ce qui inquiète le plus les anti-latin. L'ancienne messe, en étant réservée à une frange de catholiques qui finalement ne perturbe pas tant que cela le "système", n'est pas dangereuse. Ce qui inquiète bien plus, c'est que de jeunes prêtres diocésains célébrant la messe de Paul VI veuille y réinsérer le latin, donc rétablissent cette langue au cœur même des paroisses et du diocèse. Voilà ce qui est tant redouté !!

Pour preuve l'exemple réel d'une messe Paul VI dite en français avec pour seules parties latines des pièces en chant grégorien, qui avec si peu de choses dérangeait déja le clergé local, et qui a été basculée en messe tridentine alors que l'équilibre trouvé était tout à fait honnête et convenait à beaucoup de catholiques de sensibilité tradtionnelle. Qui a voulu ajouter de l'huile sur le feu, et dans quel but ?

Disons-le clairement : que la messe soit selon l'ancienne ou la nouvelle forme, ce qui reste un problème aux yeux du clergé français c'est le latin. C'est très curieux, car au fond l'essentiel de l'argumentation ne devrait certainement pas se situer au niveau du choix de la langue, mais plutôt du contenu des prières, seule et véritable différence entre les deux messes. Il semble donc que les opposants au latin ne s'intéressent même pas au différences d'ordre christologiques, ce qui est très surprenant. En se focalisant contre le latin, ils montrent que ce qui les préoccupe le plus, c'est l'esthétique "à la romaine", capable d'entraîner tout le peuple à aimer Rome, le Vatican, le Pape... ce serait une grande perte de pouvoir d'un certain système gallicano-social au sein de l'Eglise de France.

Ainsi donc, qu'il s'agisse de la messe en latin du Concile ou de la messe en latin d'avant le Concile, la plupart des catholiques ne voient pas la différence faute de n'avoir jamais vu la première des deux. Dans l'inconscient collectif, il y a la messe en latin et la messe en français, point. Ce qui surprend, c'est que le clergé français, pourtant très au courant de la chose, se comporte comme s'il n'en savait pas plus. Il s'oppose à la messe en latin, sans autre forme de procès.

Pour ce faire, mais sans s'opposer clairement au motu proprio de Benoît XVI, on applique toujours les mêmes recettes depuis le motu proprio de Jean-Paul II en 1988. Voici un petit catalogue des astuces qui ont encore cours aujourd'hui afin de refroidir l'ardeur des fidèles pro-latin, et ce qu'il s'agisse de messe traditionaliste ou de messe du Concile, car le traitement est strictement le même (!) :

1 - attribuer une église trop petite, ce qui laissera chaque dimanche des fidèles sur le trottoir
2 - attribuer une seule église située en périphérie de ville
3 - attribuer une église où le stationnement est quasiment impossible (sachant que beaucoup de fidèles viennent de loin)
4 - attribuer un horaire tôt le matin (9h00) ou tard le soir (18h30), mais jamais à une heure pratique (10h00)
5 - autoriser la messe un dimanche sur deux, ou en alternant les lieux (voire les deux inconvénients en même temps) pour empêcher la communauté de se fixer
6 - "coincer" la messe juste avant une autre messe, sachant qu'une messe chantée en latin dure au minimum 1h15, et que les "incompréhensions" entre la communauté qui sort (latin) et celle qui entre (français) peuvent s'en trouver exacerbées
7 - attribuer une messe dans une petite église dotée d'un seul autel, de sorte que le parement dos au peuple doit être installé et démonté à toute vitesse entre les messes, ce qui est source d'agacement pour les deux communautés
8 - donner la messe à dire à un prêtre qui n'aime pas la dire et qui ne s'en cache pas et empêcher ainsi une saine adhésion entre le pasteur et la communauté
9 - donner la messe à dire à plusieurs prêtres à tour de rôle, ce qui empêche la communauté d'avoir un prêtre attitré, et la prive ainsi d'un pasteur

Vous pouvez cumuler plusieurs points (par exemple : 1, 4, 6, 7, 8 et 9 = un exemple réel).

Il faut savoir que la France est, comme d'habitude, très en retard sur le reste du monde. C'est tout de même le seul pays du monde où les vocations sacerdotales n'ont pas remonté depuis le début du pontificat de Jean-Paul II. C'est un signe ! D'autre part l'usage du latin et le port de la soutane n'indisposent que les français : en Afrique, en Asie, aux Etats-Unis, dans les pays de l'Est... aucun problème ! En France il faudra du temps pour que tous les catholiques constatent que le retour aux valeurs exactes de Vatican II (latin et habit ecclésiastique) ne les menacent en rien. Le multiplication des messes traditionnelles, déja bien commencée notamment dans les communautés religieuses, commence déja à apporter à des milliers de catholiques la preuve que le latin ne menace personne, mais que bien au contraire il contribue efficacement au renforcement de la foi, à la cohésion de l'Eglise, à l'édification de la liturgie, et à la conversion des âmes.

Alors... pourquoi pas à la "messe du Concile" ?... ou tout simplement dans une communauté ED ou à la FSSPX ?(ces derniers mots sont de nous)




Pour conclure, on résumera en disant qu'"ils" ont voulu supprimer le latin pour que la messe devienne compréhensible. Seulement, c'est méconnaître les hommes qui ont besoin de palper le sens du sacré pour élever leur âme dans le plus grand respect devant Dieu. Le résultat en France ? Il est bien vu par Serge Lama dans sa chanson :

Je Vous Salue Marie

     

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 pourquoi la messe en latin... par jejomau  (2012-04-22 10:44:42)
      Excellente analyse par Aigle  (2012-04-22 13:02:28)
      Merci pour ce lien ! par Paterculus  (2012-04-22 14:15:19)
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