C'est "beau", le manichéisme et le réductionnisme. par Scrutator Sapientiæ 2012-04-20 09:52:53 |
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Bonjour et merci, Jean-Paul PARFU.
A. De toute évidence, si on a une lecture na-i-ve de ce texte de la CCBF, on ne peut que se dire ceci
1 - les catholiques traditionalistes, les "intégristes" ont le monopole de la désobéissance au Concile et de l'insincérité :
- "la longue tradition de mensonge, de déloyauté et de parole donnée et reprise qui caractérise ce courant religieux"
- "l’idéologie politique aux antipodes de l’Evangile qui caractérisent (sic) le courant lefebvriste"
- "il est certain que cet accord sera un signe donné à ceux qui veulent réduire à un chas d’aiguille l’ouverture au monde qu’a constitué le Concile de Vatican II"
- "la signature du préambule doctrinal par Mgr Fellay, n’assure nullement une adhésion sincère des membres et des sympathisants de la Fraternité Saint-Pie-X aux principes de l’Église catholique tels qu’ils sont concrètement vécus dans les diocèses, les paroisses, les aumôneries et les multiples mouvements d’inspiration catholique"
2 - les catholiques humanitaristes, les "progressistes" ont le privilège de la bonne obéissance au Concile et la légitimité :
- "les catholiques fidèles à Vatican II, n’ont trouvé jusqu’à présent dans les propos des responsables de la Fraternité aucune intention de vivre avec tous les courants de l’Église dans une relation charitable et civilisée"
- "il est à craindre que l’accord, s’il est finalement signé de part et d’autre, ait comme principale conséquence d’importer à l’intérieur même de l’Église la calomnie, l’intimidation et la violence"
- "le concile est l’autorité suprême de l’Église catholique. Les textes issus des délibérations de l’ensemble de l’épiscopat mondial et promulgués par le pape sont réputés être inspirés par l’Esprit Saint. Ils ont une autorité telle que le pape ou un groupe d’évêques ne peuvent en biffer une partie, fût-ce pour obtenir une réconciliation"
B. Il y a,
- en plein, une "bonne" obéissance au Concile, l'obéissance exprimée, formulée, manifestée, représentée, notamment, par la CCBF ;
- en creux, une "mauvaise" obéissance au Concile, l'obéissance de ceux qui sont critiques ou sceptiques sur la confusion entre le christianisme, qui est la religion du paradoxe, et le progressisme, qui est la pastorale de l'oxymore.
En voici la preuve :
" Pour finir, nous déplorons que « les remèdes de la miséricorde » – l’expression appartient à Jean XXIII dans son discours d’ouverture du concile Vatican – dont le pape use envers des personnes qui ont passé les quarante dernières années à outrager Rome, les papes, les évêques et le concile
(un peu comme s'ils n'avaient fait ou ne faisaient que cela...)
ne soient pas ceux qu’il utilise envers les fidèles respectueux qui, au nom de l’Évangile, et afin que celui-ci soit proclamé aux petits, aux pauvres et aux pécheurs, demandent qu’un certain nombre de réformes aient lieu dans l’Église.
(un peu comme s'il n'y avait pas déjà eu bien des réformes, dans presque tous les domaines de la pensée et de l'action de l'Eglise, dans le sillage du Concile...)
Parmi ceux qui sont rejetés, nous pensons particulièrement à la foule innombrable de nos contemporains dont les vies ne sont pas conformes aux règles de conduite édictées par l’Église, divorcés-remariés, époux ou épouses de divorcé-e-s, personnes homosexuelles. "
C. "la foule innombrable de nos contemporains dont les vies ne sont pas conformes aux règles de conduite édictées par l’Église" : de toute évidence,
- c'est l'Eglise qui a tort, comme si ces règles de conduite étaient édictées par elle seule, sans être, avant tout, inspirées par l'Evangile ;
- ce sont nos contemporains (et pas n'importe lesquels) qui ont raison, d'être existentiellement humains sans être confessionnellement chrétiens.
D. Nous sommes en présence d'un véritable détournement de finalité des notions telles que la miséricorde et l'ouverture au monde : au contraire, il nous faut dire et redire un double oui :
- oui à la miséricorde, donc à celle du Christ qui pardonne ET qui prescrit : "va et ne pèche plus"
- oui à l'ouverture au monde,
- donc oui à l'ouverture bienveillante sur les personnes qui habitent le monde,
- donc non à l'ouverture complaisante sur les principes et les pratiques qui relèvent de l'esprit du monde
- donc oui à l'ouverture vraiment bienveillante, sur les personnes qui habitent le monde, pour les exhorter à la conversion
- donc non à une ouverture faussement bienveillante, sur les personnes qui habitent le monde, pour les exhorter à la convergence.
E. Il devient vraiment urgent de dire que l'état d'esprit selon lequel,
- moins on est confessionnellement et formellement catholique, en communion avec le Saint Père,
- et plus on est existentiellement et vitalement chrétien, en communion avec les exclus de l'Eglise,
s'expose au risque de déboucher sur une manipulation
- de l'Evangile et du Magistère (dont le Concile constitue un élément, mais n'est pas l'unique élément), d'une part,
- de celles et de ceux qui sont sensibles à cet état d'esprit authentiquement évangélique, d'autre part.
Et après, il y en a disent qui disent que j'exagère, quand je considère que nous sommes en présence d'une véritable idéologie, qui entend bien imposer sa "Kirchanschauung" en noir et blanc...
Bon début de journée.
Scrutator.
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