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Quelques extraits de "Dieu sans l’être".
par Scrutator Sapientiæ 2011-12-04 11:35:11
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Rebonjour,

Voici quelques extraits de "Dieu sans l'être", en trois parties :

Extraits.

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" Conséquences, pour le théologien, imposées par le dispositif ternaire

– 1/ Première conséquence : si l’eucharistie, du point de vue du Verbe offre le seul site correct où le Verbe se dit en personne dans la bénédiction, si enfin seul le célébrant reçoit autorité pour transir les verba jusqu’au Verbe, parce que lui seul se trouve investi de la persona Christi, alors il faut en conclure que seul l’évêque mérite, au sens plein, le titre de théologien. Cette proposition peut paraître paradoxale, mais au risque de simplifier, il faut y insister : l’enseignement de la Parole caractérise les apôtres (donc aussi ceux qui se succèdent en leur site) au même titre que la présidence de l’eucharistie, l’herméneutique n’atteint pas le site théologique : le Verbe en personne. Sans doute la fonction de l’herméneutique théologique peut-elle se déléguer, mais au même sens où l’évêque délègue au simple prêtre la fonction de présider à l’eucharistie. Et de même qu’un prêtre qui rompt la communion avec l’évêque ne peut plus introduire dans la communion ecclésiale, de même un enseignant qui parle, sans, voire contre, le Symbole des apôtres, sans, voire contre son évêque, ne peut-il absolument plus porter son discours sur un site authentiquement théologique. Dans cette optique, on ne peut éviter de considérer comme au moins très problématique tout essai de constituer la théologie comme science ; outre que le statut de science en fait une théologie, outre que la rigueur démonstrative n’a sans doute guère plus de pertinence ici qu’en philosophie, cette mutation épistémologique provoque, ou exige, le relâchement du lien de délégation entre l’évêque, théologien par excellence, et son adjoint enseignant, lequel, toujours et naturellement porté à postuler son indépendance, trouve dès lors une possible justification pour cette illusion ; car, se détacher de l’évêque n’offre pas un « objet » enfin neutre à la science théologique », mais supprime le site eucharistique de l’herméneutique…Le redressement du discours théologique ne pourra résulter que d’une restauration du lien de délégation de l’évêque à l’enseignant qui – savant herméneute – ne constitue qu’un cas particulier de charismes qui ne valent rien, sauf rapportés à la charité et à l’édification de la communauté (1 Corinthiens 14, passim). L’enseignement théologien ne se justifie que s’il sert à la charité. Sinon, il fait mourir. Mais, plus l’enseignant s’inscrit dans le rite eucharistique qu’ouvre l’évêque, plus il peut devenir théologien.

– 2/ Inversement, et c’est la seconde conséquence : si le théologien ne peut ni ne doit vouloir accéder à un statut « scientifique », il ne peut, lui-même, que devenir un saint. La sainteté redouble existentiellement l’exigence institutionnelle d’un lien à l’évêque : il s’agit, dans les deux cas, du même accès au site eucharistique de l’herméneutique théologique. Qu’on ne s’y trompe pas : l’exigence de sainteté ne relève pas plus de l’édification pieuse que l’exigence d’une délégation épiscopale n’impose une limite à la liberté de penser…Comme l’enseignant devient théologien en étant dans le texte le référent, il doit avoir du référent une compréhension anticipée faute de quoi il ne pourra en répéter les effets de sens dans le texte. Les exégètes ou les théologiens ne manquent pas, qui commettent des contresens massifs sur les textes (bibliques ou patristiques), non par défaut de savoir, mais par ignorance de ce dont il s’agit, de la chose même. Celui qui n’a jamais connu la passion pour analyser exactement une scène de Racine ou de Stendhal, il ne peut la comprendre du point de vue de son auteur – a fortiori le Cantique des Cantiques, ou bien Osée (dont bien des commentateurs paraissent manquer même de sens historique…Celui qui prétend transir le texte jusqu’au Verbe doit savoir de quoi il parle : savoir par expérience la charité, bref, « avoir appris de ce qu’il a pâti » (Hébreux 5,8) comme le Christ ; ainsi, selon Denys le Mystique, le divin Hiérophée : « soit qu’il les ait reçues d’après des saint théologiens, soit qu’il les ait considérées au terme d’une enquête scientifique des logia [textes des Ecritures] au prix d’un long entraînement et exercice, soit enfin qu’il ait été initié par une inspiration plus divine, il n’a appris des choses de Dieu que ce qu’il en pâti, et par cette compassion mystique envers elles, il fut conduit à la perfection de l’union et de la loi mystiques, qui, si l’on peut dire, ne s’enseignent pas »…Le référent ne d’enseigne pas, puisqu’il se rencontre par l’union mystique. Et pourtant, il faut parler de lui. Avec cette expérience mystique il n’y va pas d’abord de la moralité ou des vertus privées des théologiens, mais surtout de sa compétence acquise en matière de charité, bref de connaître le Verbe, non verbalement, mais en chair et eucharistie. Seul le saint, en théologie, sait de quoi il parle, seul celui qu’un évêque délègue sait d’où il parle. Pour le reste, il ne s’agit que de vision, d’intelligence, de travail et de talent, comme ailleurs, banalement.

Conséquences, pour la théologie, imposées par le dispositif ternaire

(218) Pour la théologie, comme il a été dit, deux conséquences à nouveau s’imposent :

– 1/ La théologie eucharistique, la seule possible, s’exerce à parcourir l’écart du texte (signes) au référent, des verba au Verbe. Dans cet écart, le Verbe indicible sature d’absolu chacun des signes de son texte : l’absolu du référent rejaillit pour ainsi dire sur le plus trivial des signes – dont chacun prend un sens spirituel. Le texte, où se fixe en signes verbaux l’effet de sens du Verbe, en consigne l’incommensurabilité : les Ecritures aussi dépassent les limites du monde (Jean 19,30 = 21,35). Le texte échappe à la propriété de ses producteurs littéraires pour se laisser pour ainsi dire aspirer par le Verbe : ou plutôt, il en prend l’empreinte « objective » au même titre que les disciples reçoivent, du Verbe une figure objective : l’apostolicité. Car le texte lui aussi devient apostolique, envoyé par lui-même, pour aller là où il ne voulait aller…La théologie peut ainsi progresser à condition que le Verbe et son texte apparaissent bien comme donnés une fois pour toutes : le déploiement historiquement indéfini des herméneutiques eucharistiques suppose, indépassable et unique, la révélation transtextuelle du Verbe. En effet, en quoi consiste la production d’une nouvelle théologie ? En une nouvelle manière de reconduire au Verbe certains verba des Ecritures, interprétation rendue possible, plus encore que par le talent d’un esprit, par le travail de l’Esprit qui dispose une communauté eucharistique dans une position où elle reproduit telle ou telle disposition du Verbe-référent, et s’identifie au Verbe, interprété sous ce rapport.

Coïncidant avec une nouvelle persona, la communauté (donc aussi le théologien qui y double l’évêque) réalise une nouvelle dimension de l’évènement originel, donc accomplit une nouvelle herméneutique de certains verba, bref signe une « nouvelle » théologie. Cette fécondité sans fin dépend de la puissance de l’Esprit qui suscite les attitudes eucharistiques (donc : pas de progrès de la théologie sans approfondissement du geste eucharistique, ce que confirment les faits). Une théologie se célèbre avant que de s’écrire – parce que « avant toutes choses et particulièrement avant la théologie, comme le dit Denys le Mystique, il faut commencer par la prière ». Pour donner une herméneutique « infinie » du teste (infini) en vue du Verbe (infini) , se mobilisent une infinité de situations vis-à-vis du point de vue du Verbe, donc une infinité d’eucharisties, célébrées par une infinité de communautés différentes, dont chacune reconduit au Verbe une parcelle des verba, à la mesure exacte de ce qu’eucharistiquement elles répètent et accueillent chacune du Verbe en personne…Le bavardage théologique souvent, comme le bricolage liturgique, atteste moins la créativité que l(impuissance à performer la répétition originelle – la réintégration au centre , la récapitulation de l’unique chef – le Christ » (Ephésiens, 1,10). Cependant, le temps se dispense avec patience, pour que notre eucharistie interprète sans trêve ni retard les verba en vue, et à partir du Verbe – jusqu’à ce qu’il revienne.

– 2/ Seconde et ultime conséquence. La fonction théologique ne fait pas exception, dans l’Eglise, à la donne initiale de sa fondation : « M’a été donnée toute exousia [l’universalité] au ciel et sur la terre. Allez enseignant toutes les nations (…), enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai enjoint ; et voici que moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du tems (Matthieu 28,18-20). Tout se trouve donné à l’Eglise (espace : les nations ; temps : les jours) pour qu’elle le rende (faire garder les commandements) au Verbe, parce qu’il a déjà tout reçu (exousia) du Père ; en théologie il ne s’agit, pas plus qu’ailleurs, de travailler à un achèvement encire à venir : l’achèvement pour l’Eglise, s’accomplit définitivement à Pâque, donc à l’origine (Jean 19,28 = 13,1).

Parler de progrès, de recherche, de découverte en théologie, ou bien ne veut rien dire de précis, ou bien trahit une méconnaissance radicale du statut eucharistique de la théologie, ou bien enfin doit s’entendre en un sens détourné : non que la théologie progresse en produisant un nouveau teste, comme tout autre discours, mais au sens où la théologie progresse eucharistiquement dans une communauté, qui accomplit sa propre reconduction, à travers le texte, au Verbe. Bref, la théologie ne peut viser d’autre progrès que sa propre conversion au Verbe, le théologien devenant évêque ou bien l’un des pauvres fidèles, dans la commune eucharistie. Une fois tout donné, il reste à le dire, dans l’attente que le Dit lui-même revienne le dire. Ainsi entendu, le progrès théologique indiquerait moins un tâtonnement indéterminé, ambigu et stérile, que le déploiement absolument infini des possibilités déjà réalisées dans le Verbe, mais non encore en nous et nos paroles, bref l’infinie liberté du Verbe en nos verba, et réciproquement. Nous sommes infiniment libres en théologie : nous trouvons tout déjà donné, acquis, disponible. Il ne reste qu’à comprendre, dire et célébrer. Tant de liberté nous effraie, à juste titre. "

A bientôt,

Scrutator.

     

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 Deux critiques accessibles de "Dieu sans l'être", avant celle de M. C [...] par Scrutator Sapientiæ  (2011-12-03 10:23:25)
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