Après comme avant, les "distorsions cognitives" interreligieuses risquent de perdurer dans l'Eglise. par Scrutator Sapientiæ 2011-10-28 14:31:17 |
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Bonjour New Catholic,
Les "distorsions cognitives" forment la base de bien des positions erronées en matière interreligieuse. Ces aprioris infondés, qui déforment plus qu’ils n’informent l'esprit, sont fréquemment la véritable origine du fraternitarisme universaliste. Ils sont les symptômes les plus fréquemment négligés de l’angélisme, de l’utopisme et de l’irénisme systématique. Pourtant, ils en sont les plus importants, bien plus que des symptômes d’ordre doctrinal ou pastoral, car ils contiennent la clé de compréhension de ce dont il est question ici.
1) la pensée positive sur le registre du « tout ou rien » : le raisonnement dichotomique.
Il s’agit de la tendance à catégoriser dans les extrêmes : tout est blanc (tous les croyants non chrétiens) ou tout est noir (les seuls catholiques « intégristes »), tout est bon ou tout est mauvais, sans la moindre nuance.
Cette erreur de perception est appelée « raisonnement dichotomique » ; c’est un mode de pensée extrémiste : ce n’est pas parce qu’il est situé aux antipodes de « l’intégrisme », dans l’acception classique ou courante de ce terme, qu’il n’est pas lui-même extrémiste, loin de là.
Il se situe à la base du fraternitarisme universaliste et il conduit à l’éradication systématique de toute exigence de vigilance qui serait susceptible de faire apparaître, de mettre en évidence, les limites de la bienveillance indéfinie qui serait « due », en tous lieux, à tout prix, en tous temps, aux croyances non chrétiennes et aux croyants non chrétiens.
2) la généralisation à outrance : l’hypergénéralisation.
Il s’agit de la tendance à conclure arbitrairement que lorsqu'une chose arrive une fois, par exemple une impression
- de présence convaincante d’une grande cohérence intellectuelle, au contact d’un élément de croyance non chrétienne,
ou
- de présence convaincante d’une grande sincérité existentielle, au contact d’une personne croyante non chrétienne,
cette impression arrivera dorénavant à chaque fois que le même type d’expérience intellectuelle ou relationnelle se reproduira.
Cette illusion élémentaire, mais impressionnante, engendre ce que l’on peut appeler le concernement sans discernement, l’empathie sans examen, la fraternité sans lucidité : a contrario, elle engendre également la tentation de diaboliser tout tentative d’analyse objective ou d’exercice du discernement en matière interreligieuse, l’analyse et le discernement étant perçus comme l’antichambre d’une appréciation a priori illégitime, car potentiellement négative ou pessimiste, sur une partie des croyances et des doctrines non chrétiennes, « donc » potentiellement condamnatrice ou dénonciatrice d'une partie des communautés et des personnes croyantes non chrétiennes.
3) le filtre mental : l’abstraction sélective qui permet de « positiver » en permanence.
Il s’agit de la tendance à se polariser positivement sur un petit détail, par exemple dans le cadre d’une lecture ou d’une rencontre, dans une situation intellectuelle et / ou relationnelle, polarisation disproportionnée qui fait percevoir positivement, à partir de ce petit détail, la totalité de cette situation. C'est un processus de filtrage de la réflexion qui risque de rendre erronée toute la vision de la réalité en matière interreligieuse.
4) la disqualification du contrariant, du déplaisant, du dérangeant, de tout ce qui est susceptible de rendre moins « optimiste » ou de tendre vers le moins « positif ».
Il s’agit de la tendance persistante à transformer des expériences interreligieuses non satisfaisantes, voire désappointantes, en expériences positives.
Elle représente l'une des distorsions cognitives les plus destructrices et forme la base de l'un des types les plus extrêmes et les plus persistants d’aveuglement angéliste et utopiste.
Voici un exemple de disqualification par anticipation :
« Les islamistes terroristes sont islamistes terroristes
- « bien qu’ils soient » musulmans, et donc bien qu’ils soient réellement adeptes d’une religion d’amour, de tolérance et de paix,
et non
- « parce qu’ils sont » musulmans, et donc pas parce qu’ils seraient prétendument adeptes d’une religion de haine, d’intolérance et de guerre ;
- si je ne pense pas qu’ils sont islamistes et terroristes avant tout pour des raisons accidentelles et conjoncturelles, extérieures et hétérogènes, par rapport à leur religion,
- si je pense qu’ils sont islamistes et terroristes avant tout pour des raisons fondamentales et principielles, intrinsèques et homogènes, par rapport à leur religion,
c’est parce que mon regard sur eux n’est pas encore, suffisamment ou totalement, animé, éclairé, inspiré par l’accueil et par l’amour inconditionnels. »
5) les conclusions hâtives ou la lecture mentale
a) l'interprétation indue ou la lecture des pensées d'autrui : l’inférence arbitraire.
Il s’agit de la tendance à décider arbitrairement que quelqu'un a une attitude bienveillante, bienfaisante, positive envers soi, de par son adhésion à une religion non chrétienne, sans prendre la peine de procéder à une appréciation, la plus objective possible, de la relation existant entre ses "catégories" et son "comportement".
Cette inférence arbitraire permet de répondre à des attitudes bienveillantes et bienfaisantes, avérées et constatées, ou prétendues et supposées, par la surexposition dans la compréhension, par la surimplication dans la coopération, sans analyse ni discernement. Elle permet aussi de neutraliser par avance bien des appréciations mitigées et bien des appréhensions nuancées, bien des remarques et bien des réserves, en matière de doxa et de praxis interreligieuses.
b) l'erreur de prédiction / prévision ou la divination interreligieuse
Il s’agit de la tendance à prédire ou à prévoir ce qui est considéré comme le meilleur (le fraternitarisme universaliste) et à se convaincre que cette prédiction ou prévision sera bientôt confirmée par les faits.
La prédiction / prévision est considérée comme une intuition prophétique et comme une réalité historico-pneumatique et historico-salvifique, à tout le moins en devenir, même si elle a peu de chances de se réaliser, ou même si elle est contredite par une partie de la réalité historique, à l’endroit ou au moment où l’on parle.
6) le phénomène de la lorgnette, ou quand l’esprit chausse des lunettes, non pour voir mieux, mais pour voir moins
a) la maximisation du caractère « dramatique » du point de vue « intégriste » :
Il s’agit de la tendance à considérer comme « dramatique » le fait de continuer à croire et à dire que, d’un point de vue surnaturel et théologal, le christianisme demeure la seule vraie religion.
Ce point de vue sera jugé « dramatique », dans la mesure où il sera perçu comme étant archaique, nostalgique, rétrograde, sclérosé, à la limite de l’arriération des structures mentales ou de l’inadaptation pathologique à la « modernité » ou à la « réalité ».
b) la minimisation du caractère « réaliste » du point de vue « intégriste »
Il s’agit de la tendance à considérer comme partiale, partielle, marginale, partisane, ridicule ou tendancieuse, toute évocation, par des catholiques aussitôt qualifiés « d’intégristes », d’une réalité difficilement contestable, inhérente à telle ou telle religion non chrétienne, mais qui sera jugée non crédible, car déplaisante, dérangeante, dissonante ou divergente, donc non légitime, car potentiellement dissensuelle ou polémique, et parce qu’elle ne cadrera pas avec le « schéma global » qui est commun à la très grande majorité des catholiques horizontalistes et humanitaristes.
7) le raisonnement émotionnel : l’entendement subordonné au sentiment, ou l’appréciation « affectivée » et non « critérisée »
Il s’agit de la tendance à présumer que les émotions ou expressions, intentions ou intuitions, sentiments ou tendances les plus « fraternitaristes universalites » ont la valeur de preuves palpables, solides et tangibles, qui reflètent nécessairement la réalité des choses, quand ils sont exprimés, formulés, partagés, propagés, au même endroit et au même moment, par des croyants de diverses religions ou traditions, qui sont alors « en communion ».
Cette manière de raisonner induit souvent en erreur, car les sentiments exprimés sont alors fréquemment confondus avec des arguments étayés puis étoffés, comme si la praxis ressentie par le coeur pouvait faire office ou tenir lieu de doxa réfléchie par l'esprit.
8) l’injonction prescriptrice du fraternitarisme humanitariste, en tant qu’impératif catégorique synonyme de point non négociable.
Il s’agit de la tendance à croire, à faire croire ou à laisser croire qu’il est désormais et qu’il sera de plus en plus absolument impératif, quasiment obligatoire, pour un catholique, non seulement d’accepter passivement, mais aussi d’approuver activement, et même de participer concrètement et directement, à la construction du fraternitarisme universaliste, au moyen de la compréhension et de la coopération interreligieuse, du dialogue et des rencontres, en matière interreligieuse.
9) l'étiquetage fraternitariste universaliste
Il s’agit de la tendance à accoler, a priori, par principe, une étiquette survalorisante, à la suite d'une erreur manifeste d’appréciation de la réalité, qui prend appui sur la perception réelle d’une sincérité personnelle, vécue, et la confond avec la perception virtuelle d’une véracité doctrinale, pensée.
« Il est « modéré », dans la pratique, dans sa vie de croyant non chrétien, « DONC » sa religion non chrétienne, dans son principe même, est « une religion de tolérance… »
« Il est « sincère » dans sa vie de croyant non chrétien, « DONC » il " a raison " dans sa pensée et sa croyance non chrétienne… »
« Il est « modéré » et « sincère » dans sa pensée et dans sa vie de croyant non chrétien, et il n’y a aucune raison de penser que c’est en contradiction et par exception, par rapport à sa religion, « DONC » tous ceux qui sont adeptes de la même religion ont « raison » et sont « tolérants », en conformité et par principe, par rapport à cette religion.
10) l’exonération de responsabilité des croyants non chrétiens et l’occultation des préjudices, subis par des chrétiens ou par des non chrétiens, à cause d’actes commis par des croyants non chrétiens.
Cette dixième et dernière distorsion cognotive est probablement le fruit des amours, plus ou moins improbables et inconscientes, entre la bonne conscience et la mauvaise foi : c'est ainsi que l'on s'exposera au risque de se montrer davantage en situation pastorale de solidarité fraternelle et généreuse
- avec les co-religionnaires non chrétiens, présents en Occident, des persécuteurs non chrétiens actifs en Afrique, en Orient, ou en Asie,
- qu'avec ses propres co-religionnaires, chrétiens persécutés (ou avec d'autres croyants non chrétiens), victimes de discriminations, d'intimidations, d'éliminations, sur ces mêmes continents.
Nous aurions ainsi l'équivalent du "devoir" de ne surtout pas demander avec insistance aux croyants non chrétiens que nous rencontrons, avec lesquels nous dialoguons, et qui sont apparemment respectueux des Droits de l'Homme, ici, de demander, fermement et fortement, à leurs frères, dans telle ou telle religion non chrétienne, d'arrêter de mépriser et de transgresser les véritables droits, fondamentaux et universels, dees personnes humaines qui ne sont pas de leur religion, là-bas...
Bonne réception, bonne lecture, bonne journée ; certes, il y a, aussi, au moins en puissance, des distorsions cognitives, chez les catholiques dits "intégristes", mais elles ne sont pas toujours diamétralement ni symétriquement opposées, à due proportion, à celles que je viens d'essayer d'inventorier et d'analyser.
La sur-affirmation de la radicalité et de la spécificité inhérentes au christianisme catholique ne sera en effet jamais "l'exact envers" de la désaffirmation, conciliaire ou post-conciliaire, de cette radicalité et de cette spécificité, en l'occurrence, en matière interreligieuse.
Ces distorsions cognitives sont inaffichables et inassumables, en tant que telles, par ceux qui sont les propagandistes et les propagateurs du dialoguisme ; c'est ce qui explique que, quand elles sont portées, en eux et autour d'eux, par des hommes d'Eglise, elles donnent fréquemment lieu à des contorsions pastorales, pour ne pas dire à du contorsionnisme d'équilibriste qui marcherait sur son fil sans pouvoir compter, en cas de chute, sur la présence d'un filet de protection.
Entendons-nous bien : je ne dis pas que nous avons encore eu droit, hier jeudi, à Assise, à l'une ou l'autre de ces distorsions cognitives, mais je dis qu'après comme avant ce qui s'est passé hier, elles risqueront de perdurer, au sein même, sinon au sommet, de l'Eglise catholique.
Scrutator.
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