Ce n'est pas parce qu'un cercle est vicieux que ce cercle n'existe pas ! par Scrutator Sapientiæ 2011-10-10 23:43:45 |
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Bonsoir jejomau,
I. Il se fait tard, aussi je vous renvoie rapidement, non seulement aux textes mêmes du Concile dont j'ai le plus parlé, bien sûr, mais aussi aux deux ouvrages suivants :
- Jean XXIII / Paul VI : "Discours au Concile", aux éditions du Centurion (1966)
- Paul VI : "Demeurez fermes dans la foi", aux éditions du Centurion (1967), surtout les pages 347 à 389 : "l'Eglise au lendemain du Concile".
II. Prenez une voiture très large et faites la rentrer de force à l'intérieur d'un garage très étroit, en sacrifiant, au passage, vos deux rétroviseurs extérieurs.
Arrivé à l'intérieur du garage, si vous vous rendez compte que vous ne pouvez ouvrir aucune des portières, et si vous réussissez à accéder au hayon et à le soulever, vous pourrez sortir de la voiture, au moyen d'un mouvement qui sera à la fois vers l'arrière, par rapport au reste de la voiture, et vers le haut, par rapport au fond du coffre.
C'est exactement cela qu'il faut faire, avec l'esprit du Concile, ou, si l'on préfère, avec la part d'angélisme, d'irénisme, d'utopisme, de consensualisme inclusiviste, à la limite de l'horizontalisme humanitariste, qui est présente dans les textes mêmes du Concile qui disent le plus ce que j'appelle le spécifique du Concile : il faut sortir de la voiture qui est coincée dans le garage, mais à la fois par l'arrière et par le haut.
III. Tenez, si vous voulez savoir ce qu'est l'esprit du Concile, je vous le dis en une formule : l'esprit du Concile, c'est la pastorale de l'oxymore.
Vous m'avez bien lu : LA PASTORALE DE L'OXYMORE.
C'est cette pastorale, en particulier, qui a consisté
1 - à vouloir à tout prix faire en sorte que les catholiques de la deuxième moitié du XX ° siècle soient
- plus "authentiquement" et moins "mécaniquement" chrétiens
- plus "en phase" avec leur époque et moins "déphasés" de leur époque
que les catholiques des générations antérieures ;
2 - à voir les chrétiens non catholiques, les croyants non chrétiens, les humains non croyants, avec un excès de bienveillance et un défaut de vigilance à peu près sans précédent dans l'histoire de l'Eglise.
IV. J'en ai déjà fait l'expérience, quand j'étais un peu plus jeune : laissez un catholique conciliaire déployer devant vous toute son admiration, que dis-je, sa ferveur, en faveur des acquis du Concile, de l'esprit du Concile, laissez-le vous dire, par exemple, son espoir qu'une fois le pontificat actuel terminé, on recommencera
- à résister à la tentation conservatrice, voire restauratrice, communautaire et identitaire, en matière morale,
- à s'ouvrir chaleureusement, courageusement, démesurément, et surtout généreusement, sur l'homme et le monde modernes, conformément aux intentions exprimées par Jean XXIII et surtout par Paul VI, ce qui est vrai en assez grande partie.
Laissez-le parler, faites semblant d'acquiescer, puis tout à coup, allez un peu plus loin que lui : dites-lui, par exemple, qu'il a bien raison, et que c'est grâce à ces acquis, grâce à cet esprit, que les enfants et leurs parents connaissent bien leur catéchisme, et que les séminaires, les presbytères, ainsi que les églises, le dimanche, sont pour ainsi dire "pleins à ras bords".
V. J'ai déjà été confronté aux réactions suivantes :
- la rhétorique ou la sophistique qui dissimule mal et manifeste bien l'évitement,
- la résignation, la tristesse, l'abattement ou le fatalisme,
- le ressentiment, qui peut très bien déboucher sur une élévation du volume sonore,
- la surenchère néo-moderniste voire néo-progressiste, comme nous en avons encore aujourd'hui un exemple concret et précis, en provenance de l'Autriche.
VI. Eh bien, voyez-vous, c'est un peu ce genre de souvenirs que m'inspire la formulation selon laquelle l'esprit du Concile aurait existé et fonctionné, non comme une appellation d'origine contrôlée, mais comme un mythe fondateur, imaginaire et originaire, qui se serait rendu coupable d'une usurpation d'identité doctrinale, liturgique, pastorale.
VII. Je crois qu'il n'y a rien de plus séduisant, de plus tentateur, de plus "révisionniste - réconciliateur" que l'idée selon laquelle l'esprit du Concile n'existe pas, ou n'a rien à voir avec la lettre du Concile.
VIII. Sed contra :
- reportez-vous à la liste et au résumé des schémas qui ont été préparés en amont, puis habilement refusés, et non loyalement réformés, au moment du Concile ;
- lisez, le crayon à la main, telle ou telle constitution ou déclaration conciliaire ;
- voyez ce que l'on a pris bien soin de dire, mais aussi à ce que l'on a pris bien soin de taire, dans tel ou tel document novateur du Concile ;
- en d'autres termes, prenez-vous même la mesure de "l'accident vasculaire conceptuel" qui a abouti à une telle "imprécision volontaire générale", sur des points sur lesquels la moindre ambiguité, la moindre imprécision peuvent êtres fatales ;
- et vous verrez si l'esprit du Concile n'existe pas, au sein même de ces textes du Concile (pour aller vite, notamment dans DV, UR, NA, DHP)
Vraiment merci, cher jejomau, car vous me donnez souvent l'occasion de m'exprimer sur les sujets qui me tiennent le plus à l'esprit et au coeur.
Je vous souhaite une bonne soirée et un bon début de semaine.
Scrutator.
PS : je suis tenté d'ajouter un dernier mot : il y a bien (eu) un esprit du Concile,
- le dispositif conciliaire reflète la conception de cet esprit,
et
- la dynamique conciliaire témoigne du déploiement de cet esprit.
Mais il faudrait aussi évoquer deux autres coordonnées, plus conjoncturelles, mais pas moins constitutives, de cet esprit, deux coordonnées qui ont pesé de tout le poids.
C'est ce que j'appellerai le moment et le climat : il y a eu un climat "Vatican II", il y a eu un moment "Vatican II", et on peut d'autant mieux comprendre la réalité de l'esprit et de la lettre du Concile, en se rapportant à ce qu'ont été ce moment et ce climat : un climat et un moment d'altérophilie et d'anthropophilie, comme je l'ai déjà écrit, à la limite de l'altérolâtrie et de l'anthropolâtrie.
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