Si je puis me permettre : "Requiem for a dream" ? par Scrutator Sapientiæ 2011-09-25 23:34:20 |
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Bonsoir jejomau,
Ce qui suit n’est pas un commentaire suivi, mais plutôt un ensemble de réflexions, qui me sont venues à l’esprit, après la lecture de cette homélie.
I. Au Concile et après le Concile, on a cru, à l'intérieur et au sommet de l'Eglise, que le renouveau des images, du langage, des méthodes, des pratiques, liturgiques et pastorales, en un mot : que le renouveau des structures ecclésiales, allait aisément contribuer à la conversion des personnes, allait faciliter ou favoriser la conversion des personnes.
C'était oublier un peu vite une distinction essentielle : le renouveau de l'Eglise est une chose ; la fidélité des catholiques en est une autre.
Le renouveau de l'Eglise se voulait à la fois libérateur et médiatisé, afin que « l’aménagement intérieur », mais aussi et surtout « l'environnement extérieur » à l'Eglise, constatent, pour ainsi dire, par eux-mêmes, la massivité et la rapidité du renouveau, sensationnel et spectaculaire, qui était alors en train de s’accomplir.
La fidélité des catholiques, elle, est, par nature, humble, simple, concrète et discrète, ordinaire, quotidienne, patiente et prudente, et ne sera pas spontanément perçue comme étant synonyme de changement sensationnel, de mouvement spectaculaire, « d’animation » ou de « libération », par des non catholiques, et en particulier par des non catholiques dont le jugement sera imprégné, voire imbibé, par des critères d’appréciation télévisuels discriminants (si tu es croyant non catholique, tu as d’autant plus raison d’être croyant que tu n’est pas catholique ; si tu es croyant et catholique, tu as d’autant plus tort d’être croyant que tu es catholique…)
II. A mes yeux, ce que veut rappeler Benoît XVI, dans son homélie, c’est que le renouveau des structures ecclésiales est un moyen, mais n’est qu’un moyen, qui a vocation à être au service de la conversion des personnes catholiques, et de celles qui veulent bien le devenir ou le redevenir.
Si le moyen est pris pour une fin en soi, ou s’il apparaît, à l’usage, que le moyen n’est pas bien approprié, alors que l’on s’obstine, que l’on persiste, à l’utiliser, il ne faut pas s’étonner s’il devient contre-productif, au point de fragiliser la fidélité des catholiques, au lieu de la consolider.
III. Sans doute le Pape a-t-il raison de dire que Dieu désire notre salut ; mais peut-être aurait-il pu dire, également ou davantage, que Dieu désire aussi nos efforts, à commencer par l’effort que nous avons à faire pour nous rendre disponibles et responsables, à l’école et à l’écoute de Sa Parole.
En effet, même si nous savons que nos efforts sont insuffisants, et que nous avons besoin de la grâce de Dieu, pour qu’elle descende au plus profond de nos efforts, avant de les tirer vers le haut, nous savons aussi que nos efforts sont nécessaires.
Je dirai même que nous ne le savons que trop, dans la mesure où ces efforts nous coûtent, et dans la mesure où notre vie chrétienne commence à s’étioler, quand nous nous en dispensons, et quand notre fidélité devient escamotable, facultative, intermittente.
IV. Par ailleurs, si Dieu désire notre salut, encore faut-il que nous sachions reconnaître, dans nos vies, pour nous en préserver, avec l’aide de Dieu, la présence et la gravité de ce qui est de nature à faire obstacle à l’accomplissement de ce désir de Dieu, cet obstacle résidant dans le péché.
A contrario, Dieu nous ayant voulu libres, Il nous laisse le choix entre le mouvement ordonné de la grâce et l’agitation désordonnée du péché, mais fait-on le mauvais choix en relative connaissance de ses conséquences, dans une Eglise dans laquelle il n’est plus question de parler d’enfer, de damnation, de perdition ?
V. Une autre remarque s’impose ; il est beaucoup question, chez Benoît XVI, comme chez Jean-Paul II, de miséricorde divine, mais peut-être, je dis bien peut-être, n’en serions-nous pas là où nous en sommes, si ces deux pontifes avaient davantage mis en avant, ou mettaient davantage en valeur, l’articulation, qui existe néanmoins,
- entre la miséricorde divine, au bénéfice des personnes humaines,
- et l’intransigeance divine, à destination des principes et des pratiques qui s’opposent à la vie chrétienne,
- non seulement dans l’ordre des moeurs,
- mais aussi dans celui de la foi,
- non seulement chez les chrétiens,
- mais aussi chez les non chrétiens.
Ceux-ci n’ont pas, en effet, à être confortés dans leur attitude, par un discours qui leur laisserait entendre qu’à la différence des chrétiens, ils seraient bénéficiaires d’une disposition spirituelle spécifique, qui les exonèrerait, sans conséquences potentiellement préjudiciables au salut de leur âme, de leur obligation, non juridique, mais pneumatique,
- de chercher le seul vrai Dieu pour le trouver,
- de le trouver là où il est profitable et authentique de vraiment le trouver, et non là où il est plus ou moins agréable, mais aussi, illusoire, de croire et de désirer pouvoir le trouver,
- et de le trouver pour adhérer à Lui, non par moments ni en surface, mais en permanence et en profondeur.
VI. Enfin, comment ne pas penser, quand on lit toute une partie de cette homélie de Benoît XVI, à ce que l’on a fréquemment appelé les intuitions prophétiques du Concile ?
Qui ne voit aujourd’hui, les uns pour se réjouir, les autres pour s’attrister, du fait que l’on commence, mais sûrement trop peu et peut-être trop tard, à en relativiser la génialité, qui ne voit, donc, que ces intuitions prophétiques ont été, peut-être, conçues, ou ont été, sûrement, comprises (mais parmi ceux qui les ont comprises ainsi, n’y avait-il pas ceux qui les avaient conçues ?), comme autant d’intuitions mimétiques, grâce auxquelles on allait enfin pouvoir s’adapter au monde, et grâce auxquelles on allait enfin pouvoir cesser d’exhorter, d’inciter le monde à se conformer au Christ ?
Il est vrai qu’il est éprouvant, épuisant, exigeant, dangereux, douloureux, périlleux, d’exhorter inlassablement les non catholiques à se conformer au Christ, qui plus est, à se conformer au Christ au sein de Son Eglise…Mais n’est-ce pas vrai depuis bientôt 2 000 ans ?
VII. C’est un peu tout cela que m’inspire la lecture de cette homélie : le "recentrage bénédictin" est nécessaire, mais n’est pas, de toute évidence, suffisant, et l’on a l’impression que Benoît XVI s’en plaint presque lui-même.
Or, comme je l’ai déjà écrit, le risque est que ce recentrage, parce qu’il est évidemment plus bénéfique que ce qui aurait été une réédition du "décentrement" conciliaire, fasse oublier que, dans une certaine mesure, il fait obstacle à la prise de conscience du fait qu’il y n’y aura pas de restauration effective sans rétablissement d’un positionnement caractérisé par davantage de radicalité et de spécificité, y compris sur les questions qui relèvent de la foi catholique, y compris au bénéfice et à destination des non chrétiens.
VIII. Et je le regrette, mais enfin c’est ainsi : il est objectivement difficile au Pape qui se rendra à Assise dans à peu près un mois de dire quelque chose de plus musclé et de plus nerveux aux catholiques de son pays que ce qu’il vient de leur dire.
C’est une question de cohérence : au nom de quelle cohérence se remettre à parler, éventuellement,
- de primauté de la fidélité des personnes sur le renouveau des structures,
- d’articulation entre le désir de Dieu et les efforts des hommes,
- d'articulation entre la miséricorde divine envers toutes les personnes et l’intransigeance divine envers les principes et les pratiques non chrétien(ne)s,
- d’enfer, de damnation et de perdition,
- du devoir qu’ont les non chrétiens de chercher le seul vrai Dieu,
- de la nécessaire et salutaire différenciation entre intuitions prophétiques, donc contrariantes et dérangeantes, et intuitions mimétiques, donc « complaisantes » et « connivantes »,
à peine un mois avant la rencontre qui aura lieu à Assise ?
Mais je n’anticiperai pas outre mesure, et comme il commence à se faire tard, je vais aller me coucher, plutôt que de commencer à repartir dans une de mes directions thématiques favorites.
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.
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