Plaidoyer en faveur d'une herméneutique interrogative et interpellatrice. par Scrutator Sapientiæ 2011-08-24 09:40:23 |
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Bonjour à tous,
Dans quatre mois, ce sera le sixième anniversaire du discours du 22 décembre 2005 ; je plaide ici en faveur d'une herméneutique "analytique", interrogative et interpellatrice d'un élément du Concile, la première partie de Dignitatis Humanae, en amont de toute herméneutique "synthétisante", explicitatrice et interprétative de l'ensemble du Concile ; en d'autres termes, et bien que je sois, à titre personnel, partisan de l'herméneutique du renouveau SANS la continuité, je plaide ici en faveur d'une herméneutique qui ne préjuge pas à l'avance de son propre résultat, et qui est à la recherche, non polémique, des limites ET des mérites d'un élément du Concile.
Il me semble que cette approche interrogative et interpellatrice permet de s'approprier la théorie et le bien-fondé, mais aussi les apories et les impensés de DH, en amont de toute appréciation englobante, en positif ou en négatif ; au contact de chaque phrase de DH, il est en effet possible de se dire : pourquoi pas (le) dire (comme) cela ?, mais aussi : pourquoi (le) dire (comme) cela?, et encore : pourquoi ne pas (le) dire aussi (comme) cela ? ; si l'on préfère, je ne mets pas en cause l'existence effective, mais l'évidence apparente du texte, car je pars du principe que rien ne va de soi, surtout au contact de ce qui n'est qu'une déclaration adogmatique, et non une constitution dogmatique.
"1. La dignité de la personne humaine est, en notre temps, l’objet d’une conscience toujours plus vive (pourquoi et comment ?) ; toujours plus nombreux sont ceux qui revendiquent pour l’homme la possibilité d’agir en vertu de ses propres options (d’une manière inerrante ?) et en toute libre responsabilité (définie par quelle entité ou instance ?) ; non pas sous la pression d’une contrainte (juridico-politique ?) (ni sous la pression d’une emprise médiatico-symbolique ?), mais guidé par la conscience de son devoir (d’une manière infaillible ?).
De même requièrent-ils que soit juridiquement délimité l’exercice de l’autorité des pouvoirs publics, afin que le champ d’une honorable liberté (honorable du point de vue de qui ?), qu’il s’agisse des personnes ou des associations, ne soit pas trop étroitement circonscrit (trop étroitement du point de vue de qui ?).
Cette exigence de liberté (avec ou sans confusions, entre volonté de liberté, et volonté de licence, ou volonté de puissance ?) dans la société humaine regarde principalement les biens spirituels (lesquels ?) de l’homme, et, au premier chef, ce qui concerne le libre exercice de la religion (laquelle ?) dans la société.
Considérant avec diligence ces aspirations dans le but de déclarer à quel point elles sont conformes à la vérité et à la justice (mais aussi à quel point elles peuvent être ou risquent d'être contraires à la vérité et à la justice ?), ce saint Concile du Vatican scrute la sainte tradition et la doctrine de l’Église d’où il tire du neuf en constant accord avec le vieux.
C’est pourquoi, tout d’abord, le saint Concile déclare que Dieu a lui-même fait connaître au genre humain (pourquoi et comment ?) la voie par laquelle, en le servant, les hommes peuvent obtenir le salut et le bonheur dans le Christ.
Cette unique vraie religion, nous croyons qu’elle subsiste dans l’Église catholique et apostolique à laquelle le Seigneur Jésus a confié le mandat de la faire connaître à tous les hommes, lorsqu’il dit aux Apôtres : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20).
Tous les hommes, d’autre part, sont tenus (par qui et pourquoi ?) de chercher la vérité, surtout en ce qui concerne Dieu et son Église ; et, quand ils l’ont connue, de l’embrasser et de lui être fidèles.
(Mais tous les hommes, de par ce fait, ne sont-ils pas également tenus d’éviter, de refuser, de rejeter l’erreur, surtout en ce qui concerne Dieu et son Église ? Et, quand ils l’ont connue, de l’abandonner, en s’en affranchissant, sous la conduite, notamment, de leur liberté, mais en direction de la vérité ?)
De même encore, le saint Concile déclare que ces devoirs concernent la conscience de l’homme (notamment ou seulement ?) et l’obligent (à quoi et en quoi ?), et que la vérité (laquelle ?) ne s’impose que par la force (naturelle ou surnaturelle ?) de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance.
Or, puisque la liberté religieuse, que revendique l’homme dans l’accomplissement de son devoir (lequel ?) de rendre un culte (lequel ?) à Dieu, concerne (notamment ou seulement ?) l’exemption de contrainte (mais pas l’exemption d’emprise ?) dans la société civile, elle ne porte aucun préjudice à la doctrine catholique traditionnelle au sujet du devoir moral de l’homme et des sociétés à l’égard de la vraie religion et de l’unique Église du Christ.
En outre, en traitant de cette liberté religieuse, le saint Concile entend développer la doctrine des Souverains Pontifes les plus récents sur les droits inviolables de la personne humaine (droits inviolables = personne infaillible ?) et l’ordre juridique de la société.
2. Ce Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse.
(Mais le même Concile n’a-t-il pas également vocation à déclarer que la personne humaine a aussi le devoir de chercher puis de suivre la vérité religieuse ?).
Cette liberté consiste (notamment ou seulement ?) en ce que tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte (juridico-politique) (mais pas de toute emprise médiatico-symbolique ?) de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience (inerrante ?) ni empêché d’agir, dans de justes limites (lesquelles ?), selon sa conscience (infaillible ?), en privé comme en public, seul ou associé à d’autres.
Il déclare, en outre, que le droit à la liberté religieuse (mais aussi le devoir de chercher puis de suivre la vérité religieuse ?) a son fondement réel dans la dignité même de la personne humaine (néanmoins exposée aux risques d’erreurs dus au péché ?) telle que l’ont fait connaître la Parole de Dieu (laquelle ?) et la raison elle-même (inspirée par quelle mentalité ou philosophie ?).
Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse dans l’ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu’il constitue un droit civil (id est : uniquement une liberté publique ?).
(Mais le devoir de chercher puis de suivre la vérité religieuse, dans l’ordre « pneumatique » de la religion, ne doit-il pas être également reconnu, de telle manière qu’il constitue un devoir moral (id est : une exigence radicale et spécifique, à expliciter et à favoriser, elle aussi, dans la sphère publique ?)
En vertu de leur dignité (naturelle ou surnaturelle ?), tous les hommes, parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté libre (mais pas soumis aux pesanteurs, aux tentations ?), et, par suite, pourvus d’une responsabilité personnelle (sous quelle conduite et dans quelle direction ?), sont pressés, par leur nature même (néanmoins abêtie ou abîmée, aliénée ou altérée, assourdie ou aveuglée par le péché ?), et tenus, par obligation morale (naturelle) (mais pas par inspiration religieuse surnaturelle ?), à chercher la vérité (laquelle ?), celle tout d’abord qui concerne la religion (laquelle ?).
Ils sont tenus aussi à adhérer (pourquoi et comment ?) à la vérité (laquelle ?) dès qu’ils la connaissent (pourquoi et comment ?) et à régler toute leur vie (pourquoi et comment ?) selon les exigences de cette vérité (laquelle ?).
Or, à cette obligation, les hommes ne peuvent satisfaire, d’une manière conforme à leur propre nature (et à leur vocation à la rédemption ?) que s’ils jouissent, outre de la liberté psychologique (et de la vérité théologale ?), de l’exemption de toute contrainte extérieure (mais aussi de l’exemption de toute emprise extérieure ?).
Ce n’est donc pas sur une disposition subjective de la personne, mais sur sa nature même (spontanément clairvoyante ?), qu’est fondé le droit à la liberté religieuse (id est : un droit naturel ?).
(N’est-ce donc pas également, non sur une disposition subjective de la personne, mais sur sa nature même, non spontanément clairvoyante, qu’est fondé le devoir de chercher et de suivre la vérité religieuse, devoir qui constitue bel et bien une composante de la loi naturelle ?)
C’est pourquoi le droit à cette exemption de toute contrainte (et de toute emprise ?) persiste en ceux-là mêmes qui ne satisfont pas à l’obligation de chercher la vérité (laquelle ?) et d’y adhérer (pourquoi et comment ?) ; son exercice ne peut être entravé (sauf par la personne elle-même ?), dès lors que demeure sauf un ordre public juste (mais qui dira ce qu’est un ordre public juste ?).
(N’est-ce pas la raison pour laquelle le droit à cette exemption de toute contrainte, s’il persiste en ceux-là mêmes qui ne satisfont pas à l’obligation de chercher la vérité et d’y adhérer, est subordonné, à l’intérieur de leur conscience et de leur existence, à un autre « droit » : le « droit » de s’affranchir, individuellement et unilatéralement, du devoir moral de chercher la vérité et d’y adhérer, en l’espèce en matière religieuse ? N’est-ce pas alors l’exercice de cet autre « droit » qui ne peut être entravé, sauf par la personne elle-même ?)
3. Tout ceci est plus clairement manifeste encore si l’on considère que la norme suprême de la vie humaine est la loi divine elle-même (et non la dignité et la liberté humaines ?), éternelle, objective et universelle, par laquelle Dieu, dans son dessein de sagesse et d’amour, règle, dirige et gouverne le monde entier, ainsi que les voies de la communauté humaine (pourquoi et comment ?).
De cette loi qui est sienne, Dieu rend l’homme participant (pourquoi et comment ?) de telle sorte que, par une heureuse disposition (laquelle ?) de la Providence divine, celui-ci puisse toujours davantage accéder (pourquoi et comment ?) à l’immuable vérité (laquelle ?).
C’est pourquoi chacun a le devoir et, par conséquent, le droit, de chercher la vérité (laquelle ?) en matière religieuse, afin de se former prudemment un jugement de conscience (notamment ou seulement ?) droit et vrai, en employant les moyens appropriés (mais qui dira quels moyens sont appropriés et quels moyens sont inappropriés ?).
Mais la vérité (laquelle ?) doit être cherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche, par le moyen de l’enseignement ou de l’éducation, de l’échange et du dialogue grâce auxquels les hommes exposent les uns aux autres la vérité (laquelle ?) qu’ils ont trouvée ou pensent avoir trouvée (ce qui n’est pas la même chose...), afin de s’aider mutuellement (? !) dans la quête de la vérité (laquelle ?) ; la vérité (laquelle ?) une fois connue (pourquoi et comment ?), c’est par un assentiment personnel (un acte de foi théologale ?) qu’il faut y adhérer fermement.
Mais c’est par sa conscience (insulaire et souveraine ?) que l’homme perçoit et reconnaît (pourquoi et comment ?) les injonctions (lesquelles ?) de la loi divine ; c’est elle qu’il est tenu de suivre fidèlement (pourquoi et comment ?) en toutes ses activités, pour parvenir à sa fin qui est Dieu.
Il ne doit donc pas être contraint d’agir contre sa conscience (toujours lucide ?). Mais il ne doit pas être empêché non plus d’agir selon sa conscience (toujours sagace ?), surtout en matière religieuse.
De par son caractère même, en effet, l’exercice de la religion (laquelle ?) consiste avant tout en des actes intérieurs, volontaires et libres, par lesquels l’homme s’ordonne directement (pourquoi et comment ?) à Dieu : de tels actes ne peuvent être ni imposés ni interdits par aucun pouvoir purement humain.
Mais la nature sociale de l’homme (notamment ou seulement ?) requiert elle-même qu’il exprime extérieurement ces actes intérieurs de religion (n'importe laquelle ?), qu’en matière religieuse il ait des échanges avec d’autres, qu’il professe sa religion (n'importe laquelle ?) sous une forme communautaire.
C’est donc faire injure à la personne humaine et à l’ordre même établi par Dieu pour les êtres humains que de refuser à l’homme le libre exercice de la religion (laquelle ?) dans la société, dès lors que l’ordre public juste est sauvegardé.
(Mais qui dira si l’ordre public juste est fragilisé ou sauvegardé par l’attribution, par l’Etat, du droit au libre exercice, par l’homme, de n’importe quelle religion ?)
En outre, par nature, les actes religieux (lesquels ?) par lesquels, en privé ou en public, l’homme s’ordonne à Dieu en vertu d’une décision intérieure (notamment ou seulement ?), transcendent l’ordre terrestre et temporel des choses (toujours ?).
Le pouvoir civil, dont la fin propre est de pourvoir au bien commun temporel (défini par qui ?), doit donc, certes, reconnaître et favoriser la vie religieuse des citoyens (n’importe laquelle ?), mais il faut dire qu’il dépasse ses limites s’il s’arroge le droit de diriger ou d’empêcher les actes religieux (toujours ?)."
Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour la part de candeur qui est à l'origine de ce message ; d'aucuns trouveront les questions que je (me) pose, au contact de DH, orientées, voire partisanes ; mais ce n'est pas mon intention : j'entends bien prendre DH au sérieux, en interrogeant et interpellant le texte "à même le texte", AVANT toute appréciation englobante éventuelle.
Je suis évidemment preneur de toute remarque ou suggestion qui me permettra d'améliorer cette tentative d'herméneutique analytique.
J'ai parfaitement conscience du caractère répétitif, mais volontaire, de certaines de mes questions, et du fait que les réponses à quelques-unes d'entre elles sont apportées un peu plus bas, d'une manière implicite ou indirecte ; mais c'est en réitérant plusieurs de ces questions que je m'efforce de faire apparaître certains aspects situés en arrière-plan, certains enjeux situés en toile de fond, de cette déclaration.
Bon début de journée à tous.
Scrutator.
(à suivre, si possible aujourd'hui : les trois derniers paragraphes constitutifs de la première partie de DH)
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