Crise de la vérité et crise du sens ne sont pas exactement synonymes. par Scrutator Sapientiæ 2011-06-19 22:03:02 |
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Bonsoir bbdg,
Aussi modestement, précisément et rapidement que possible :
1. Vous rappelez à juste titre la définition qui assimile la vérité à l'exactitude : la vérité - exactitude, c'est la vision selon laquelle un énoncé vrai est un énoncé qui rend compte de l'adéquation entre l'intelligence humaine et l'objet qu'elle appréhende.
2. Aujourd'hui, il est certain qu'il y a une crise du rapport à la vérité, de la vision de la vérité,
- non seulement à cause de l'omniprésence du mensonge (par commission ou par omission, par affabulation ou extrapolation), donc de la falsification, en lieu et place de l'exactitude,
- mais aussi à cause de la vision selon laquelle la vérité-exactitude n'est possible que si l'on s'en tient à la dimension quantitative de la réalité, ce qui revient à dire, par exemple, que ce qui n'est pas quantifiable, comme l'Amour de Dieu, la Lumière de Dieu, l'Agir discret de l'Etre discret (l'Esprit de Dieu) n'a pas droit de cité, n'existe pas, ne fait pas "partie" de la réalité.
3. En ce sens, il y a incontestablement une crise de la relation à la vérité, je dirai même une perte de contact avec la plus élémentaire exigence d'exactitude, une double menace de dé-réalisation du monde :
- l'espèce humaine peut être tentée de s'en prendre à l'intelligence la plus objective et réaliste qui soit de l'aménagement intérieur à l'homme et de l'environnement extérieur à l'homme ;
mais
- l'espèce humaine peut être également tentée de s'en prendre, concrètement et directement, d'une manière pertubatrice, en surface, et transformatrice, en profondeur, à la réalité même de son aménagement intérieur et de son environnement extérieur.
4. A mon sens, cette notion de "crise de la relation à la vérité" n'exprime pas tout ce dont il est question ici ; il y a aussi une "crise de la relation au sens", c'est-à-dire
A- une crise de la "mobilisation générale" des êtres humains et de l'agir humain, au moyen d'une orientation,
- en provenance d'un mouvement sans fondement, d'une construction sans fondations (l'idéologie techno-scientifique émancipatrice mais asservissante, sans métaphysique édificatrice et assagissante)
- à destination d'un horizon sans conclusion, d'une finalité indéfinie, le processus de transformation de l'homme et du monde étant devenu à lui-même son propre but, sa propre fin.
B- une crise de la "signification officielle" que l'on accepte de donner ou qu'il est convenu de donner à cette mobilisation générale : s'il n'y avait pas eu la catastrophe du 11 mars 2011, l'humanité, amoureuse du déploiement de sa propre volonté de puissance, en serait peut-être restée au stade de l'euphorie sans conscience ni nuances.
5. Cette crise de la relation au sens m'inquiète au moins autant que la crise de la relation à la vérité dont j'ai parlé auparavant :
- au XIX° siècle, il y a eu des anarchistes, des nihilistes, mais ils se battaient contre "le système" : contre les autorités et institutions officielles, contre l'économie et la société, la politique et la religion, la famille et l'Etat, etc...
- aujourd'hui, l'anarchisme et le nihilisme sont à la tête "du système" : nous sommes
- en présence d'un anarchisme nihiliste en blouse blanche ou en complet veston, en costume avec cravate, avec ordinateur et téléphone portables,
- en présence d'un anarchisme nihiliste institutionnel qui a pleinement conscience de sa très grande respectabilité apparente, à défaut d'avoir aussi pleinement conscience de sa responsabilité effective.
Et tout cela, cet anarchisme nihiliste institutionnel, est extrêmement difficile à dénoncer et à combattre.
6. A partir de là, que dire et que faire ? Préciser ou rappeler,
A- avec Saint Thomas d'Aquin,
- que la "signification catholique" de la "mobilisation générale" de l'humanité la plus conforme à la nature humaine n'est autre qu'un double mouvement d'exitus et de reditus,
et
- que, sans reditus, l'exitus risque de se terminer, si j'ose dire, par un gigantesque "perditus";
B- avec Saint Augustin,
- que la "signification catholique de la mobilisation générale" de l'humanité la plus conforme à la vocation humaine n'est autre qu'un mouvement en trois étapes : création, conversion, formation,
et
- que, sans conversion, le risque est que la créature ressente et subisse de plus en plus d'aversion, vis-à-vis du Créateur, de la Création, et d'elle-même, surtout si elle est exposée à une culture qui la contraint à diversion, par rapport à sa vocation, au point ou risque de la soumettre à la perversion de son agir et de son être, du fait de la subversion de son âme.
Voilà le contenu que J'AI ESSAYE de donner à ma tentative de distinction entre "crise de la relation à la vérité" et "crise de la relation au sens" ; à mes yeux, ce n'est pas tout à fait la même chose.
Je vous souhaite une bonne nuit et un bon début de semaine.
Scrutator.
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