Cher Don Henri,
je profite de votre post pour rebondir sur un article (j'espère que vous ne m'en voudrez pas), très intéressant que j'ai lu sur votre blog à propos de la forme extraordinaire dans votre paroisse.
Le constat que vous y faites est en demi-teinte. Je ne reviendrai pas sur ce qui me semble un paradoxe assez difficilement supportable, lorsque vous jugez la forme ordinaire bien célèbrée mais austère dans une simplicité "quasi-protestante", signe qu'il y a donc bien un vrai problème et que la schizophrénie de prêtres qui ne parviennent pas à s'impliquer (je ne porte bien sûr pas de jugement ne connaissant pas ces prêtres qui ont au moins le mérite de répondre à une demande) et à appliquer véritablement le motu proprio qui veut que la forme ordinaire soit enrichie par l'exercice dans une paroisse de la forme extraordinaire.
Cependant, une autre phrase m'a interpellé, il s'agit de celle-ci :
Il existe malheureusement une certaine séparation entre les pratiquants des deux formes du rite romain. Les fidèles et les laïcs engagés (chœur, acolytes…) de la forme extraordinaire sont apparus du jour au lendemain dans une paroisse où ils ne pratiquaient pas auparavant, et cultivent un certain entre soi.
J'avoue ne pas arriver à comprendre comment cela peut-il être un constat négatif...
Vous dites que certains sont arrivés du jour au lendemain, mais justement, loin d'être un problème, loin d'être une annexion, cela signifie que ces personnes ont fait un effort pour la normalisation de leur situation, se tournant vers une paroisse alors que ce n'était pas le cas jusqu'à présent.
De même, vous pouvez difficilement leur reprocher de n'assister qu'à la messe tradi, dans la mesure où votre paroisse l'offre, et où si je comprend bien votre article, les paroissiens ordinaire sont loin d'être mobilisés pour assister à la forme extra, voire juste pour faire évoluer leur façon d'assister à la messe pour s'approcher d'une certaine conformité avec les normes romaines (car je suppose qu'il y a un conseil liturgique ou pastoral de fidèle).
Je connais un certain nombre de situations analogues, où des jeunes assistant habituellement à la messe dans des chapelles fsspx, sans renier leurs idées, se font un devoir d'aller assister et servir les messes extra paroissiales proches de chez eux en semaine et quand ils le peuvent le dimanche. Certains se sont même totalement impliqués dans la paroisse (patronage etc...)
En quoi est-ce un mal. Cela a permis un spectaculaire décloisonnement partout où j'ai pu le constater, la fin de préjugés tenaces de part et d'autre et de véritables liens et amitiés avec ces prêtres de paroisse qui ont vraiment besoin de tout notre soutien.
Mais pour autant, pourquoi renier nos conviction, ce que nous croyons, n'est-ce pas cela la "Charité dans la vérité" ?
Enfin, vous notez que les deux groupes sont souvent étrangers, c'est souvent vrai, hélas, mais il faut laisser le temps à tous, aux tradis de s'intégrer face aux préjugés et à l'antipathie qu'ils imaginent "en face", ce n'est pas toujours un confort social de quitter la petite chapelle où l'on est "entre soi" comme vous le dites, pour une paroisse où l'on est à peu près sûr de rencontrer au moins une certaine hostilité.
De plus, cela nécessite également un certain accueil de la part des anciens paroissiens ce qui ne se fait pas toujours dans des conditions idoines, voire pas du tout.
C'est pourquoi, les paroissiens historiques comme vous ont un rôle primordial à jouer dans le rapprochement entre ces frères et doivent être les vecteurs de la charité fraternelle trop durement éprouvée. Lourde tâche, je vous l'accorde !
Cependant, là où j'ai pu constater cela, on assiste parois à de timides passages à la messe tradi de certains paroissiens (pas ceux qu'on s'imagine d'ailleurs) qui deviennent parfois durables. Et ça en seulement deux ou trois ans, c'est déjà une grande victoire et un bel espoir.
Merci donc pour votre article et gardez espoir, sans aucun préjugé, dans la capacité de chacun à exprimer une charité parfois trop cloisonnée.