Les motifs de la chute de Lucifer expliqués par Eti Lène 2026-09-29 09:14:31 |
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Bonne fête de st Michel Archange chers liseurs. La description ci-dessous est tirée du livre "La cité mystique de Dieu" écrite au XVIIème siècle par la vénérable Marie d'Agréda :
Genèse Chapitre 1 :
1 Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. 2 Mais la terre était informe et nue, et des ténèbres étaient sur la face d'un abîme, et l'Esprit de Dieu était porté sur les eaux. 3 Or Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut. 4 Et Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres. Ce fut le premier jour (...) 16 Dieu fit donc deux grand luminaires; l'un plus grand pour présider au jour; l'autre moins grand, pour présider à la nuit; et les étoîles. (...) 19 Et d'un soir et d'un matin se fit le quatrième jour."
« Moïse dit que la terre était vide, ce qu’il ne dit pas du ciel, parce qu’en celui-ci Dieu créa les anges dans l’instant dont Moïse dit : Dieu a dit : Que la lumière soit faite ; et la lumière fut faite. Car il ne parle pas seulement de la lumière matérielle, mais aussi des lumières angéliques et intellectuelles. Et il n’en fit pas une plus claire mention que de les signifier sous ce nom, à cause du facile penchant que les Hébreux avaient d’attribuer la divinité à des choses nouvelles et moins nobles que les esprits angéliques. Mais la métaphore de la lumière fut fort juste et fort propre pour nous signifier la nature angélique et pour nous faire mystiquement entendre la lumière de la science et de la grâce dont ils furent éclairés en leur création. Dieu créa, conjointement avec le ciel empyrée, la terre pour y former l’enfer en son centre ; car dans le même instant qu’elle fût créée, il se trouva par la divine disposition au milieu de ce globe des cavernes fort profondes et spacieuses, capables de contenir l’enfer, les limbes et le purgatoire. En même temps il fut créé dans l’enfer un feu matériel et toutes les autres choses qui y servent pour y tourmenter les damnés. Le Seigneur devaient ensuite séparer la lumière des ténèbres et appeler la lumière jour, et les ténèbres nuit ; et cela n’arriva pas seulement entre la nuit et le jour naturel, mais entre les bons et les mauvais anges ; car il donna aux bons la lumière éternelle de sa vision, et il l’appela jour, et jour éternel ; il appela les mauvaises nuits du péché, et ils furent précipités dans les ténèbres éternelles de l’enfer, afin que nous connussions tous combien furent unies la libéralité miséricordieuse du Créateur et du Vivificateur dans la récompense, et la justice du très équitable Juge dans le châtiment. (…) »
Et bien qu’en cette seconde demeure, le tout eut pu se passer fort brièvement, selon la manière d’agir de la nature angélique et du pouvoir divin ; néanmoins il me fut découvert que la charité du Très-Haut le suspendit et leur proposa par quelque intervalle le bien et le mal, la vérité et le mensonge, le juste et l’injuste, sa grâce et la malice du péché, l’amitié et l’inimitié de Dieu, la récompense et le châtiment éternels, la perte de Lucifer et de tous ses adhérents ; Sa majesté leur montra même l’enfer et ses tourments, tellement qu’ils n’ignorèrent rien ; car en leur nature si noble et si excellente, toutes les choses créées et terminées se peuvent voir comme elles sont en elles-mêmes, de sorte qu’ils virent, avant que de déchoir de la grâce, le lieu du châtiment. Et bien qu’ils ne connussent pas de la même façon le prix de la gloire, ils en eurent pourtant une autre connaissance, aussi bien que de la promesse manifeste et expresse du Seigneur ; de façon que le Très-Haut eut de quoi justifier sa cause, et opérer selon sa souveraine justice et équité. Et parce que tant de bonté et de justification ne suffirent pas pour retenir Lucifer et ses sectateurs dans leur devoir, ils furent, comme des obstinés, châtiés et précipités au profond des malheureuses cavernes infernales, et les bons furent confirmés en grâce et dans la gloire éternelle. Tout cela arriva dans le troisième instant, auquel il fut connu véritablement que Dieu seul était impeccable par nature ; puisque l’ange, qui en a une si excellente et qui la reçut enrichie et ornée de tant de dons de science et de grâce, ne laissa pas de pécher et de se perdre.(…)
Et suivant la mauvaise affection que Lucifer eut alors, il tomba dans un amour très déréglé de lui-même, qui lui vint de se voir avec de plus grands dons de grâce et avec une plus excellente beauté de nature que les autres anges inférieurs. Il s’arrêta trop dans cette connaissance, et sa complaisance qu’il eut de lui-même le retarda et l’attiédit en la reconnaissance qu’il devait à Dieu, comme l’unique cause de tout ce qu’il avait reçu. Et se contemplant dans ses propres, ingrates et réitérées réflexions, il eut une nouvelle et criminelle complaisance pour sa beauté et pour ses grâces, il se les attribua et les aima comme siennes ; et cette affection propre et désordonnée ne le fit pas seulement se révolter avec ce qu’il avait reçu d’une vertu supérieure ; mais elle l’obligea aussi d’envier et de désirer les autres dons et les excellences qu’il n’avait pas. Et parce qu’il ne put les obtenir, il conçut une indignation et une haine implacable contre Dieu qui l’avait tiré du néant, et contre toutes ses créatures.
De là la désobéissance, la présomption, l’injustice, l’infidélité, le blasphème, et presque quelque espèce d’idolâtrie prirent leur origine, car cet ingrat désira pour soi l’adoration et l’honneur qu’on doit à Dieu. Il blasphéma contre sa divine grandeur et contre sa sainteté ; il manqua à la foi et à la fidélité qu’il lui devait ; il prétendit de détruire toutes les créatures, et il présuma de venir à bout de tout cela et de plusieurs autres choses. Ainsi son orgueil croît et persévère toujours (Ps 73, 23), bien que sa témérité soit plus grande que son pouvoir (Is 16, 6), parce qu’il ne peut croître en celui-ci ; et dans le péché un abîme en appelle un autre. Lucifer fut le premier ange qui pécha, comme il conste par le chapitre 14 d’Isaïe ; et celui-ci persuada les autres de le suivre, et c’est de là qu’on appelle prince des démons : ce n’est pas par sa nature qu’il reçoit ce titre, car elle ne pouvait pas le lui procurer ; mais par son péché. Et les malheureux révoltés ne furent pas seulement d’un ordre ou hiérarchie, mais de chacune il y en eut plusieurs qui furent précipités.
Pour déclarer comme il m’a été manifesté quel honneur et quelle excellence Lucifer désira et envia par son orgueil, je dirai que, comme l’équité, le poids et la mesure se trouvent dans les œuvres de Dieu, sa Providence détermina avant que les anges pussent tendre à des fins diverses, de leur manifester immédiatement après leur création la fin pour laquelle il les avait créés, avec une nature si relevée et si parfaite. Et cette illustration leur arriva de cette manière : ils eurent premièrement une très claire connaissance de l’être de Dieu, un en substance et trois en personnes, et ils reçurent commandement de l’adorer et de l’honorer comme leur Créateur et leur souverain Seigneur, infini en son être et en ses attributs. Ils se soumirent et obéirent tous à ce précepte, mais avec quelque distinction ; car les bons anges obéirent par amour et par justice, se soumettant d’une volonté affective, admettant et croyant ce qui était au-dessus de leurs forces, et y obéissant avec joie. Mais Lucifer ne s’y soumit que parce qu’il crut le contraire impossible. Il ne le fit pas avec une parfaite charité, parce qu’il partagea sa volonté entre lui-même et la vérité infaillible du Seigneur ; et cela lui rendit ce précepte en quelque façon violent et difficile, et fit qu’il ne l’accomplit pas avec une affection pleine d’amour et de justice ; ainsi il se disposa à n’y pas persévérer. (…)
En second lieu, Dieu leur manifesta qu’il devait créer une nature humaine et des créatures raisonnables et inférieures, afin qu’elles l’aimassent, le craignissent et l’honorassent, comme leur auteur et leur bien éternel ; qu’il devait favoriser beaucoup cette nature ; que la seconde personne de la très Sainte Trinité devait s’incarner, se faire homme, et élever la nature humaine à l’union hypostatique et à la personne divine ; qu’ils devaient reconnaître, honorer et adorer ce suppôt, Homme-Dieu, non seulement en tant que Dieu, mais conjointement en tant qu’homme, et que les mêmes anges devaient être ses inférieurs et ses serviteurs en grâce et en dignité. Il leur fit connaître la convenance, l’équité, la justice et la raison qu’il y avait en cela ; d’autant que l’acceptation des mérites prévus de cet Homme-Dieu leur avait mérité la grâce qu’ils possédaient et la gloire qu’ils posséderaient ; il leur fit aussi connaître qu’ils avaient été créés, et que toutes les autres créatures le seraient pour sa même gloire, parce qu’il devait être supérieur à toutes ; et que celles qui seraient capables de connaître Dieu et de jouir de lui, devaient être son peuple et les membres de ce chef, pour le reconnaître et l’honorer. Et ils reçurent ensuite un commandement de se soumettre à tout cela.
Tous les bons anges se soumirent à ce précepte, y donnèrent leur consentement et y applaudirent avec une humble et amoureuse affection de toute leur volonté. Mais Lucifer y résista par son orgueil et par son envie, et provoqua ses adhérents à faire de même ; ce qu’ils firent en effet en le suivant par cette désobéissance au divin commandement. Ce mauvais prince leur persuada qu’il serait leur chef, et qu’ils auraient une principauté indépendante et séparée de Jésus-Christ : l’envie et l’orgueil ayant bien pu causer un tel aveuglement en un ange et une affection si désordonnée, qu’elle a été cause que la contagion du péché s’est communiquée à tant d’autres.
(…) Mais il arriva ici un autre mystère ; parce que quand il fut proposé à tous les anges qu’ils devaient obéir au Verbe incarné, il leur fut fait un troisième commandement de recevoir conjointement une femme pour supérieure, dans le sein de laquelle le Fils unique du Père prendrait chair humaine ; il leur fut dit que cette femme devait être leur Reine et la Maîtresse de toutes les créatures humaines, et qu’elle devait être distinguée au-dessus de toutes les créatures angéliques et humaines, et les surpasser en dons de grâce et de gloire. Les bons anges, en obéissant à ce précepte du Seigneur, augmentèrent leur humilité, et avec elle ils le reçurent, et louèrent le pouvoir et les mystères du Très-Haut. Mais l’orgueil et la présomption de Lucifer s’augmentèrent par ce mystérieux précepte ; et il désira pour soi une fureur effrénée l’honneur d’être le chef de tout le genre humain et de tous les ordres angéliques, et que si cela devait s’accomplir par le moyen de l’union hypostatique, ce fût avec lui.
Il résista avec d’horribles blasphèmes sur ce qu’il devait être inférieur à la Mère du Verbe incarné et notre Reine ; se tournant avec une effrénée indignation contre l’auteur de ces merveilles, et provoquant les autres, ce dragon leur dit : "Ces préceptes sont injustes et injurieux à ma grandeur"; et s’adressant à Dieu, il ajouta : "Je persécuterai et détruirai, Seigneur, cette nature humaine que vous regardez avec tant d’amour, et à qui vous destinez de si grandes faveurs ; j’emploierai pour cela tout mon pouvoir et tous mes soins, et j’abattrai cette femme Mère du Verbe de l’état honorable que vous lui promettez, et je renverserai vos desseins."
Cette superbe présomption irrita si fort le Seigneur, qu’en humiliant Lucifer, il lui dit : « Cette femme que tu n’as pas voulu honorer, t’écrasera la tête, et tu seras par elle vaincu et abattu. Et si par ton orgueil la mort entre au monde, par l’humilité de cette femme, la vie et le salut des mortels y entreront ; et je tirerai du Fils et de la Mère, ceux qui doivent jouir des récompenses et des couronnes que tu as perdues, aussi bien que tes adhérents. » Le dragon ne répondait à tout cela, et contre tout ce qui lui était déclaré de la divine volonté et de ses décrets, qu’avec une superbe et téméraire indignation, en menaçant tout le genre humain. Et les bons anges connurent le juste courroux du Très-Haut contre Lucifer et contre les autres apostats ; et ils combattaient contre eux avec les armes de l’entendement, de la raison et de la vérité.
Le Tout-Puissant opéra ici un autre merveilleux mystère ; car, après avoir manifesté par intelligence à tous les anges le grand ouvrage de l’union hypostatique, il leur montra la très sainte Vierge en un signe ou espèce, à la manière de nos visions imaginaires, selon notre façon de concevoir. Ainsi il leur fit connaître et leur représenta la pure nature humaine en une femme très parfaite, en laquelle le puissant bras du Très-Haut devait être plus admirable qu’en tout le reste des créatures, parce qu’il déposait en elle les grâces et les dons de sa droite en un degré supérieur et éminent. Ce signe de la Reine du ciel et Mère du Verbe humanisé, fut manifesté à tous les anges, bons et mauvais. Les bons furent ravis d’admiration à sa vue et lui donnèrent des cantiques de louanges, et dès lors ils commencèrent à défendre l’honneur de Dieu humanisé et de sa très sainte Mère, armés par cet ardent zèle et par le bouclier impénétrable de ce signe. Au contraire, le dragon et ses alliés conçurent une fureur et une rage implacable contre Jésus-Christ et sa très sainte Mère ; de sorte qu’il arriva tout ce qui est contenu dans le chapitre 12 de l’Apocalypse (…) »
Après ce que je viens de dire, le châtiment de Lucifer et de ses alliés arriva ; car pour la peine qui était due aux blasphèmes qu’il avait vomis contre cette signalée femme, il se trouva changé, de très bel ange qu’il était, en un furieux et horrible dragon, ce signe apparaissant sensible et d’une figure extérieure. Il souleva avec une extrême fureur sept têtes, qui furent les sept légions ou escadrons qui divisèrent tous ceux qui le suivirent et tombèrent dans son malheur : donnant à chacune de ces principautés une tête ; leur ordonnant de pécher, et de prendre soin d’émouvoir et d’exciter les sept péchés mortels qu’on appelle communément capitaux, parce qu’ils contiennent tous les autres péchés, et sont comme chefs des partis qui s’élèvent contre Dieu. Les sept diadèmes qui couronnent Lucifer changé en dragon, furent l’orgueil, l’avarice, l’ire, la luxure, la gourmandise et la paresse : Le Très-Haut lui donnant ce châtiment comme une peine que lui et ses anges confédérés avaient méritée par leurs horribles méchancetés ; car ce fut ici pour tous une punition éclatante et un châtiment proportionné à leur malice, comme auteurs des sept péchés capitaux.
Les dix cornes sont les triomphes de l’iniquité et de la malice du dragon, de l’orgueil et de l’exaltation vaine et téméraire qu’il s’attribue dans l’exécution des vices. Et par ces affections dépravées, pour arriver à la fin que son audace lui proposait, il offrit aux anges malheureux son amitié perverse et corrompue, aussi bien que des principautés, des supériorités et des récompenses imaginaires. Ces promesses, pleines d’une ignorance et d’une erreur plus que brutales, furent la queue par laquelle le dragon attira la troisième partie des étoiles du ciel : car les anges étaient des étoiles qui auraient brillé comme le soleil dans l’éternité perpétuelle avec les autres anges et les justes, s’ils eussent persévéré. Mais le châtiment qu’ils avaient justement mérité les précipita dans le centre de la terre, qui est l’enfer, où ils seront éternellement privés de joie et de lumière.
« Il se donna une grande bataille dans le ciel ; Michel et ses anges combattaient contre le dragon, et le dragon combattait, et ses anges »
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