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Hyperpapalisme et crise liturgique
par Signo 2026-07-23 17:28:41
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Une publication de Peter Kwasniewski (Facebook, traduit de l’anglais via Google traduction).

Pour comprendre la situation liturgique au sein de l'Église, il faut saisir l'hypertrophie progressive du pouvoir pontifical. Considérons trois dates marquantes :

1264 : la première fois qu'un pape institua une fête pour l'Église universelle ;

1570 : la première fois qu'un pape promulgua un missel (suivi, par la suite, d'autres livres liturgiques) ;

1969 : la première fois qu'un pape créa un nouveau rite liturgique.

Durant les douze premiers siècles de l'Église, les catholiques suivaient le rite et le calendrier liturgiques de leur Église locale, hérités de leurs ancêtres. Le pape n'y intervenait pas directement. La fête du Corpus Christi était certes une idée grandiose, venue du ciel même, et seul un pape pouvait lui conférer une portée universelle ; toutefois, ce qui frappe, c'est l'indépendance liturgique (relative) dont jouirent les Églises locales pendant plus d'un millénaire, situation qui perdura bien avant dans le second millénaire.

Par la suite, en raison des bouleversements liés à la Réforme, l'Église dut remettre de l'ordre dans ses affaires. Cela impliquait, entre autres, de réaffirmer avec force la liturgie authentique et traditionnelle. Il n'est pas surprenant que le rite en usage ininterrompu depuis plus de mille ans à la chapelle papale de Rome ait été retenu comme « référence absolue ». Si Pie V apporta tout son soutien à ce rite, ce ne fut pas parce qu'il en était l'auteur — et encore moins le créateur —, mais précisément parce qu'il était vénérable, immémorial et intégralement préservé. Il constituait une *lex orandi* d'une fiabilité absolue.

Et pourtant… avant cela, chaque autel de la chrétienté possédait son propre missel – souvent une copie manuscrite, transmise avec amour, parfois agrémentée de quelques annotations en marge pour en préserver l’utilité. Avant 1570, aucun missel au monde n’avait été personnellement approuvé par le pape. (Imaginez un peu : pendant les trois quarts de l’histoire de l’Église, le pape n’intervenait pas dans la direction de la liturgie ; il était mentionné avec respect dans le Canon romain, et c’est à peu près tout.) Le passage d’une conception de la liturgie comme un héritage des ancêtres – une bonne chose, car « c’est ce que nous avons toujours fait » – à une institution donnée par le pape à Rome, aussi compréhensible fût-il dans le contexte tumultueux du XVIe siècle, constitua un bouleversement juridique, psychologique et institutionnel considérable. Et pourtant, même après ce changement, quatre siècles s'écoulèrent (imaginez un peu !) durant lesquels l'Église se contenta de perpétuer cet héritage romain, tandis que d'autres rites et usages non romains, tels que les rites ambrosien, dominicain, chartreux et norbertin, continuaient de se développer en divers lieux, conformément à l'exception prévue par Pie V.

En 1969, un nouveau pape, Paul VI, à l'opposé de Pie V, ne nous lègue pas le vénérable rite traditionnel, mais un rite nouveau, élaboré par un comité, qu'il juge plus adapté à « l'homme moderne ». L’ultramontanisme était devenu si puissant que nombre de rites et d’usages non romains, après des siècles de préservation acharnée, finirent par s’y effondrer. Dans l’une de ses nombreuses déclarations ironiques, Paul VI observait déjà en 1975, alors que l’échec du nouveau printemps du Concile lui paraissait évident : « On dit souvent aujourd’hui que le XXe siècle a soif d’authenticité. On dit surtout des jeunes qu’ils ont horreur de l’artificiel et du faux et qu’ils recherchent avant tout la vérité et l’honnêteté » (Evangelii Nuntiandi, n° 76). Eh bien, oui, c’est vrai, et plus encore au XXIe siècle. À mesure que les gens recherchent (et découvrent) la vérité et l’honnêteté du culte divin, leur aversion pour l’artificiel et le faux – pour la « fabrication banale et improvisée » – ne fait que croître. Et avec elle se développe un sain scepticisme envers l’hyperpapalisme.

Ainsi, nous devrions nous réjouir du renouveau, chèrement acquis, de l'ancien rite romain. Nous devrions nous réjouir du retour progressif des usages dominicain et norbertin. Nous devrions nous réjouir de voir renaître un traditionalisme sain allié à un pluralisme traditionnel, car c'est ainsi que l'Église a pensé et agi depuis les époques apostolique et patristique jusqu'au glorieux Moyen Âge et tout au long de la Contre-Réforme. Il est bon que nous demeurions dans ce catholicisme plus vaste et plus profond.

     

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