Babel : « avant d'être dispersés » ou « de peur d'être dispersés » ? par Réginald 2026-07-07 18:04:10 |
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Merci pour vos remarques, qui ne sont pas dénuées de justesse. Je les prends comme une invitation à poursuivre sur des terres que je trouve, moi aussi, plus enrichissantes.
Pour en revenir au chapitre 11, ce qui me pose problème est le sens du verset 4.
La Septante écrit : « καὶ ποιήσωμεν ἑαυτοῖς ὄνομα πρὸ τοῦ διασπαρῆναι ἐπὶ προσώπου πάσης τῆς γῆς » : « Faisons-nous un nom, avant d'être dispersés sur toute la face de la terre. » La Vulgate va dans le même sens : celebremus nomen nostrum antequam dividamur in universas terras.
Si l'on suit cette leçon, le sens n'est pas très difficile. Les hommes, sachant qu'ils seront un jour dispersés, veulent laisser un témoignage qui leur survivra et perpétuera leur mémoire. « Se faire un nom » est ici à comprendre comme le désir de perpétuer sa mémoire. Le P. Chaine (Lectio Divina, n° 3, Cerf, 1948) rapproche cette expression de la coutume antique selon laquelle le fondateur donnait son nom à la ville qu'il bâtissait, à l'image d'Alexandre le Grand..
C'est également l'interprétation retenue par Cornelius a Lapide qui lui suit le texte de la Vulgate. Il remarque que les bâtisseurs savent qu'ils seront dispersés et se hâtent donc d'élever un monument avant cette dispersion, afin que leur nom ne tombe pas dans l'oubli. La faute réside alors dans leur ambition démesurée et leur désir d'immortaliser leur propre gloire.
En revanche, le texte massorétique porte une autre leçon : « Faisons-nous un nom, de peur que nous ne soyons dispersés sur la face de toute la terre ». Si l'on suit cette lecture, il devient assez naturel de comprendre la tour comme un point de ralliement destiné à empêcher ou à conjurer la dispersion.
Certains exégètes contemporains vont toutefois beaucoup plus loin. Philippe Abadie interprète Babel comme une critique de l'impérialisme babylonien, du travail forcé et d'un pouvoir centralisateur. Les bâtisseurs seraient un troupeau d'esclaves au service d'un tyran ; la tour ne servirait alors qu'à la gloire du chef, et Dieu interviendrait principalement pour dénoncer ce système oppressif et renvoyer l'humanité à sa vocation de peupler la terre dans la diversité des peuples et des cultures.
Cette lecture est stimulante. J'avoue cependant avoir davantage de mal à la déduire directement du texte lui-même. Elle me paraît relever d'une relecture théologique et canonique très élaborée plutôt que du sens littéral immédiat du récit.
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