Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=994621
images/icones/croix_byzantine.png  ( 994621 )Tabassé à mort, le Bienheureux évêque Grigoriy Khomyshyn expire par Ludwik (2025-12-29 06:12:24) 

le 28 décembre 1945.

Il n'avait pas fui devant l'avancée des Soviétiques, fidèle à l'ordre qu'il avait donné à ses propres prêtres en des termes peu diplomatiques :
« Il n'est pas judicieux de jouer les grands patriotes, de creuser des tombes, de prononcer de grands discours patriotiques, et, à la moindre menace, de prendre la fuite comme des lapins. C'est pourquoi, en toute responsabilité, je vous interdis formellement de quitter le diocèse en cas d'invasion bolchevique. » (discours du 26 juin 1944).

Évêque de Stanislaviv (future Ivano-Frankivsk), c'est un évêque intrépide, réformateur et très latinisant.

La latinisation est alors une plaie de l'Église ukrainienne, soumise à de très fortes pressions (et persécutions) notamment politiques (son territoire étant occupé par la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Roumanie et l'URSS) mais aussi culturelles.
Les gréco-catholiques étant ultra-minoritaires dans l'Église catholique et minoritaires sur le territoire historique de l'Ukraine (voir le post-scriptum), un certain provincialisme existe, par rapport à Rome comme par rapport à Moscou.

Il essaiera par exemple d'imposer le calendrier grégorien dans son diocèse en pleine Première Guerre mondiale, alors qu'Andrey Sheptytsky est prisonnier des Russes (on parle de l'Empire russe, pas de l'URSS, donc pas de rapport avec l'OTAN et les États-Unis, je précise).
Il imposera aussi le célibat à ses séminaristes, ce qui en théorie n'est pas choquant, mais en pratique fut désastreux au vu du contexte, de la sociologie sacerdotale et du rôle du clergé dans la population.

Il laisse une oeuvre théologique et pastorale importante, abordant largement le problème politique national ukrainien, les relations avec la puissance occupante polonaise, etc.
Emprisonné en avril 1945, il est assassiné en décembre de la même année.

Lieu de sépulture inconnu.

Béatifié en 2001

P.S. : Pour les amateurs, sans se plonger trop loin dans les archives, on peut se reporter au petit livre de Benoist-Méchin, Ukraine, le fantôme de l’Europe, où il reproduit la carte du peuplement ukrainien selon les données ethnographiques — carte qui déborde du territoire actuel de l’Ukraine. Livre écrit avant le second conflit mondial et qui a été réédité en 1991 me semble-t-il.



 ( 994629 )La latinisation serait elle une plaie? par Roger (2025-12-29 11:45:42) 
[en réponse à 994621]

Pourriez-vous nous préciser en quoi la latinisation pourrait être légitimement qualifiée de plaie?
L’expression est agressive et peu justifiée !

Nous chantons le Kyrie en grec :? est ce une plaie ? Un byzantinisation scandaleuse ?
images/icones/carnet.gif  ( 994630 )Elle n'est surtout pas justifiée et ça serait une perte pour l'Eglise par Meneau (2025-12-29 12:20:44) 
[en réponse à 994629]

En effet,

la vénérable et antique tradition des Églises orientales constitue une partie intégrante du patrimoine de l'Église du Christ,


Orientale lumen, à l'occasion du centenaire d'Orientalium Dignitas à relire également.

Cordialement
Meneau
images/icones/bible.gif  ( 994633 )Sur la latinisation par Jean-Paul PARFU (2025-12-29 12:53:35) 
[en réponse à 994630]

Influence qui a existé dans certaines Eglises et a toujours été :

-condamnée par Rome, depuis Benoit XIV (Allatae sunt),

-en passant par Léon XIII, puisque celui-ci, prenant le contrepied de son prédécesseur, loua les Eglises orientales (Orientalium dignitas Ecclesiarum), nommant docteurs de l'Eglise plusieurs pères orientaux, et interdisant la poursuite de la latinisation des rites.

-jusqu'à Vatican II (Orientalium Ecclesiarum),

-et plus récemment l'"Instruction pour l’application des prescriptions liturgiques du Code des Canons des Églises Orientales" de 1996).

Selon Daoudal, "ll ne faut pas confondre la divine liturgie et les dévotions. Assurément les "missionnaires" latins ont imposé des dévotions latines, et plusieurs d'entre elles sont ici et là bien installées (adoration eucharistique, rosaire, saint Joseph...). Mais, c'est sans rapport direct avec le rite eucharistique."

Et d'ajouter : "Il n'y a rien de latin dans le rite grec-catholique melkite (sauf à Prague? en tout cas pas dans les livres), ni dans le rite slavon croate, pour parler de ceux que je connais. Mais il y a, me semble-t-il, des influences latines dans le rite ukrainien.

Le Kyrie n'est pas une influence grecque, mais un reste de la première liturgie romaine qui était en grec...".
images/icones/bible.gif  ( 994638 )Le grec dans la liturgie latine par Jean-Paul PARFU (2025-12-29 14:10:54) 
[en réponse à 994633]

Il y a le "Kyrie", bien sûr, que tout le monde connaît et il y a aussi les "impropères" du Vendredi-Saint :

"Hágios o Theós, Hágios Ischyrós, Hágios Athánatos, eléïson himás !"

O Dieu Saint, O Dieu Fort, O Dieu Immortel, prends pitié de nous !
images/icones/heho.gif  ( 994632 )Latinisation par Ludwik (2025-12-29 12:49:50) 
[en réponse à 994629]

Phénomène qui a empoisonné et parfois entièrement détruit les églises catholiques orientales.
Et qui a poussé des éparchies entières à rejoindre les dissidents, et donc ainsi à perdre la Foi.

Pour être sûr que nous parlions bien de la même chose, je vous invite à lire ceci.

Car cette discussion à déjà eu lieu.

Enfin la présence du kyrie dans la liturgie latine n a rien à voir avec un quelconque emprunt à une liturgie "non latine".
images/icones/iphone.jpg  ( 994634 )Oui c’est une plaie par Signo (2025-12-29 12:56:12) 
[en réponse à 994629]

De même que la « byzantinisation » (très superficielle!) récente de la liturgie moderne dans certaines communautés de l’Eglise d’Occident (Fraternités monastiques de Jérusalem, Petites sœurs de Bétlehem, Gouzes, etc).

Chaque tradition doit être respectée dans son identité propre.

À Fontgombault, on écrit des icônes selon l’iconographie byzantine dans l’atelier dédié mais il n’y a pas d’icônes dans l’église abbatiale. Les moines savent qu’il ne faut pas tout mélanger.

J’avais donné mon avis sur cette question ici.

Le Kyrie que l’on chante à la messe et dans l’office monastique latins, ainsi que les passages en grec des Impropères du Vendredi saint, ne relèvent pas à ma connaissance d’une « byzantinisation » ou « grecisation » tardive et superficielle mais de vestiges de l’époque où la liturgie romaine était chantée en grec, ce qui était le cas durant les deux ou trois premiers siècles de notre ère. Ça n’a donc strictement rien à voir.
images/icones/carnet.gif  ( 994682 )Tout comme l'Anaphore d'Addaï et Mari par Meneau (2025-12-30 13:50:22) 
[en réponse à 994634]

Qu'avait-on besoin d'aller chercher cette formule orientale pour l'intégrer au rite romain ?

Cordialement
Meneau
images/icones/hein.gif  ( 994685 )! par Candidus (2025-12-30 16:14:46) 
[en réponse à 994682]

D'où tenez-vous ça ?
images/icones/carnet.gif  ( 994648 )La latinisation des rits orientaux par Montes Gelboe (2025-12-29 17:44:58) 
[en réponse à 994629]

peut-elle comparée ou rapprochée "mutatis mutandis" des phénomènes de "romanisation" tacite ou forcée, latente ou autoritaire, qui sont survenus à différentes époques dans le domaine liturgique latin ?

- En particulier l'incompréhension primaire et la tentative d'élimination de la liturgie "gothique" dite "mozarabe" en Espagne au moment de la Reconquista (XIIe-XIIIe ss.)

- Ou de la liturgie ambrosienne à Milan à différentes époques jusqu'à s. Charles Borromée au XVIe siècle, et ses propres retouches d'inspiration humanistique.

- Ou encore l'alignement plus ou moins profond sur l'usage franciscain-romain de l'office des Heures durs, prémontrés, carmes)

Merci !
images/icones/idee.gif  ( 994680 )Questions passionnantes par Ludwik (2025-12-30 12:15:03) 
[en réponse à 994648]

Hélas, je n’ai pas les connaissances suffisantes pour répondre.

Le seul élément que je puisse apporter concerne le problème de la classification des rites à Rome, et ce jusqu’à Léon XIII inclus.

Léon XIII, qui fut le plus grand pape de l’Orient chrétien — et le mot est faible.

Benoît XIV fut le premier à tenter de classer les rites orientaux, en 1755.
Sa classification se fondait sur la langue liturgique. Il en distinguait quatre (grec, arménien, syriaque, copte) et les divisait en deux catégories : ceux qui employaient le pain azyme et ceux qui utilisaient le pain fermenté.

On voit immédiatement le problème : il s’agit là de deux éléments extérieurs aux rites.
Pour la langue, cela est évident : les rites romain, ambrosien et mozarabe partagent la même langue latine.
De plus, le rite romain lui-même est célébré en deux langues : le latin et le vieux slave (messe glagolitique).

Quant à la matière du pain eucharistique, cela n’a guère plus de pertinence :
– le rite arménien, pourtant très proche du rite grec, a toujours employé l’azyme ;
– les maronites sont passés tardivement à l’azyme, etc.

J’en déduis donc que la distinction claire entre les différents rites est en réalité très récente, que l’Église a longtemps manqué de connaissances précises sur ce sujet, les Orientaux eux-mêmes n’étant pas nécessairement plus savants quant à leur propre histoire.

À partir de là, j’en tire une supposition — ou plutôt une question un peu hâtive : les rites mozarabe et ambrosien étaient-ils considérés, à l’époque, comme des rites réellement distincts du rite romain ?

Par ailleurs, jusqu’à Léon XIII exclus, le rite romain est considéré comme un rite « supérieur », du moins dans la pratique. Cela n’a certainement pas favorisé la conservation de rites qui n’étaient pas protégés par la géographie, la langue, etc.