Le Forum Catholique
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( 984182 )
Où est la logique...? par vistemboir2 (2025-02-14 16:28:33)
On peut être pape en fonction (et donc évêque de Rome) à 88 ans (et plus), mais non pas évêque d'un autre diocèse après avoir atteint 75 ans...
Je pensais benoîtement que l'autorité suprême devait donner l'exemple au lieu de proclamer : "faites ce que je dis, mais pas ce que je fais !" ...

( 984191 )
Aberration moderne par Signo (2025-02-14 21:25:33)
[en réponse à 984182]
Cette règle de la démission obligatoire d’un évêque à 75 ans est purement arbitraire et contraire à la nature même de l’épiscopat.
Après l’obligation du
mandat pontifical , la nomination de la plupart des évêques directement par le pape comme de vulgaires fonctionnaires, cette règle absurde des 75 ans est une étape supplémentaire de l’édification de ce système artificiel (et récent dans l’histoire de l’Eglise) qu’est le catholicisme moderne, système dont l’absolutisme pontifical est la clé de voûte. Totalement contraire à ce qu’enseigne Vatican II sur l’épiscopat d’ailleurs…

( 984196 )
Et que dire de la limite de 80 ans imposée aux cardinaux pour participer au conclave ? par Candidus (2025-02-14 23:03:03)
[en réponse à 984191]
Si à partir de 80 ans, un cardinal n'a plus les capacités requises pour élire un pape, comment peut-il avoir la capacité d'être élu, et comment un pape âgé de plus de 80 ans peut-il logiquement continuer à gouverner l'Église ?
Cette limitation, lorsqu'elle a été imposée, a été interprétée par beaucoup comme destinée à empêcher que des cardinaux âgés, plus conservateurs que ceux créés par Paul VI, pussent imposer leur candidat.

( 984198 )
Règle absurde inventée par Paul VI par Jean-Paul PARFU (2025-02-15 09:02:55)
[en réponse à 984196]
"Après Vatican II, Paul VI décida que les évêques diocésains avaient à présenter leur démission à 75 ans (motu proprio Ecclesiæ sanctæ, 6 août 1966, n. 11 ; rescrit, 5 novembre 2014) (le pape se réserve d’accepter ou de prolonger le mandat de l’évêque), disposition passée dans le canon 401. Or, auparavant, aux (rares) évêques démissionnaires était accordé le titre honorifique d’un siège ancien aujourd’hui supprimé (par exemple, Mgr Auvity, démissionnaire de Mende en 1945, est fait évêque titulaire de Dionysania). Aujourd’hui, en revanche, l’évêque diocésain démissionnaire figure dans l’Annuaire pontifical, après le nom de l’évêque du diocèse, comme « évêque émérite ».
Une capacité de démettre sans précédent
En réalité, la difficulté proprement juridique et « constitutionnelle » est autrement plus grave pour eux que pour le Pontife romain. Certes, il a toujours été possible qu’un évêque, y compris celui de Rome, renonçât librement à sa charge, ou encore que le pape le lui demandât pour de graves raisons. Et si l’évêque résistait, il est arrivé que le pape le démît : ainsi procéda Pie VII avec les évêques français qui ne voulaient pas librement renoncer après le Concordat de 1801 avec Bonaparte.
Mais la nouvelle règle institue au profit du pape une capacité de démettre les évêques qui n’avait jamais existé (alors que le décret Christus Dominus de Vatican II disait seulement que les évêques diocésains : « sont instamment priés de donner leur démission, soit d’eux-mêmes, soit sur l’invitation de l’autorité compétente, si, du fait de leur âge avancé, ou pour toute autre raison grave, ils deviennent moins aptes à remplir leur charge » [n. 21]). On peut se demander si elle est parfaitement conforme à la divine constitution de l’Église fondée sur le gouvernement du Successeur de Pierre et des Successeurs des Apôtres unis à lui. Ceux-ci ne sont pas de simples préfets du pape : à chaque évêque diocésain est confiée par le pape une portion du troupeau, une Église particulière, dont il devient l’époux mystique. Le seul fait de l’accès à l’âge de 75 ans ne semble pas un motif suffisant pour présumer que l’évêque est devenu inapte et que son lien « matrimonial » doit être rompu, d’autant qu’il n’en est pas ainsi pour le pape. La mesure était d’ailleurs tellement inouïe que la rédaction législative semble hésiter : « L’évêque diocésain qui a atteint 75 ans accomplis est prié – rogatur – de présenter sa renonciation à son office ». En clair, le Code ne lui fait pas obligation stricte, mais exerce une pression sur sa liberté. Qu’adviendrait-il s’il était sourd à cette « prière » ?
En outre, Paul VI a cru bon d’édicter une autre règle s’appliquant cette fois aux cardinaux : par le motu proprio Ingravescentem ætatem, du 21 novembre 1970, ceux-ci, lorsqu’ils atteignent l’âge de 80 ans perdent automatiquement leur droit de siéger dans les organes de Curie et surtout d’entrer en conclave pour élire un nouveau pape. Certes, la fonction cardinalice – les cardinaux représentent les membres éminents du clergé de Rome qui désignent le pape – n’est pas, quant à elle, d’institution divine. Mais dans la mesure où le collège cardinalice a toujours aujourd’hui pour première fonction d’élire le pape, on peut se demander comment se justifie, selon le droit naturel cette fois, l’incapacité qui frappe les cardinaux octogénaires. D’autant que le pape n’y est pas soumis.
Ce qui crée une situation étrange. La Réforme grégorienne et la Réforme tridentine avaient consacré de manière très heureuse la centralisation de l’Église romaine autour du pape. Bien loin de s’estomper après le dernier concile, cette « papalisation » s’est encore accrue. Les concordats qui concédaient encore aux pouvoirs civils la nomination des évêques diocésains, auxquels était ensuite conférée l’investiture canonique par le pape, ont été modifiés les uns après les autres pour réserver dans tous les cas la nomination au Pontife romain dans toute l’Église latine (le cas résiduel du concordat concernant l’Alsace-Moselle étant purement théorique, car c’est de fait le pape qui nomme aux évêchés de cette région). Et en outre, grâce aux mesures prises par Paul VI, le pape a une capacité qu’il n’eût jamais à ce degré de renouveler l’épiscopat à sa guise.
L’Église encore plus romanisée
Alors que la liturgie romaine et l’ecclésiologie (œcuménisme, liberté religieuse) ont tourné la page du tridentinisme, la structure hiérarchique postconciliaire est ainsi plus tridentine aujourd’hui qu’elle ne l’était avant Vatican II. À moins que cette accentuation du rôle du pape, dans un contexte idéologique très différent de celui d’avant le Concile, ne puisse plutôt s’analyser comme une imitation par la société ecclésiastique de la « présidentialisation » des démocraties modernes. Toutes choses égales, bien entendu, notamment parce que le pape est élu à vie. Quand il ne démissionne pas".
Philippe Maxence (L'homme Nouveau, "Papes et les évêques peuvent-ils vraiment être émérites", 24 septembre 2016);
On peut ajouter, comme le rappelle Candidus, que ces règles ont été établies par Paul VI pour se débarrasser rapidement des évêques et cardinaux âgés, soupçonnés de "conservatisme" et donc de n'être pas en phase avec la révolution conciliaire et liturgique.

( 984204 )
D'accord et merci cher maître par Roger (2025-02-15 11:02:44)
[en réponse à 984198]
Pour cette excellente analyse.
On sous estime souvent dans nos milieux la volonté de pouvoir de Paul VI qui est trop souvent vu comme un intellectuel naïf alors qu'il était aussi et surtout un technocrate déterminé
L'antithèse de Benoît XVI

( 984214 )
Il y a hélas continuité… par Signo (2025-02-15 15:47:37)
[en réponse à 984198]
… entre l’Eglise post Vatican II et l’Eglise pré Vatican II sur ce point.
Vatican II a été l’aboutissement de tout un effort théologique pour sortir du système catholiciste moderne, mais qui n’est pas eu de vraie concrétisation dans la vie concrète de l’Eglise. Les réformes malheureuses de Paul VI puis la starisation papale du pontificat de Jean-Paul II l’illustrent parfaitement. Après la parenthèse Benoit XVI (qui lui avait une conception saine du ministère pétrinien), le pontificat autoritaire de François est l’aboutissement du processus de remplacement d’une communion fondée sur la foi et d’une autorité au service de la Tradition par le « Führerprinzip » pontifical moderne.
Le synodalisme actuel, contrairement à ce que disent les synodalistes eux-mêmes, s’oppose à Vatican II sur de nombreux points, souvent essentiels, comme cela a été rappelé à plusieurs reprises sur ce forum.
Parler « d’Eglise romaine » pour désigner toute l’Eglise catholique, comme c’était courant dans le langage ecclésiastique pré Vatican II, est déjà en soi une dangereuse ambiguïté, qui plus est moderne. Un fidèle catholique habitant Paris n’est pas membre de « l’Eglise romaine ». Il est membre de l’Eglise catholique de Paris dont l’évêque est en communion avec l’évêque de Rome (et accessoirement placé sous sa juridiction, à ne pas confondre avec le caporalisme, du fait du principe de subsidiarité). L’Eglise romaine c’est l’Eglise du diocèse de Rome, point. Selon l’ecclésiologie traditionnelle l’Eglise catholique est une communion dans la foi et la charité d’Eglises locales en communion avec l’Eglise de Rome. Elle n’est pas un système pyramidal de pouvoir, encore moins, comme je l’ai souvent entendu dans le milieu traditionaliste, une « monarchie ».
Quand Pie VII demande à l’ensemble de l’épiscopat français de démissionner au moment du Concordat, on est déjà dans une dérive contraire à la Tradition et dans une forme de proto-absolutisme. Un évêque tient son autorité directement du Christ et non du pape, indépendamment de son mode de désignation. Cette décision avait légitimement choqué à l’époque, d’où le schisme de la Petite Eglise.

( 984228 )
L'Eglise est une monarchie par Meneau (2025-02-16 12:47:21)
[en réponse à 984214]
au sens où le pouvoir n'y est pas exercé par délégation du peuple mais par délégation divine, et où la hiérarchie de l'Eglise est de constitution divine.
Le Pape, Vicaire du Christ, est la tête du collège des évêques et il a, de droit divin, juridiction immédiate et universelle sur toute l'Eglise. Cela n'empêche ni la subsidiarité ni la collégialité mais est le fondement de l'unité de l'Eglise : le collège des évêques doit agit en communion avec le Pape (plutôt que "en communion avec l'Eglise de Rome" si je reprends vos distinctions) et jamais sans lui.
Subsidiarité et collégialité (bien comprises) ont en effet été "confisquées" au profit d'un absolutisme papal et d'une Curie romaine surdimensionnée dans la récente histoire de l'Eglise. Mais on voudrait aujourd'hui faire de l'Eglise une démocratie, où tout un chacun donne son avis sur tout et tranche des questions complexes comme vous le disiez à juste titre dans un autre post. L'Eglise n'est pas et ne peut pas être une démocratie. Ce n'est pas la majorité des fidèles qui décide du contenu du dépôt de la Foi.
Cordialement
Meneau

( 984231 )
Non et non! par Signo (2025-02-16 14:00:12)
[en réponse à 984228]
Non l’Eglise n’est pas une monarchie dont le pape serait le monarque. Du reste vous ne trouverez ce terme pour définir l’Eglise ni dans l’Ecriture, ni dans la Tradition, ni dans le Magistère.
Dans une monarchie le pouvoir n’est pas nécessairement exercé par délégation divine, et toute monarchie n’a pas de constitution divine. On pourrait vous donner des dizaines d’exemples.
Au fond les tradis qui considèrent l’Eglise comme une monarchie sont comme les progressistes : ils ont une compréhension purement humaine, politique et naturaliste de l’Eglise qui est pourtant une réalité surnaturelle et divino-humaine, transcendant les réalités politiques et sociales. Compréhension qui n’a rien à voir avec la Tradition.
L’Eglise au sens propre n’est ni une monarchie, ni une démocratie, ni une oligarchie, ni une dictature, ni quoique ce soit de ce genre. Ce n’est pas parce que l’Eglise n’est pas une démocratie qu’elle est automatiquement une monarchie. Du reste une monarchie peut être démocratique… l’Eglise est l’Eglise, c’est à dire une réalité surnaturelle qui ne peut se définir avec des termes relevant de la politique humaine, si nobles soient-ils (je précise qu’à titre personnel et sur le plan politique je suis royaliste).
D’un point de vue sacramentel le pape est un simple évêque comme celui de Dijon ou de Poitiers.
En tant qu’évêque de Rome et successeur de Pierre il a un rôle spécifique qui consiste à présider à la charité de toutes les Églises, un rôle de gardien de l’unité fondée sur l’orthodoxie de la foi, et un rôle d’arbitre concernant les questions de gouvernance ecclésiale. Pour remplir ces missions bien précises il dispose de prérogatives de droit divin: l’infaillibilité sous les conditions définies par Vatican I et la juridiction universelle. Il ne peut en user que pour les missions propres au ministère pétrinien et non pour assouvir un caprice, imposer sa vision personnelle de l’Eglise, etc. Un concile légitime ne peut jamais se tenir contre le pape mais il n’est pas forcément convoqué par lui et sa présence n’est pas requise pour être légitime. Le collège des évêques réunit en concile a un vrai pouvoir de gouvernement et d’enseignement de la doctrine distinct de celui du pape, sous réserve de rester en communion avec lui.
Les évêques des Églises locales reçoivent leur pouvoir et leur succession apostolique directement du Christ via les apôtres et non du pape. Ils sont les représentants du Christ dans leur Eglise et sont autonomes pour remplir leur mission. Ils ne sont ni les légats ni les préfets ni les gouverneurs de provinces d’un empire dont le pape serait le monarque. Le pape doit tenir compte de l’avis du collège des évêques avant d’exercer les prérogatives doctrinales et gouvernementales qui lui sont propres (ce qui s’est toujours fait, même au XIXe siècle, même sous Pie XII!).

( 984233 )
L'Église comme société visible par Peregrinus (2025-02-16 14:44:58)
[en réponse à 984231]
L'Église comme société visible (je sens que vous allez me dire que le concept vous déplaît) est une monarchie, certes tempérée d'aristocratie. C'est un fait. Que toutes les monarchies ne soient pas de droit divin (ce qui est exact) ne change rien à la question.
Cela ne veut pas dire que cette constitution monarchique de l'Église épuise la réalité de l'Église, qui s'enracine, tout le monde en convient, dans des vérités plus hautes et plus belles ; ce qui ne signifie pas que les vérités d'ordre inférieur n'ont pas d'importance : qui veut faire l'ange fait la bête, c'est particulièrement vrai en ecclésiologie, toute l'histoire de l'Église depuis la Réforme est là pour le prouver.
Peregrinus

( 984236 )
Et comme les monarchies européennes par Ptitlu (2025-02-16 15:38:12)
[en réponse à 984233]
Elle est en pleine décadence morale, spirituelle et financière.
Certains vont sursauter, mais il est temps d'instaurer la République.

( 984239 )
Cela existe déjà par Luc de Montalte (2025-02-16 16:48:40)
[en réponse à 984236]
Chez les protestants, et c'est bien pire (abstraction faite de leurs diverses hérésies fondatrices).

( 984263 )
Non non, vous confondez par Ptitlu (2025-02-17 02:58:04)
[en réponse à 984239]
Les protestants et l'islam, c'est l'anarchie.
Ou l'ochlochratie (ὀχλοκρατία) à la rigueur.

( 984282 )
de fait cher Peregrinus par Luc Perrin (2025-02-17 11:28:41)
[en réponse à 984233]
de plus ce qui a été oublié en gros, pour filer la comparaison, "les lois fondamentales du royaume" dans la monarchie française : ici le dépôt sacré de la foi que le Pontife ne peut ni ignorer ni modifier en théorie.
Voilà une limite - rappelée par Benoît XVI en 2005 dans on homélie à Saint-Jean de Latran à lire, relire et méditer il récuse la notion de monarque absolu pour le Pontife romain - qui est autrement plus contraignante (en principe) que n'importe quelle constitution moderne qu'un Conseil constitutionnel ou une Cour suprême ou une CEDH peuvent tordre à loisir.
Un point sujet à débat brûlant depuis 2013.
La référence scripturaire est évidente, cher Signo, le pouvoir conféré à Pierre par le Christ lui-même. Il y a bien des ouvrages historiques notamment par Mgr Roland Minnerath sur le déploiement du ministère pétrinien au cours des âges et très vite dans les premiers siècles.
Ce n'est pas ma période de compétence, je renvoie à ces ouvrages.
Autrement je ne suis pas opposé en tout à la vision de Signo, qui reprend la thèse ecclésiologique du cardinal Kasper que Jean Paul II et l'alors cardinal Ratzinger ne partageaient pas du tout cf. le débat public qui a opposé les deux cardinaux à ce moment vers 2002, mais avec les critiques ratzinguériennes justement :
- gare à faire de l'Église catholique une sorte de Volapük onusien où Rome est un lieu de concertation mais où tout se décide au niveau de l'évêque diocésain in fine aggravant la cacophonie actuelle
- gare à la dissolution complète de la foi catholique, c'était le but indirect du cardinal Kasper, en équiparant diocèses catholiques, anglicans, et éparchies orientales puisque "l'Église" serait cette confédération molle de diocèses avec au mieux au sommet un primus inter pares impotent à l'image des rois et reines européens ou du Patriarche de Constantinople, titre prestigieux toujours mais sans grand pouvoir effectif de juridiction.
Il y a sûrement un excès dans le caractère pris par le ministère pétrinien que le synodalisme en peau de lapin actuel n'a en rien corrigé. Là dessus je donne quitus à la critique de Signo. Étant entendu que la mondialisation et les techniques de communication instantanées ont profondément modifié ce que les Pères de Vatican I et Vatican II avaient imaginé.
La mise entre parenthèses du dépôt de la foi via le "tout est pastoral donc modifiable à ma guise" qui résume à gros traits l'ecclésiologie dominante romaine n'avait pas été pensée non plus lors des conciles de Trente, Vatican I et Vatican II.
Il ne faudrait pas pour autant sombrer dans l'excès inverse qu'incarne le protestantisme - un baptisé = une Église possiblement - ou la fragmentation de l'ecclésiologie orientale où dominent les Églises locales.

( 984284 )
Réponse par Signo (2025-02-17 12:04:00)
[en réponse à 984282]
En aucun cas l’Ecriture ne valide la thèse selon laquelle le pape serait un monarque et donc l’Eglise une monarchie. Comme je l’avais déjà rappelé dans ma critique de l’attaque de l’abbé Billecocq contre Lumen Gentium, il ne faut pas oublier que le pouvoir de lier et de délier que le Christ a donné à Pierre individuellement (Matthieu 16, 19), il l'a aussi donné à l'ensemble des apôtres (Matthieu 18, 18). Il ne faut pas oublier non plus que l'Eglise a toujours reconnu au collège épiscopal en général, et en particulier lorsqu'ils sont réunis en concile œcuménique, une autorité doctrinale et même dogmatique indéniable, comme en témoigne le concile de Nicée (dont nous chantons le Credo tous les dimanches à la messe!), concile d’une importance capitale où le pape n’était même pas physiquement présent !
Je n’adhère certainement pas à la thèse de Kasper précisément en ce sens que 1) un évêque seul n’a pas de pouvoir de définition doctrinale, à l’inverse du pape, ce que je reconnais et que 2) je fais une nette distinction entre Églises ayant la succession apostolique (ce qui inclut les Églises orientales séparées mais ce qui exclut les anglicans) et les communautés ecclésiales (protestants). Distinction que fait Dominus Iesus mais qui est rarement faite dans la pratique.
A noter la désastreuse tendance à mettre toutes les confessions non catholiques dans le même sac, pour les rejeter en bloc (anti œcuménisme primaire sauce FSSPX) ou pour les accepter en bloc sans nuances (l’œcuménisme progressiste d’Alice au pays des merveilles). Un « évêque »anglican ne devrait pas être autorisé à co-présider en habit liturgique une célébration catholique (comme les vêpres par exemple) dans une église catholique, car l’admettre en tenue liturgique d’évêque c’est implicitement reconnaître son état d’évêque, ce qui est contraire à la décision de Léon XIII et à Dominus Iesus, en revanche c’est possible pour un évêque orthodoxe, copte, etc, pour les vêpres mais pas pour l’Eucharistie évidemment. Une fois de plus il est intéressant de constater la proximité entre le « tout blanc » progressiste et le « tout noir » intégriste, ce qui m’amène a dire que finalement, le progressisme n’est que la chaussette intégriste retournée…
Même dans un modèle très décentralisé de l’organisation ecclésiale le Siège de Rome conservera un rôle régulateur d’arbitre et de référence, comme c’était le cas avant la réforme grégorienne. Ce n’est pas parce qu’on desserre l’étau ultramontain que c’est forcément le chaos dans l’Eglise.
Même si je pense que François est en train de saper l’autorité de l’évêque de Rome à un point tel qu’effectivement il est possible que nous allions vers le chaos. Personnellement ce qui m’intéresse c’est qu’en France nous ayons les mains libres pour se redresser spirituellement et culturellement, le reste ne dépend pas de nous donc en bon stoïcien je m’en désintéresse.

( 984238 )
Il y a l'Eglise et il y a l'Etat de Vatican et le St Siège par Jean-Paul PARFU (2025-02-16 16:30:35)
[en réponse à 984231]
Quand on parle du Pape et de la nature de ses pouvoirs, il faut prendre en compte l'Eglise d'un côté et le St Siège et l'Etat de Vatican de l'autre.
1) Le Saint-Siège ou Siège apostolique est une personne morale représentant le pape et la curie romaine. C'est un sujet de droit international qui entretient des relations diplomatiques avec les États et qui est membre d'organisations internationales ou y est représenté.
Le Vatican ou État de la Cité du Vatican est un micro-État européen. Il s'agit du support territorial du Saint-Siège enclavé dans la ville de Rome, capitale de l'Italie.
Le Vatican se compose donc de deux entités juridiques distinctes : le Saint-Siège et l'État de la Cité du Vatican. Le lien entre ces deux entités est le Pape, chef spirituel et temporel, disposant du pouvoir absolu : exécutif, législatif et judiciaire.
2) L'Église catholique, ou Église catholique romaine, est l'institution rassemblant l'ensemble des catholiques, c'est-à-dire tous les chrétiens en communion avec le Pape et les évêques. Elle est aussi une institution et un clergé organisés de façon hiérarchique.
Conclusion :
Si le mot de "monarchie" vient du grec "mono" qui signifie "pouvoir d'un seul", il existe différents types de monarchies, selon le mode de désignation, le degré d'autorité du monarque, la forme de succession, ou la relation du monarque avec les autres institutions qui composent le pouvoir d'un Etat.
Ainsi, si toute autorité vient de Dieu, le peuple, ou telle ou telle institution, peut désigner celui qui porte l'autorité.
Le souverain pontife (Summus Pontifex), élu par le collège des cardinaux, lors du Conclave des cardinaux éclairés par la volonté divine pour donner un successeur aux successeurs de l'apôtre Pierre, est forcément de droit divin, puisque la papauté a été instituée par le Christ lui-même.
En tout état de cause, il ne faut pas confondre monarchie et tyrannie. L'Eglise, on parle ici au sens le plus large de l'Eglise militante, est donc une monarchie tempérée de pouvoir aristocratique et populaire.

( 984246 )
Ici il est question de l’Eglise… par Signo (2025-02-16 17:25:11)
[en réponse à 984238]
… et non pas de l’Etat du Vatican. Le pape est monarque concernant ce dernier mais c’est là tout autre chose et d’ailleurs un catholique n’est pas nécessairement et automatiquement citoyen de l’Etat du Vatican.
On notera d’abord que les défenseurs de l’idée selon laquelle l’Eglise serait une monarchie sont incapables de citer l’Ecriture, la Tradition et même le magistère pour appuyer leur thèse. C’est révélateur et cela montre qu’il faut bien distinguer certaines conceptions ambiguës voire contestables qui sont parfois absolutisées dans les milieux traditionalistes alors qu’elles n’ont aucun fondement dans la foi catholique.
Ensuite je suis étonné que mes contradicteurs lorsqu’il s’agit de définir l’Eglise la définissent spontanément en termes politiques. Comment ne pas y voir, une fois de plus, que sous l’influence de conceptions tardives, viciées, non traditionnelles, l’Eglise se réduit selon eux à un système de pouvoir, envisagé uniquement sur un plan naturaliste? Concernant l’Eglise je peux à la rigueur admettre que la notion de monarchie tempérée par… etc puisse servir de comparaison très très vague et très lointaine concernant la manière dont est gouvernée l’Eglise, mais affirmer péremptoirement que « l’Eglise EST une monarchie » est une affirmation factuellement fausse. Le baptême ne fait pas de moi d’abord un sujet du pape (c’est pourtant presque ce qui était affirmé à la fin du XIXe siècle et jusque sous Pie XII où l’on définissait le fait d’être catholique comme ayant d’abord la caractéristique d’être soumis au pape; avoir la foi catholique et le lien avec l’évêque local étaient passés à la trappe, sans doute considérés comme des caractéristiques accessoires et secondaires… on voit aujourd’hui où cela nous a mené).
Ce qui est intéressant c’est que les mêmes contradicteurs fustigent pour définir l’Eglise les expressions de « communauté des disciples du Seigneur » ou encore « Peuple de Dieu », qui sont pourtant nettement plus adaptées pour définir l’Eglise! Car effectivement le baptême fait de nous des disciples du Christ et des membres du peuple des rachetés, et non pas d’abord des sujets du pape.
Allons plus loin. On oublie que dans une monarchie, toute autorité est une délégation de celle du monarque. Un préfet, un juge, exercent leurs fonctions au nom du Roi, de l’Empereur, etc. Dans le Royaume de France, le Roi du fait du sacre était ontologiquement supérieur à tous les autres princes, aristocrates, magistrats, etc. du royaume.
Mais dans l’Eglise catholique, les choses sont bien différentes. Le pape est d’abord un évêque « primus inter pares », égal d’un point de vue sacramentel avec tous les autres évêques. On en a la preuve en lisant les formules de politesse traditionnellement utilisées dans les encycliques : le pape s’adresse aux autres évêques comme un égal (« Chers frères dans l’épiscopat ») et non pas comme à des sujets. De même que Pierre était apôtre comme les autres apôtres du collège choisit par le Christ qu’il ne fait que présider, parlant au nom de tous. Cette vision pyramidale d’un pape régnant en maître absolu sur toute l’Eglise comme si les autres évêques n’étaient que des fonctionnaires interchangeables et révocables, puisque ontologiquement inférieurs, est précisément la conception héritée du XIXe siècle -contraire à la Tradition- qui est insidieusement en train de triompher, malgré la tentative de Vatican II de redonner de la consistance à l’épiscopat…
Si l’on veut absolument comparer le fonctionnement de l’Eglise à une réalité politique, il faudrait plutôt comparer le pape au président de l’Assemblée nationale: député comme tous les autres, membre du collège, mais étant chargé du fait du Siège qu’il occupe d’une mission spécifique d’arbitre en matière doctrinale et disciplinaire. C’est sans doute moins sexy que les ors d’une cour monarchique mais beaucoup plus proche de la nature réelle du ministère pétrinien!

( 984264 )
Une confusion tellement répandue... par Candidus (2025-02-17 03:59:10)
[en réponse à 984238]
On entend tout le temps parler du "Vatican", et 9 fois sur 10 le mot est utilisé pour désigner le Saint-Siège !
Même des prêtres commettent cette erreur.
On ne le soulignera jamais assez, avant 1929, le Vatican N'EXISTAIT PAS, ou plutôt c'était une simple colline romaine, alors que le Saint-Siège existe depuis que l'Église catholique existe !

( 984243 )
Une expression qui vaut ce qu’elle vaut par Athanase (2025-02-16 17:18:05)
[en réponse à 984231]
Don Fortescue qui avait écrit sur les débuts de la papauté avait employé une formule qui vaut ce qu’elle vaut: elle reste analogique, mais elle est intéressante. Il parlait de monarque constitutionnel pour dire que la fonction pontificale était insérée dans un certain nombre de conditions auxquelles le pape ne peut se soustraire. Le pape comme tout être humain doit se sanctifier. Il est lié à la foi et à la doctrine de l’Église. Fortescue citait l’exemple du pape qui peut nommer (mal les nommer aussi) des évêques, modifier la carte ecclésiastique (sans que ce soit bien-fondé), mais il ne peut remettre en cause le sacrement de l’ordre. Il peut même mal exercer son office ou ne pas vraiment l’exercer. La difficulté est que nos temps modernes se focalisent beaucoup sur la personne, sur l’ego du pontife, en oubliant aussi sa fonction.
Enfin, comme vous, je suis d’accord pour rappeler que la papauté n’est pas ce que l’on pourrait appeler un degré supplémentaire du sacrement de l’ordre. Le pape est un évêque. Et c’est aussi un prêtre qui peut absoudre ou consacrer le pain et le vin qui deviendront le corps et le sang du Christ. Mais le pape ne consacre pas mieux que n’importe quel prêtre ou évêque.
Concernant le concile, un pape peut ne pas en convoquer ou ne pas y être présent. Mais peut-être faut-il souligner que le Siège Romain doit à tout le moins l’approuver pour lui donner un plein effet, fût-ce de manière implicite.

( 984201 )
Sur le mandat pontifical par Jean-Paul PARFU (2025-02-15 09:37:17)
[en réponse à 984191]

( 984255 )
Jurisprudence ? par Signo (2025-02-16 20:18:49)
[en réponse à 984201]
Si la FSSPX procède au sacre sans mandat, mais que Rome décrète qu’il n’y a pas excommunication, alors cela signifiera que nous entrons dans une nouvelle ère, et que c’est le début de la fin du système catholiciste moderne dont l’obligation du mandat est l’un des marqueurs.
Car cela signifiera que l’on peut sacrer légitimement sans mandat pontifical donc sans autorisation explicite mais avec consentement tacite et implicite du pape. Ce qui ne sera rien d’autre qu’un retour au régime ecclésial du premier millénaire.
Ce serait donc une bonne nouvelle..

( 984265 )
Wishful thinking ? par Candidus (2025-02-17 04:30:10)
[en réponse à 984255]
Cela a été ma première réaction à l'évocation de ce scénario (pas de mandat pontifical mais dispense de peine) ; j'ai considéré que cela contribuerait à fortifier la perception de l'identité catholique de la FSSPX. Après réflexion, je n'analyse plus les choses ainsi, même si pour beaucoup de fidèles peu versés dans les subtilités théologiques et canoniques, ce sera l'effet obtenu, et c'est tant mieux.
Dans un tel scénario, je pense plutôt que la situation de la FSSPX restera inchangée par rapport à ce qu'elle est actuellement. L'excommunication est une peine médicinale. Le pape, comme n'importe quel évêque, peut juger face à un délit commis par une personne particulière, que cette peine médicinale n'est pas adaptée pour conduire cette personne à la repentance, et il peut donc l'en dispenser. Ce n'est rien de plus qu'un jugement prudentiel qui n'indique pas qu'une législation est devenue caduque.
Cela ne signifie ni que le délit n'a pas existé, ni que l'auteur du délit n'a pas commis une action matériellement voire formellement peccamineuse.
C'est un peu comme un père de famille qui, face à l'insolence d'un adolescent, peut estimer qu'une gifle n'est pas le meilleur moyen de le corriger. Cela ne justifie ni n'excuse pour autant l'insolence du gaillard.

( 984268 )
Oui mais… par Signo (2025-02-17 08:43:01)
[en réponse à 984265]
… ce qui importe essentiellement, c’est d’éviter la situation de schisme. Une situation créée par une excommunication.
Comme cela a été rappelé, l’obligation du mandat n’est pas de droit divin et n’a pas toujours existé. C’est une obligation liée à une certaine période de l’histoire de l’Eglise.
Par ailleurs il me semble (je ne suis pas juriste…) qu’en droit certaines règles lorsqu’elles ne sont plus appliquées sur une certaine période peuvent tomber en désuétude.
Si un délit est commis mais qu’aucune peine n’est appliquée, est ce vraiment encore un délit?
François étant un pragmatique, il peut comprendre que la FSSPX pour continuer à exister a besoin d’évêques. D’où l’absence possible de sanction suite aux futurs sacres. En apparence, statu quo, mais en réalité, c’est une situation nouvelle: on peut sacrer sans être excommunié. François ne peut pas donner le mandat (car cela équivaudrait à une régularisation presque totale de la FSSPX, qui plus est sans contrepartie) mais un consentement tacite, même s’il y a maintien dans la situation actuelle « d’apesanteur » canonique (problème en réalité très secondaire) signifie un maintien de la FSSPX dans la communion de l’Eglise universelle. Finalement, pour vivre et recevoir les sacrements, nous ne demandons pas plus…

( 984269 )
"Pas de mandat pontifical mais dispense de peine." par Athanasios D. (2025-02-17 08:57:58)
[en réponse à 984265]
Comme chez les schismatiques orientaux? Cela en dira long sur la situation ecclésiologique de la FSPX si ça arrive.
Ath

( 984270 )
A ceci près… par Signo (2025-02-17 09:04:09)
[en réponse à 984269]
… qu’il n’y a pas (sauf cas rarissimes) possibilité de recevoir les sacrements chez les orthodoxes, alors que cette possibilité est officiellement reconnue pour la FSSPX.

( 984272 )
D' où cette fixation sur la FSSPX ? par AVV-VVK (2025-02-17 09:55:36)
[en réponse à 984270]
Qu' elle suive son propre chemin...
La situation des Instituts "ex-E.D." devrait nous plus importer (formation, ordinations, implantations).

( 984274 )
Obligation dominicale satisfaite chez les Orthodoxes ? par Candidus (2025-02-17 10:05:40)
[en réponse à 984270]
Il existe un certain flou sur la question de savoir si l'assistance à la liturgie dans une église orthodoxe satisfait à l'obligation dominicale.
Le Canon 1248 - § 1 stipule : Satisfait au précepte de participer à la Messe, qui assiste à la Messe célébrée selon le rite catholique le jour de fête lui-même ou le soir du jour précédent.
Vous noterez que ce canon indique "selon le rite catholique" et non pas "par un ministre catholique". Or, qui peut nier que le rite de St Jean Chrisostome (par exemple), utilisé par les Orthodoxes, soit un "rite catholique" ?
Par ailleurs, le Directoire Oecuménique de 1967 a explicitement autorisé les catholiques a satisfaire à l'obligation dominicale par l'assistance à la Divine Liturgie dans une église orthodoxe, sans poser aucune limitation.
Néanmoins, le Directoire Oecuménique de 1993, ne mentionne plus cette possibilité.
Le CCEO (Code Canonique des Eglises Orientales) reste muet sur cette question.
On peut conclure que les canonistes divergent sur ce sujet. J'ai constaté en Ukraine et en Roumanie que les Grecs-Catholiques sont très réticents à permettre à leurs fidèles l'assistance à la Divine Liturgie chez les Orthodoxes. On les comprend car pour eux cela pourrait avoir des conséquences existentielles.

( 984275 )
Effectivement… par Signo (2025-02-17 10:33:22)
[en réponse à 984274]
… l’appellation « rite catholique » est étrange. Normalement il me semble qu’il faut assister à un office célébré dans une Eglise catholique, quelque soit le rite.
Ceci dit, si je me trouve dans un pays à dominante orthodoxe, j’assiste à la Divine Liturgie dans une église orthodoxe, sans communier. D’abord parce que le véritable évêque du lieu est souvent orthodoxe, et que la découverte de la tradition liturgique locale fait partie du voyage. Mais aussi parce que souvent, l’église catholique locale, quand il y en a, est souvent une église de diaspora, donc non directement liée à l’histoire chrétienne du lieu.
Il est vrai aussi qu’une messe Paul VI célébrée en russe, en lituanien ou en grec est peu nourrissante spirituellement et est difficile à suivre.
Évidemment il n’en est pas de même dans les pays protestants, où il faut chercher une église catholique.
N’oublions pas que ce qui compte c’est de sanctifier le dimanche (loi divine) et non pas d’abord d’assister au Sacrifice eucharistique (loi ecclésiastique).

( 984286 )
Cette possibilité... par Athanasios D. (2025-02-17 13:08:05)
[en réponse à 984270]
... s'applique d'abord aux fidèles de la FSSPX afin qu'ils reçoivent d'elle des sacrements indubitablement valides en toute licéité.
Cette disposition du pape François, dictée par une solicitude toute paternelle, a été prise pour faciliter la retour de la FSSPX à la pleine communion.
Pour les autres fidèles, ceux-ci doivent toujours privilégier en premier les sacrements conférés par des ministres idoines et en communion avec leurs évêques.
Ath

( 984277 )
ce point a été abondamment discuté - âge limite ou pire mandat temporaire du pape par Luc Perrin (2025-02-17 10:55:13)
[en réponse à 984182]
dans les années post-Vatican II, surtout sous Paul VI avec le projet abandonné de Lex fundamentalis - une constitution pour le coup comme dit Signo vraiment copiée du politique depuis 1789 -, puis avec la maladie et la vieillesse difficile de Jean Paul II enfin à l'occasion de la résignation surprise de Benoît XVI.
Les néo-jésuites ont forgé une pratique pour leur préposé général élu à vie qui démissionne à un moment de son choix avant d'être malade ou affaibli. Sans rien toucher aux constitutions et au généralat à vie qui demeure de jure mais a disparu de facto.
Ainsi Kolvenbach a vécu 8 ans après sa démission et Adolfo Nicola 4 ans.
Un mandat fixe de 6 ou 8 ou 10 ans poserait bien des problèmes, à mon avis quand on y réfléchit un tantinet. La tentation de "spoil system" serait accrue : vite vite mettons nos clients et affidés partout selon le "népotisme" en vogue au XV-XVI et partie XVIIe avec les pouvoirs bien plus vastes du Pontife romain aujourd'hui qui ne sont pratiquement plus limités par ... les pouvoirs temporels - Signo les oublie mais il est juste un cas typique en cette matière.
Un Alexandre VI Borgia, canaille s'il en fut toute Sa Sainteté qu'il était, n'avait de limite à son pouvoir que les états d'Italie et le roi de France ou le saint empereur romain germanique susceptible de lui créer bien des ennuis matériels ; les concordats et multiples coutumes - ainsi de l'élection des évêques par les chapitres de chanoines sur liste - dont certaines subsistent ça et là constituaient une sérieuse limite aussi.
Le mandat fixe encouragerait les pratiques en vogue aux temps modernes de l'ingérence et des lobbies ou plus récemment des "mafias de Saint-Gall" intriguant en amont de l'élection. On sait que des conciliabules se sont tenus pendant le pontificat de saint Pie X en vue de sa succession. Il est évident que quand la date du changement de pape est connue à l'avance comme les manifestations de l'horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg ... les convoitises les plus malsaines se déploient plus encore que de nos jours.
Enfin il y aurait ce qu'on nomme aux Ètats-Unis le "lame duck", un canard boiteux, pour un président en fin de second mandat qui ne peut se représenter et perd de ce fait une part de son autorité sur son propre camp. Les "chemins synodaux" à l'allemande pourraient "fleurir" ou toutes les fantaisies locales.
Sans oublier la multiplication des "évêques/papes émérites" à terme : tout le monde n'est pas saint Célestin V ou Benoît XVI. Le risque de multiplication des obédiences à la façon du Grand schisme d'Occident serait grand.
Un âge de résignation fixe aurait tous les effets ci-dessus de même.
Bref une fausse bonne idée. Sans aucun fondement scripturaire ni dans la Tradition comme les âges de 75 et 80 ans par ailleurs.