Merci pour ces sources !
Quelques remarques :
Je ne connais pas les écrits de Mgr Delassus, mais je note que son renvoi à la notice dans la revue
Annales du Mont Saint-Michel, tel que cité dans le lien de Chicoutimi (
ICI), ne correspond pas totalement à votre trouvaille
ICI.
On y lit :
Il lui aurait été ainsi recommandé de prescrire les prières et l'exorcisme qui sont récités après toutes les messes basses.
C'est faux. La courte prière à l'Archange, plutôt une invocation, les
Annales le précisent correctement, n'est pas un exorcisme ; l'exorcisme, lui, existe, on en a parlé (
ICI), mais il n'a jamais été prescrit ni récité à la fin de la Messe.
On confond les deux. C'est un peu n'importe quoi. On voit bien l'emprise de la légende urbaine, s'accroissant, Candidus l'a relevé, avec maint détail toujours plus terrifiant, qui veut lier cet exorcisme (et la prière après la messe) à une prétendue vision du Pape, et qui aurait trait au futur.
Si le Pape a eu une vision ou pas (c'est bien entendu possible), n'est pas du tout pertinent, cela relève de son for interne, même si un Mgr T. a cru bon en parler. Cela ne nous concerne pas, comme toute vision ou révélation privée concerne d'abord, et souvent seulement, le visionnaire et son confesseur. D'ailleurs le droit de l'Église interdit (can. 1399-5°) d'en faire état et de le colporter avant qu'elle ne s'en soit prononcée. Ce qu'elle n'a bien sûr pas fait dans ce cas, que je crois absolument imaginaire.
Ce qu'il faut retenir, c'est que ni l'invocation à Saint Michel à la fin de la Messe, qui s'inscrit dans une série de prières existantes et très circonstantielles depuis le pape Pie IX, rappelons-le encore une fois, ni l'exorcisme, composé vers la fin du XIXe siècle, et remanié plusieurs fois par ordre de la Congrégation des Rites, ne concerne le futur, ou une future crise qui engloberait le monde et l'Église.
Ces prières après la Messe tirent leur origine de la spoliation par la malheureuse maison de Savoie des États Pontificaux et rien d'autre. Il fallait attendre l'an 1929, pourque le pape Pie XI en changeât l'intention (
pro Russia), encore valable aujourd'hui.
L'exorcisme sur Rome, lui, a les mêmes motifs et origines, il se dirige contre les spoliateurs de l'Église, et l'on voit bien qu'à la fin du pontificat de Léon XIII, lorsque les premiers pourparlers (discrets) se firent avec les Piémontais, son énoncé fut quelque part "édulcoré", pour des raisons diplomatiques évidemment.
Par ailleurs le cas de cette interprétation légendaire des origines de la prière à Saint Michel, typique, comme d'autres, paraît révéler une certaine nécessité psychologique, assez pénible à constater, que paraissent éprouver beaucoup de "tradis", notamment d'étayer leur appréciation de la situation dans l'Église et le monde avec quelque chose de "surnaturel", de préférence d'abord "secret" (mais par trop longtemps), comme pour la corroborer.
Or, c'est beaucoup plus simple que ça : notre position théologique, de "tradi" ou semblable, est ou bien vrai ou bien fausse, le cas échéant, mais
en théologie, sans qu'une prétendue "apparition", "vision" ou "révélation privée" ou un prétendu "secret" soit en mesure de la confirmer ou infirmer.