Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 876689 )Une question au sujet du Notre Père... par Lucas (2019-10-12 15:57:03) 

Bonjour à tous,
J'ai une question à vous poser , chers liseurs , au sujet du passage en latin du ''Notre Père''. Comment traduire le passage: ''et ne nos inducas in tentationem''? Par : ne nous induis pas en tentation , ou bien , ne nous laisse pas être induis en tentation ?
Il me semble que Dieu ne peut nous induire en tentation...
Mais j'interprète peut être mal cette proposition.
Merci!
Lucas.
images/icones/fleur.gif  ( 876691 )Réponse de Pierre Lebrun, oratorien ; par Gaspard (2019-10-12 16:13:18) 
[en réponse à 876689]

ici
images/icones/1a.gif  ( 876692 )Merci Gaspard. par Lucas (2019-10-12 16:21:02) 
[en réponse à 876691]

Donc, la traduction littérale , est bien : ''ne nous induis pas en tentation '', dans le sens que Dieu le permet pour nous éprouver.
La nouvelle traduction française: ''Ne nous laisse pas entrer en tentation'' , est donc très bonne.
Merci encore!
Lucas.
images/icones/neutre.gif  ( 876698 )Pierre Lebrun dixit : par Gaspard (2019-10-12 16:45:54) 
[en réponse à 876692]


Nous demandons donc que Dieu ne nous abandonne pas, & ne nous laisse pas succomber à la tentation.



La conclusion me paraît plutôt être, en suivant Pierre Lebrun et la traduction traditionnelle, qu'une bonne traduction est celle des missels de 1962 :
Et ne nous laissez pas succomber à la tentation

Il me semble que ce n'est pas la "traduction littérale" qu'il faut chercher, mais la traduction juste. Comme cette question ne date pas d'aujourd'hui, la traduction traditionnelle paraît s'imposer !

Bonne journée
images/icones/fleur.gif  ( 876703 )[réponse] par Quodvultdeus (2019-10-12 18:57:31) 
[en réponse à 876689]

Grammaticalement parlant, la phrase ne nos inducas in tentationem ne pose pas de problème. On pourrait traduire ainsi : ne nous induis pas dans la tentation (dans la tentation plutôt que en tentation).
Mais est-ce bien ce que Jésus a voulu dire ? Il semble que non...
Si, dans la traduction ci-dessus, on remplace le verbe in(tro)duire par l’expression synonyme faire entrer, on devra se poser la question suivante : doit-on faire porter la négation sur faire ou sur entrer ?
Autrement dit, faudra-t-il comprendre :
ne nous fais pas entrer dans la tentation
ou bien
 fais que nous n’entrions pas dans la tentation ?

Il est intéressant de noter que saint Augustin s’étonnait déjà, vers la fin du IVe siècle, de la traduction latine de la sixième demande du Pater. Voici ce qu’il écrivait dans son commentaire du Sermon sur la Montagne (livre II, 9. 30) :

Sexta petitio est: Et ne nos inferas in tentationem. Nonnulli codices habent inducas, quod tantundem valere arbitror; nam ex uno græco quod dictum est εἰσενέγκῃς utrumque translatum est. Multi autem in precando ita dicunt: Ne nos patiaris induci in tentationem, exponentes videlicet, quomodo dictum sit inducas. Non enim per se ipsum inducit Deus, sed induci patitur eum quem suo auxilio deseruerit ordine occultissimo ac meritis. Causis etiam sæpe manifestis dignum iudicat ille quem deserat et in tentationem induci sinat. Aliud est autem induci in tentationem aliud tentari.


En français :

La sixième demande est : Et ne nous emporte pas dans la tentation. Quelques ‘codex’ ont induis, ce qui, je pense, veut dire la même chose : car l'un et l'autre sont traduits du mot grec εἰσενέγκῃς. Beaucoup disent, en priant : Ne souffre pas que nous soyons induits dans la tentation, afin de mieux expliquer le sens de l’expression induis. Car Dieu par lui-même n'induit point dans la tentation, mais souffre qu’y soit induit celui à qui il a retiré son secours par un secret dessein et par punition. Souvent même c'est pour des causes manifestes que Dieu le juge digne de cet abandon et le laisse être induit dans la tentation. Mais autre chose est d’être induit dans la tentation, autre chose d'être tenté.


Dans ce texte très éclairant de saint Augustin, l’expression induci in tentationem = être in(tro)duit dans la tentation signifie y tomber, y succomber.

Cette sixième demande du Notre Père a donc toujours posé problème, même dans sa version latine.
La nouvelle traduction liturgique française est meilleure que la précédente, certes, mais est loin d'être parfaite. Il aurait été préférable de dire dans la tentation plutôt que en tentation.
Je n'imagine pas quelqu'un dire en confession : Je suis entré en tentation. Alors qu'on peut parfaitement imaginer la formulation suivante : J'ai succombé à la tentation.
images/icones/hum2.gif  ( 876709 )Déjà signalé par AVV-VVK (2019-10-12 20:27:52) 
[en réponse à 876703]

Dans la traduction commune en néérlandais le mot "bekoring"= "tentation" fut remplacé par "beproeving"= "épreuve"


C'est une épreuve de réciter ce mot "épreuve".
images/icones/neutre.gif  ( 876711 )Un élément de réponse parmi d'autre par Candidus (2019-10-12 20:50:10) 
[en réponse à 876689]

En vieil-anglais (c'est-à-dire en anglo-saxon ou northumbrien), la plus ancienne traduction du Notre Père date des alentours de l'année 650.

Le passage contesté est ainsi rendu :

and ne gelæd þu us on costnunge

Ce qui, traduit littéralement en anglais contemporain, donnerait :

and not lead thou us into temptation

C'est-à-dire :

ET NE NOUS CONDUIS PAS DANS LA TENTATION, pas vraiment différent donc de "ne nous soumets pas à la tentation".

Depuis presque 1400 ans, les anglo-saxons traduisent cette demande ainsi, et je peux vous dire que les tradis de cette aire linguistique, ne comprennent absolument rien à ce marronnier francophone.

De même que les Italiens, qui appartiennent à la nation qui a donné le plus de saints à l'Eglise, et qui depuis des siècles demandent à Dieu : "E non ci indurre in tentazione", "et ne nous induis pas en tentation".

Alors maintenant je sais, bien sûr, que nous les Français sommes plus malins que les autres ; que notre glose (j'insiste, GLOSE, parce que ce n'est pas une traduction) "et ne nous laissez pas succomber à la tentation" est infiniment supérieure aux traductions littérales de ces crétins d'Anglais et d'Italiens, mais enfin, je pense qu'il n'était pas inutile de faire ce rappel.
images/icones/fleche2.gif  ( 876746 )Déjà répondu mille fois sur ce forum par Luc de Montalte (2019-10-13 18:51:35) 
[en réponse à 876711]

Eux traduisent littéralement ce qui est tout à fait acceptable bien évidemment. En revanche, traduire par soumettre, ce n'est pas une traduction "pas vraiment différente", c'est tout simplement un contre-sens.

Tout est expliqué dans l'extrait du P. Lebrun quicite St Augustin.

Voir ce message aussi.
images/icones/neutre.gif  ( 876795 )J'ai du mal à voir une différence substantielle par Candidus (2019-10-13 23:26:23) 
[en réponse à 876746]

"Conduire quelqu'un dans la tentation", "induire quelqu'un en tentation" et "soumettre quelqu'un à la tentation", cela vous paraît si différent que ça ?

En latin, "inducere", c'est "introduire", "amener à", "faire entrer".

Chaque fois on retrouve l'idée d'une mise en présence, d'un mouvement vers la réalité négative de la tentation. Considérée littéralement, cette traduction n'est pas plus fausse que celles de l'anglais et de l'italien.
images/icones/livre.gif  ( 876802 )Tout simplement par Luc de Montalte (2019-10-14 08:33:02) 
[en réponse à 876795]

Inducere signifie littéralement conduire. Voyez le gaffiot sur ce site.
images/icones/neutre.gif  ( 876804 )Littéralité versus glose par Candidus (2019-10-14 08:59:03) 
[en réponse à 876802]

Si je "soumets" quelqu'un à une épreuve, je le "CONDUIS" à se confronter à elle, non ?

Le problème que pose la 6ème demande du Pater n'est pas tant théologique que linguistique. St Jérôme a fait le choix dans sa traduction de privilégier la littéralité, quelquefois au détriment de la clarté, et cela donne lieu à des expressions susceptibles d'une interprétation hétérodoxe. Néanmoins, l'Eglise a "canonisé" la traduction de St Jérôme.

Les Italiens et les Anglais ont fait le choix de suivre la vulgate dans sa littéralité.

Les Français ont fait un choix différent. Cela apparaît très clairement dans la glose "pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés". Les traditionalistes hispanophones ont crié à la trahison lorsqu'il a été décidé de substituer "remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs" par la glose que nous utilisons en français.

Bref, littéralité ou glose, c'est un choix qui se discute mais qui ne mérite pas les anathèmes lancés par les uns et par les autres.
images/icones/hum2.gif  ( 876826 )Non. par Luc de Montalte (2019-10-14 17:45:31) 
[en réponse à 876804]

Vous ne m'avez pas compris : inducere se traduit (premier sens du gaffiot) par conduire dans.

On peut traduire littéralement, mais alors cela doit transparaître : si on choisit un autre mot (soumettre) eh bien ce n'est plus littéral. Dès lors c'est une mauvaise traduction.
images/icones/1a.gif  ( 876832 )Gaffiot est-il une référence pour le latin ecclésial ? par Glycéra (2019-10-14 19:24:21) 
[en réponse à 876826]



En allant sur le site plus bas indiqué : Collatinus, on trouve d'autres dictionnaires. Je n'y vois d'ailleurs pas le Goelzer, ni d'autres dont j'ai oublié les noms.

Tous donnent différentes acceptions à Induco, jusqu'à l'idée d'enfiler un vêtement. Il n'y a pas de traduction univoque claire.

J'aime bien la référence à un hébraïsme pour éclairer le pot aux roses.


L'idée que Dieu nous force à craquer est choquante.
Celle que Dieu nous met en présence d'une épreuve est paternelle.

Une épreuve est une occasion de faire ses preuves : avec le bénéfice d' augmenter la connaissance de ses capacités, de savoir comment les faire fructifier, et en même temps de se débarrasser de ce qui nous encombre.

images/icones/1a.gif  ( 876836 )Non, « sens littéral » par Luc de Montalte (2019-10-14 21:27:03) 
[en réponse à 876832]

Conduire dans c’est le sens littéral de inducere.

In-ducere : ducere in

Donc traduction littérale = conduire dans, induire (utilisée dans un certain nombre de traductions étrangères comme celle qui étonne Candidus).

En revanche, soumettre n’est pas une traduction littérale : c’est une traduction tout court (donc interprétation) qui donne lieu à un contre-sens dans le contexte précis du Notre-Père (cf. le texte du P. Lebrun qui cite rien moins que Saint Augustin) : donc une mauvaise traduction.

En fait, c’est peut-être le terme « traduction littérale » qui vous pose problème ?
images/icones/neutre.gif  ( 876798 )Autorité de la vulgate par Candidus (2019-10-14 01:20:39) 
[en réponse à 876746]

C'est la vulgate qui traduit la 6ème demande du Pater par "et ne nos inducas in tentationem", rendues ainsi en français par Fillon :"et ne nous induisez pas en tentation". Cette traduction du latin est inattaquable.

La vulgate a toujours été louée pour son littéralisme ; l'Eglise l'a déclarée comme devant "être tenue pour authentique dans les leçons publiques, les discussions, les prédications et les explications, et que personne ne doit avoir l’audace ou la présomption de rejeter, sous n’importe quel prétexte." (Décret du Concile de Trente sur l'édition de la vulgate et l'interprétation de l'écriture)

Ce passage de la vulgate, repris tel quel par la liturgie romaine dès ses origines, ne peut-il pas être traduit littéralement en français comme St Jérome l'a lui-même traduit en latin ? Quitte à expliquer le sens de ces paroles comme l'ont toujours fait les anglophones et les italianophones. A mon avis, ça peut se défendre et ça ne mérite pas les interminables polémiques à laquelle cette traduction a donné lieu.
images/icones/neutre.gif  ( 876807 )Daoudal parle d'un hébraïsme par Regnum Galliae (2019-10-14 09:50:38) 
[en réponse à 876689]

"ne nous induisez pas en tentation" serait alors à comprendre comme "ne permettez pas que nous soyons induits en tentation"
ici


Et voici la fin du Pater :
kai mi issénènguis imas is pirasmone,
alla rhissai imas apo tou ponirou.
Les sonorités de la première proposition, kai mi issénènguis imas is pirasmone, renvoient à toutes les parties précédentes de la prière.
Sa signification est devenue l’objet de grandes controverses avec la nouvelle traduction française : Ne nous soumets pas à la tentation.
La traduction latine est une traduction littérale du grec : Et ne nos inducas in tentationem. Inducas, comme issénènguis, cela veut dire incontestablement conduire dans, faire entrer : Ne nous fais pas entrer dans la tentation. De ce point de vue, Ne nous soumets pas à la tentation est donc une traduction correcte.
Et pourtant cette traduction est théologiquement mauvaise, car Dieu n’est pas tentateur, seul le démon peut nous faire entrer dans la tentation.
En fait, on avait eu raison de traduire par une périphrase : Ne nous laissez pas succomber à la tentation.
Pour le coup on a ici un hébraïsme, et un vrai. Et les hébraïsants sont ici précieux. Ils nous expliquent que le verbe grec traduit un verbe araméen à la forme causative. Or le causatif peut avoir un sens factitif fort, faire, faire faire, et un sens permissif, laisser faire, permettre de faire. Ce qui est le cas ici, comme en plusieurs endroits de la Septante. Par exemple dans le psaume 140 qui dit littéralement, de façon très proche de la demande du Pater : N’incline pas mon cœur vers les paroles mauvaises. Le sens est : Ne laisse pas mon cœur s’incliner vers les paroles mauvaises.
Du moins si l’on tient à traduire pirasmone par tentation. En fait ce mot veut dire d’abord épreuve. Le psaume 25 dit à Dieu : Tenta me, ce qui ne se traduit pas par « Tente-moi », bien sûr, mais par « Mets-moi à l’épreuve ». Sans m’y laisser succomber…

images/icones/coeur.gif  ( 876810 )Un immense merci ! par Glycéra (2019-10-14 11:04:39) 
[en réponse à 876807]



Cela tombe à point dans ma musette !
Merci, merci.

Glycéra
images/icones/neutre.gif  ( 876819 )En résumé... par Candidus (2019-10-14 14:42:17) 
[en réponse à 876807]

En français, nous nous trouvons au 3ème échelon de la traduction du Pater ; nous discutons de la traduction, d'une traduction, d'une traduction, d'un texte araméen perdu. Nous avons donc :

- un texte original araméen que l'on reconstitue par induction,
- sa traduction grecque,
- la traduction du grec en latin par St Jérôme,
- les traductions en langues vernaculaires.

"Ne nous soumets pas à la tentation" est une traduction littérale de "ne nos inducas in tentationem" qui est lui-même une traduction littérale du grec.

Le problème se trouve au passage de l'araméen au grec.

Ma conclusion est qu'il existe une certaine hypocrisie à taper à bras raccourcis sur la traduction "ne nous soumets pas à la tentation" tout en révérant la traduction de St Jérôme qui dit substantiellement la même chose.

En conclusion, si l'on veut être tout à fait cohérent et que l'on souhaite être fidèle à l'hébraïsme originel, on ne peut pas se contenter de modifier la traduction française, IL FAUT AUSSI CORRIGER LA VULGATE.
images/icones/neutre.gif  ( 876820 )La différence est que le verbe soumettre a deux sens par Regnum Galliae (2019-10-14 15:20:49) 
[en réponse à 876819]

Le sens premier est

Réduire, ranger sous la puissance, sous l’autorité, mettre dans un état de dépendance. Soumettre à l’obéissance d’un souverain. Soumettre une province à ses lois, à son empire. Soumettre tout un pays. Soumettre les rebelles. Après une longue résistance, les provinces révoltées se soumirent.


Ce sens est parfaitement inadapté à la demande du Pater car cela signifierait que par défaut, Dieu cherche à nous faire capituler pour que nous soyons soumis à la tentation, donc au mal.

Le sens figuré signifie que l'on est mis à l'épreuve et revient à la notion d'entrer dans la tentation (in-ducere)

Soumettre signifie encore, figurément, Remettre, livrer à l’examen, à la décision de quelqu’un. Soumettre une chose à quelqu’un, à l’attention de quelqu’un. Permettez-moi de vous soumettre une observation. Je lui soumettrai votre demande. Soumettez-lui votre article, votre manuscrit. Ce projet fut soumis à l’examen d’une commission.



Mais ce n'est qu'un sens figuré et la plupart des gens comprennent à raison qu'il est question d'une capitulation qui serait volonté divine.

Je me demande si cette double signification de "soumettre" ne permettait pas de concilier l'interprétation catholique (le sens figuré) et la protestante (le sens premier) mais il faudrait l'avis de quelqu'un qui connaît ieux la théologie protestante.
images/icones/neutre.gif  ( 876822 )C'est vrai... par Candidus (2019-10-14 16:02:13) 
[en réponse à 876820]

... mais il faudrait vraiment avoir l'esprit tordu pour penser que le premier sens soit celui envisagé par les traducteurs.

On peut faire beaucoup de reproches justifiés aux progressistes mais pas celui de demander à Dieu qu'« Il nous range sous la puissance du démon »...

Votre suggestion que des protestants pourraient croire que c'est Dieu Lui-même qui voudrait notre chute me semble évoquer la croyance en la prédestination qui caractérisait surtout la théologie calviniste (mais il y en a aussi des traces chez Luther). J'ai un locataire qui est un ancien pasteur de l'Eglise écossaise (d'origine calviniste), il m'a affirmé que cette croyance avait été complètement abandonnée depuis assez longtemps par tous les protestants (sauf sans doute quelques groupuscules fondamentalistes).

N'oubliez pas non plus que les orthodoxes ont participé au choix du "ne nous soumets pas à la tentation". Ceux-ci n'ont évidemment que faire de la vulgate, mais comme ils se réfèrent au texte grec de la Septante, c'est pour eux une traduction tout à fait acceptable.
images/icones/neutre.gif  ( 876823 )Correction par Candidus (2019-10-14 16:09:13) 
[en réponse à 876822]

Pas la Septante évidemment puisque nous parlons d'un texte du Nouvau Testament, mais les orthodoxes se réfèrent uniquement à la version grecque des évangiles.
images/icones/barbu2.gif  ( 876833 )"croyance en la prédestination" calviniste  ou simplement catholique ? par Marquandier (2019-10-14 20:37:30) 
[en réponse à 876822]

Il ne faudrait pas oublier que cette "croyance" vient de l’enseignement du Docteur de la Grâce, qui les tire lui-même de l’Écriture, docteur dont les œuvres n’ont jusqu’à présent jamais été condamnées (aux dernières nouvelles), et qui le présente comme rien de moins qu’un dogme. La prédestination se trouve aussi chez Saint Thomas d’Aquin.

Si votre confesseur vous autorise, ou si vous vous autorisez vous-même, vous pouvez lire, parmi d’autres traités, de Saint Augustin :

DE LA CORRECTION ET DE LA GRÂCE.

DE LA PRÉDESTINATION DES SAINTS.


ou encore DU DON DE LA PERSÉVÉRANCE.

À propos de cette demande du Notre Père, dans Du don de la persévérance (ch. XVII) :


46. Cependant, disent-ils, « c'est toujours par sa propre faute qu'un homme abandonne la foi; c'est parce qu'il cède et consent à la tentation avec laquelle il agit en abandonnant la foi». Qui le nie? Mais ce n'est point là une raison pour dire que la persévérance dans la foi n'est pas un don de Dieu. Car celui-là demande chaque jour la persévérance, qui répète ces paroles : « Et ne nous induisez pas en tentation » ; et s'il est exaucé, il la reçoit : et par là même qu'il demande chaque jour de persévérer, il est évident qu'il ne place pas en lui-même, mais en Dieu, l'espoir de sa propre persévérance. Au reste, je ne veux rien dire d'offensant, et j'aime mieux leur laisser à penser comment doit être qualifiée cette opinion qu'ils se sont formée à eux-mêmes, et suivant « laquelle la prédication de la prédestination, au lieu d'être une exhortation véritable, est plutôt une source de désespoir pour les auditeurs ». C'est enseigner par là que l'homme désespère de son salut, dès qu'il a appris à placer son espérance, non pas en lui-même, mais en Dieu ; tandis que le Prophète s'écrie : « Maudit soit quiconque place son espérance dans l'homme ».

47. Ainsi donc, ces dons que Dieu donne aux élus appelés selon son décret, ces dons parmi lesquels se trouvent le commencement de la foi et la persévérance dans la foi jusqu'au terme de cette vie, comme nous l'avons prouvé par des témoignages si nombreux de la raison et de l'autorité; ces dons de Dieu, dis-je, si la prédestination que nous défendons n'existe pas, n'ont pas été connus de la prescience divine; or, ils l'ont été certainement, et par là même la prédestination que nous défendons existe sans aucun doute.



images/icones/livre.gif  ( 876838 )Une bonne référence par Luc de Montalte (2019-10-14 21:34:46) 
[en réponse à 876833]

Pour ceux qui ne voudraient pas se plonger dans tout Saint Augustin (et en attendant la prochaine traduction de la célèbre compilation de l’évêque d’Ypres ) :

Étienne Gilson, Introduction à l’étude de saint Augustin, octobre 1987, ISBN 978-2-7116-2027-2


Mais très bon extrait de Saint Augustin merci. Pour rappel, les calvinistes croient en la double prédestination (les damnés désignés de toute éternité par Dieu, ce qui est affreux) et non en la prédestination qui est pleinement catholique. Le Saint-Père parle assez de pélagianisme pour qu’on ne tombe pas dedans non
images/icones/attention.gif  ( 876841 )La prédestination vue par St Ignace et par St Alphonse de Liguori par Sacerdos simplex (2019-10-14 21:56:27) 
[en réponse à 876833]

St Ignace, Exercices Spirituels :

366 Quatorzième règle. Quoiqu'il soit très vrai que personne ne puisse se sauver sans être prédestiné et sans avoir la foi et la grâce, il faut s'observer beaucoup dans la manière de parler et de discourir sur ce sujet.

367 Quinzième règle. Nous ne devons parler ni beaucoup ni souvent de la prédestination ; mais si on en dit parfois quelque chose, que l'on évite de donner au peuple l'occasion de tomber dans quelque erreur et de lui faire dire ce que l'on entend quelquefois: Si je dois être damné ou sauvé, c'est une affaire déjà décidée; mes actions bonnes ou mauvaises ne feront pas qu'il en arrive autrement. Et, sur ce raisonnement, on tombe dans l'indolence, et on néglige les oeuvres utiles au profit de l'âme et nécessaires au salut.



St Alphonse de Liguori, Docteur de l'Eglise, explique aussi qu'il vaut mieux éviter d'en parler et de faire des débats sans fin sur ce sujet, débats qui favorisent l'orgueil et la curiosité, et peut conduire à des erreurs.
Il coupe court à toute discussion à ce sujet en disant : Peu importe toutes ces discussions oiseuses, celui qui prie se sauve certainement, celui qui ne prie pas se damne nécessairement.

Je pense que St François de Sales allait dans le même sens.
L'imitation de Jésus-Christ aussi.

De fait, l'expérience montre abondamment que cette notion est très difficile à comprendre, et ouvre la porte à toutes sortes d'erreurs, de querelles orgueilleuses, et d'angoisses.
Et qu'elle ne sert pas à grand chose !
"Ou bien tu es prédestiné, et quoi que tu fasses tu va au Ciel ; ou bien tu n'es pas prédestiné, et quoi que tu fasses tu va en enfer ; dans un cas comme dans l'autre, tu peux faire tout ce que tu veux..."


images/icones/1a.gif  ( 876846 )Réponse de Saint Augustin… par Luc de Montalte (2019-10-14 22:18:23) 
[en réponse à 876841]

… aux hérésies de Pélage quand même (pour la prétendue inutilité de la discussion)…

Je me permets de me référer à la très bonne introduction d’Étienne Gilson citée plus haut.

Pour Saint Augustin, « depuis la chute, tous les hommes ne forment plus qu'une masse pécheresse, et débitrice, à l'égard de la suprême justice, des peines qu'elle doit subir.
Que Dieu remette ce supplice en justifiant le coupable, où qu'il l'exige en l'abandonnant, nulle injustice n'est commise. Quant à savoir qui doit subir sa peine, qui doit en être exempté, ce n'est pas à nous, débiteurs, qu'il appartient d'en décider. Dieu n'oblige pas certains hommes à pécher parce qu'il en justifie certains autres, et il n'en justifie certains qu'au nom d'une inscrutable équité dont les raisons échappent à notre jugement.

Ainsi, le dernier mot d'Augustin sur cet obscur problème est un aveu d'ignorance; l'homme s'incline devant un mystère qu'il ne saurait scruter. » (Chapitre III, p. 204)

Et encore :

« La différence entre l'homme qui a la grâce et celui qui ne l'a pas n'est aucunement dans la possession ou non possession de leur libre arbitre, mais dans son efficacité. Ceux qui n'ont pas la grâce se reconnaissent à ce que leur libre arbitre ne s'emploie pas à vouloir le bien ou, s'ils le veulent, à ce qu'ils sont incapables de l'accomplit; ceux qui ont la grâce, au contraire, veulent bien faire et y réussissent. La grâce peut donc se définir : ce qui confère à la volonté soit la force de vouloir le bien, soit celle de l'accomplir. Or cette double force est la définition même de la liberté. » (Chapitre III, p. 208)

Il faudrait quand même par ailleurs noter que Saint Augustin est le docteur de la grâce pour l’Église, donc que son autorité sur la question est tout de même très grande.

Sur Saint François de Sales, je serais intéressé si vous pouvez en dire plus.
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 876849 )réponse à St François de Sales, grâce au "Souvenez-vous" par Glycéra (2019-10-14 22:25:10) 
[en réponse à 876841]




En 1586, François a 19 ans. C’est alors qu’il traverse une grave crise spirituelle : il se croit prédestiné à la damnation. Pendant deux mois, c’est la nuit et le désespoir. Il s’abandonne : « Quoiqu’il arrive, je vous aimerai, Seigneur, au moins en cette vie ». Il se jette aux pieds de la Vierge noire de l’église Saint-Étienne-des-Grès et prie le « Souvenez-vous ». François se relève transformé, il a retrouvé l’espérance.



Un lettre dira (de mémoire) qu'il lui est interdit même de se poser la question de la prédestination, car elle est insoluble, mal posée ainsi dans des mots humains.

La Vierge noire ... de saint Etienne des Grès : dans une des plus anciennes églises à Paris V°


Le "Souvenez-vous" est une prière composée par St Bernard.
Pour qui ne la connaîtrait pas :

« Souvenez-vous
ô très miséricordieuse Vierge Marie,
qu’on n’a jamais entendu dire
qu’aucun de ceux qui ont eu recours
à votre protection,
imploré votre assistance
ou réclamé vos suffrages,
ait été abandonné.
Animé de cette confiance,
ô Vierge des vierges, ô ma mère,
je viens vers vous,
et gémissant sous le poids
de mes péchés
je me prosterne à vos pieds.
O Mère du Verbe incarné,
ne méprisez pas mes prières,
mais écoutez-les favorablement
et daignez les exaucer.

Ainsi soit-il."