Le Forum Catholique
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Signo - 2026-05-21 17:47:51
Nuances
Je suis globalement d’accord avec vous, cependant en réalité on ne sait pas grand-chose quant à la manière dont le culte chrétien se déroulait précisément à l’époque des persécutions. Les quelques textes que nous avons sur la liturgie dans l’Eglise primitive sont vagues, parcellaires et allusifs. Affirmer qu’il n’y avait aucune discipline de l’arcane durant les deux ou trois premiers siècles et qu’elle serait subitement apparu au IVe siècle comme une innovation radicale me parait largement péremptoire. Tout au plus peut-on supposer qu’elle se déroulait auparavant selon d’autres modalités, sans doute plus souples et plus « charismatiques ». On peut aussi supposer que le contexte de persécutions rendait nécessairement déjà confidentielles les synaxes eucharistiques, rendant inutile toute discipline de l’arcane supplémentaire, déjà assurée de facto du fait de ce contexte de semi-clandestinité.
D’une manière générale les développements disciplinaires et rituels viennent compenser l’affaiblissement charismatique des origines. Moins de miracles, de dons de prophéties, de guérisons, plus de ritualité et de discipline. La floraison rituelle et symbolique jaillit du corps de l’Eglise sous l’action de l’Esprit saint (une action d’abord directe à la Pentecôte et durant l’âge apostolique, puis indirecte et s’effectuant à travers la médiation de formes rituelles par la suite) afin que se conserve dans la durée le charisme vivant des origines et le dépôt apostolique, mais sous une forme plus stable et régulière. C’est pour cette raison que Mgr Schneider, lors de son homélie l’année dernière lors du pèlerinage de Chartres, a eu raison d’insister sur le fait que c’est la liturgie traditionnelle qui est véritablement « charismatique », parce que c’est dans la symbolique traditionnelle développée progressivement à travers les siècles que se conserve et se transmet de génération en génération l’esprit vivant de la Révélation reçu à la Pentecôte.
Il est bien évident que les « initiés » désignent ceux qui ont reçu l’initiation catéchuménale et baptismale et rien d’autre. Mais le christianisme est bien ésotérique, non pas dans le sens ou il contiendrait des enseignements « cachés » transmis dans de petits cercles d’initiés parallèlement à l’enseignement officiel, mais dans le sens ou c’est le niveau de pénétration de la vérité évangélique qui varie selon les personnes. Un paroissien moyen, quand bien même il serait un brillant intellectuel, n’a évidemment pas le même niveau de pénétration des vérités éternelles qu’un S. Jean de la Croix, un S. Benoit-Joseph Labre ou un S. Thomas d’Aquin. L’initiation catéchuménale et baptismale est en quelque sorte l’initiation commune, le minimum indispensable qui confère la plénitude du don divin, mais cette initiation se poursuit ensuite durant toute l’existence à travers la vie spirituelle purifiée par l’ascèse, nourrie par les sacrements et la prière, et accomplie par la vie dans la charité surnaturelle, accomplissant ainsi le don reçu au baptême et ouvrant la voie à la déification et à la vie dans l’Esprit.
Or, cette essence ésotérique et mystique du christianisme est contenue dans la doctrine catholique sous la forme d’un mystère, et mise à la disposition de tous à travers l’initiation ecclésiale et sacramentelle (ce qui ne signifie pas que tous suivent effectivement cette initiation), et non pas transmise en parallèle sous la forme d’un « secret » formel qui serait de jure réservé à un petit groupe.
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