Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=999261
images/icones/croix_byzantine.png  ( 999261 )Discipline de l'arcane par Ludwik (2026-05-17 16:06:11) 

La remarque est intéressante
Mais il s’agit là d’un tout autre sujet que celui des sacres ; je crée donc un nouveau fil.

C’est, à mon sens, une concession très fâcheuse à la modernité — ou plutôt une incompréhension radicale de ce qu’elle est et de ce qu’est la technique.

Évidemment, quelques naïfs — habituellement des démocrates-chrétiens au QI à deux chiffres — prétendent que la technique n’a pas d’esprit propre et qu’elle est moralement neutre, seul comptant l’usage qui en est fait.

En réalité, il n’est même pas nécessaire de lire Martin Heidegger pour comprendre, ne serait-ce qu’intuitivement, que la technique possède son propre « esprit » et qu’elle modèle en retour son créateur : l’homme.
Exemple simplissime: il suffit de penser, pour s’en convaincre, aux conséquences de la numérisation sur l’humanité : baisse des capacités de concentration, de mémorisation, d’imagination et d’apprentissage, sans même parler de la démographie.

Dès lors, l’invasion de la technique dans l’espace religieux est tout sauf neutre.

Et Rome ne s’y était d’ailleurs pas trompée, initialement, en interdisant la radiodiffusion des messes.
La retransmission télévisée des liturgies, l’indiscrétion de la caméra passant parfois derrière l’autel ou l’iconostase, constituent une désacralisation radicale du Saint des saints.
Les conséquences en sont incalculables.
Le message de Pie XI, puis celui du Pie XII sont très représentatifs de cet optimisme béat, face au monde et à sa technique, qui prévaudra au concile vatican II

PS : je rappelle, à toutes fins utiles, que la discipline de l’arcane ne concerne pas uniquement les liturgies dites "orientales", mais également la liturgie latine — les Polonais publient d’ailleurs, encore un peu, sur le sujet.
Et la discipline de l’arcane est sans rapport avec un quelconque ésotérisme (j’anticipe la remarque de Me PArfu..)
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 999263 )Merci Sieur Ludwik par MG (2026-05-17 16:22:08) 
[en réponse à 999261]

Je me doutais bien de quelque chose mais j'avais du mal à m'en rendre compte mais il est toujours temps surtout après presque (pas encore ) sept décennies.


J'ai, donc, un QI à deux chiffres j'ai toujours pensé que la technique est moralement neutre et je le pense toujours. C'est l'usage qui la rend bonne ou mauvaise. Mon ordinateur qui obéit à mes doigts certes il suffit d'un clic pour rendre l'action mauvaise ou bonne. Je fais miens l'enthousiasme de Pie XII.

Quant à la loi ou discipline de l'arcane j'attends vos arguments et sources.

images/icones/iphone.jpg  ( 999290 )Que voulez-vous par Vincent F (2026-05-17 21:25:03) 
[en réponse à 999263]

Certains à l’égo surdimensionné aiment à prendre ceux qui ne partagent pas leurs vues pour des imbéciles.
images/icones/croix_byzantine.png  ( 999264 )Compléments sur cette question de l'arcane par Ludwik (2026-05-17 16:27:56) 
[en réponse à 999261]

Quelques extraits significatifs sur le sujet, tirés d’un article bien fait de 2008, Dragula, A. (2008). Nous faut-il une nouvelle « discipline de l’arcane » ? Perspective polonaise. Théologiques, 16(1), 163–177.
https://doi.org/10.7202/019189ar

"Dans les années cinquante du siècle dernier, le théologien allemand Karl Rahner s’est opposé catégoriquement à la messe télévisée :
« La caméra peut-elle voir et faire voir au tout-venant ce que voit et a le droit de voir le chrétien qui participe à la célébration du mystère de l’Église ? » (Rahner 1966, 91)

La possibilité technique de la transmission télévisée de la messe n’était pas pour lui une raison suffisante de le faire. Il s’est opposé aussi fermement à la transmission de la messe dominicale pour les malades, comme à la transmission des événements marquants ou exceptionnels de la vie de l’Église auxquels les fidèles ne sont pas en mesure de participer personnellement :
« est-ce une raison pour donner à l’œil de la caméra les mêmes droits qu’au regard de foi et d’adoration du fidèle ? »
Son opinion à propos de la nature de l’Eucharistie était bien claire :
« La messe est de ces choses qu’il ne convient pas de donner en spectacle à n’importe qui »."

Et encore:
"Le 21 décembre 1926, František Kordač, l’archevêque de Prague, a demandé au Saint-Office si l’on pouvait transmettre la messe solennelle à la radio. La réponse donnée le 26 janvier 1927 était fort courte :
« Non expedire ».
Dans l’explication, on a cité l’opinion propre du pape Pie XI à propos de l’utilisation et de la mise en œuvre de la radio dans les églises pour la prédication ou les autres cérémonies sacrées :
« Le Saint-Père, lisons-nous dans ce document, s’y est totalement opposé, de telle sorte que cela ne peut être permis pour aucun motif » (Dubost 1987).
Selon le Saint-Office, le pape avait donné la même réponse négative en différentes occasions, ce qui veut dire que son désaccord pour la messe radiodiffusée était catégorique. En même temps, ce document a rappelé que le pape :
« a toujours maintenu l’interdiction de reproduire cinématographiquement la liturgie de l’Église ».

En 1928, l’archevêque Kordač s’est adressé de nouveau au Saint-Office. Cette fois-ci, il a seulement demandé s’il était :
« permis de transmettre au moyen de la radio les chants liturgiques de la messe ou des autres fonctions religieuses, soit en entier, soit en partie, en exceptant toutefois le chant du prêtre et des ministres » (Médiathec 1990, 43).

Le Saint-Office a rappelé sa réponse du 26 janvier 1927, ajoutant en même temps que :
« si d’autres églises catholiques de l’univers se sont permis de diffuser à l’aide de la radio les chants liturgiques de la messe, le Saint-Office tient à déclarer expressément que c’est là un abus, qui s’est pratiqué sans son consentement ».

Dans les réponses du Saint-Office de cette époque, nous trouvons toujours la même idée. Ce qui compose l’Eucharistie, notamment les actions, les paroles, les chants du prêtre et d’autres ministres, ne peuvent être ni diffusés ni enregistrés par les moyens de communication, comme la radio et la reproduction cinématographique.

La transmission télévisée de la messe n’a pas rencontré la même méfiance de la part du Vatican que celle diffusée à la radio. Le 17 avril 1949, le pape Pie XII s’est prononcé pour la première fois au sujet de la messe télévisée. D’après lui, la messe télévisée (cette fois-ci c’était la messe de Noël) est pour :
« de nombreux fidèles [...] une vive joie et un immense bienfait » (Médiathec 1990, 106).

Dans le même discours, le pape a exprimé sa joie en disant que :
« l’univers pourra contempler directement [...] les manifestations de la vie catholique ».
Ainsi, la télévision est devenue un moyen de la démonstration de la puissance de l’Église."
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 999265 )Amusant par MG (2026-05-17 16:43:18) 
[en réponse à 999264]

mais vous ne traitez absolument pas la loi de l'arcane vous racontez des petites histoires comme un ancêtre au coin du feu mais sans nous donner de raisons et encore moins de définitions.
images/icones/carnet.gif  ( 999266 )Une source par Meneau (2026-05-17 16:58:49) 
[en réponse à 999265]

Nous faut-il une nouvelle « discipline de l’arcane »? Perspective polonaise

Cordialement
Meneau
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 999267 )Sieur Meneau par MG (2026-05-17 17:14:12) 
[en réponse à 999266]

merci : cela semble très interessant et documenté. Je vais imprimer le document et le lire.
images/icones/fleche3.gif  ( 999268 )Si vous lisiez par Ludwik (2026-05-17 17:22:15) 
[en réponse à 999267]

sans vous énerver, vous auriez trouvé la référence de l’article au début de mon post. Heureusement, Meneau a compris vos difficultés…
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 999269 )En effet par MG (2026-05-17 17:29:45) 
[en réponse à 999268]

Mais j'ai un QI à deux chiffres et le Sieur Meneau le sait.
images/icones/fleche3.gif  ( 999270 )Grâce lui soit rendu... par Ludwik (2026-05-17 17:42:31) 
[en réponse à 999269]

Ne vous désolez pas trop, car « heureux les pauvres en esprit… »
Mais ne vous en vantez pas trop non plus : « heureux les humbles… »

Peut-être faudrait-il créer une sous-section du FC pour les gens en difficulté ?
Il y en a plusieurs dans votre cas, je me souviens d'un bonhomme qui souhaitait la canonisation de Staline.
Vous n'êtes pas seul !

PS : votre cas clinique m’intéresse ; aussi, je me permets une question : en plus de vos difficultés (nous compatissons), avez-vous d’autres problèmes ? En clair : êtes-vous gaulliste ?
images/icones/iphone.jpg  ( 999278 )La réponse par MG (2026-05-17 19:16:32) 
[en réponse à 999270]

N’étant pas républicain et ne vivant pas avec les combats du passé je ne saurais répondre à votre question. Mes grands-parents ne l’étaient pas et étaient liés avec le Colonel Rémy (Gilbert Renault) d’où nos liens anciens et maintenant douloureux avec Pontcallec.
images/icones/iphone.jpg  ( 999301 )Sur l’arcane par Signo (2026-05-18 01:20:17) 
[en réponse à 999265]

Le sujet avait été évoqué ici.
images/icones/rose.gif  ( 999271 )Le problème par Jean-Paul PARFU (2026-05-17 17:45:57) 
[en réponse à 999264]

posé par l'arcane dépasse celui de la messe télévisée.

Il pose le problème de la représentation des saints mystères et de la participation aux saints mystères.

Dans beaucoup d'églises orientales, nous le savons, certains moments de la célébration liturgique sont voilés et la célébration eucharistique reste en partie cachée aux yeux des fidèles

L'iconostase, quand elle existe, protège tellement les saints mystères qu'elle finit, en réalité, par interdire toute participation, même passive, aux fidèles, lesquelles se contentent alors de déambuler dans l'église pendant le Saint-Sacrifice, allument des cierges, cherchent leurs enfants qui courent partout dans l'édifice ...

St Pie X et Pie XII affirment :

« Notre plus vif désir étant, en effet, que le véritable esprit chrétien refleurisse de toute façon et se maintienne chez tous les fidèles, il est nécessaire de pourvoir avant tout à la sainteté et à la dignité du temple où les fidèles se réunissent précisément pour puiser cet esprit à sa source première et indispensable : la participation active aux mystères sacro-saints et à la prière publique et solennelle de l’Église. » (Saint Pie X, Tra le sollicitudine).

« On doit déployer tous ses soins pour que les fidèles qui assistent aux messes lues ne soient pas "comme des étrangers et des spectateurs muets", mais qu'ils fournissent cette participation qui est requise par un si grand mystère, et qui procure des fruits très abondants. » (Pie XII, De musica sacra).


Conclusion :

Il faut se méfier des tendances qui nous ramèneraient, paradoxalement à des formes nouvelles d'iconoclasme, ou encore à des cultes à mystères, de nature ésotérique.
images/icones/fleche3.gif  ( 999272 )J'ai fait un rêve par Ludwik (2026-05-17 17:56:15) 
[en réponse à 999271]

Dans lequel huguenots et autres soudards attaquent jubés et chœurs fermés à la hache et au sabre.
Un bruit bizarre, sorte de crépitement malaisant, m’oblige à me retourner :
c’est Maître Parfu, hilare, se tapant le ventre avec le plat des mains, les encourageant et les haranguant :
« Pie X vous approuvera, mes braves !
Il faut savoir applaudir quand le diable porte prière ; et moi, mes braves amis — et violeurs de nonnes —, je bois à votre santé !
Abattez-moi ces jubés ! Ils nuisent à la participation des fidèles !
Brûlez-moi tout ça ! Esotérisme vous dis-je »

Merci de cette participation brillante.
images/icones/1v.gif  ( 999273 )Je constate par Jean-Paul PARFU (2026-05-17 18:16:03) 
[en réponse à 999272]

que, comme bien souvent, vous faites malheureusement dans la caricature la plus extrême et qu'il est difficile de simplement émettre des doutes contre vos idées fixes.
images/icones/fleche3.gif  ( 999274 )Huguenots et jubé par Ludwik (2026-05-17 18:20:40) 
[en réponse à 999273]

Je tenais à souligner que la destruction massive des jubés est l’œuvre des protestants.
Un contexte très latin, donc.

Tristement, c’est un peu la coïncidence des contraires : la Contre-Réforme ne favorisera pas leur renaissance.

images/icones/neutre.gif  ( 999275 )Ça alors par MDK (2026-05-17 18:56:28) 
[en réponse à 999274]

Moi qui croyais bêtement que le jubé séparait d’abord l’espace canoniale de l’espace paroissial, je n’avais jamais fait le rapprochement avec l’iconostase…
images/icones/croix_byzantine.png  ( 999282 )Séparation du Saint des saints par Ludwik (2026-05-17 19:56:58) 
[en réponse à 999275]

du reste du temple.

C’est une caractéristique commune à toutes les architectures chrétiennes.
C’est même une marque de l’apostolicité des rites.
Rome avait son rideau.
Les Arméniens l’ont conservé (le rideau).
Les Byzantins ont l’iconostase.
Nous avons les jubés et les chœurs fermés…
images/icones/neutre.gif  ( 999286 )Pas de doute pour la séparation par MDK (2026-05-17 20:34:00) 
[en réponse à 999282]

Mais pour la volonté de cacher, il y a quelque chose qui cloche. Monsieur le Curé célébrant pour les boulangers de la paroisse ne va pas célébrer au maître autel, mais éventuellement sur l’autel à l’avant du jubé non ? À l’inverse, lors de la messe canoniale pour le chœur à l’intérieur, tout est visible tout le temps. Je ne vois donc pas le rapport avec l’iconostase qui est traversée régulièrement.
images/icones/iphone.jpg  ( 999298 )C’est plus complexe que cela par Signo (2026-05-18 00:57:12) 
[en réponse à 999286]

La dissimulation de certains moments de la liturgie (et non pas de toute la liturgie) aux yeux des fidèles obéit à une pédagogie de voilement/dévoilement qui initie le fidèle au mystère chrétien.

Dans cette logique, qui était celle des Anciens, voiler signifie quelque chose, exprime une vérité fondamentale.
L’âge de l’Eglise historique est un âge transitoire. Les sacrements sont provisoires et disparaîtront un jour: ils consistent à nous livrer par anticipation sous une forme voilée ce que nous aurons en plénitude au moment de la Parousie (cf. 1 Cor. 13, 12). Mais la Parousie, nous n’y sommes pas encore. D’où la nécessité de l’arcane qui exprime le caractère transitoire de l’âge dans lequel nous sommes depuis l’Incarnation, et la vision partielle et floutée qui est la nôtre.
images/icones/neutre.gif  ( 999306 )Qu’est ce qui est plus complexe? par MDK (2026-05-18 07:40:29) 
[en réponse à 999298]

Il n’y a pas vraiment de logique de voilement dévoilement dans le missel à moins que vous considériez la célébration orientée comme un voilement? La publication citée en dessous donne aussi un avis beaucoup moins tranché sur les rideaux. Quant à la comparaison entre iconostase et jubé, je ne vois toujours pas.
images/icones/1d.gif  ( 999313 )C'est normal par ptk (2026-05-18 10:44:51) 
[en réponse à 999306]

C'est l'objectif de l'une et l'effet de l'autre.
images/icones/iphone.jpg  ( 999332 )[réponse] par Signo (2026-05-18 12:59:38) 
[en réponse à 999306]

Le missel, ne l’oublions pas, n’est qu’un « pense-bête », apparu tardivement et donc ne dit pas tout de la liturgie qui est une réalité beaucoup plus vaste et qui se transmet davantage par la coutume et la tradition orale.

Le fait de réduire la liturgie à un missel a abouti à cette aberration qu’est la liturgie de Paul VI: alors que traditionnellement la liturgie est une réalité vivante, transmise par coutume dans un lieu et dans une communauté donnée, puis dont le déroulement est mis par écrit dans les livres liturgiques, la nouvelle liturgie inverse ce processus: c’est le livre (écrit dans le cadre d’un processus artificiel de fabrication par des experts) qui dicte comment doit se dérouler la liturgie. D’où les myriades d’interprétations puisqu’un texte sans tradition herméneutique ne peut que déboucher sur une diversité infinie d’interprétations.

La signification de l’orientation est eschatologique et non pas liée à l’arcane, même si de fait elle y contribue.
images/icones/bible.gif  ( 999341 )A propos du Canon dans le missel par Regnum Galliae (2026-05-18 16:39:47) 
[en réponse à 999332]

Lorsque les missels se sont démocratisés, les tradis de l'époque étaient choqués que le Canon fût retranscrit et ainsi dévoilé aux fidèles. Pour ma part, je ne regrette pas de pouvoir méditer ce texte magnifique.
images/icones/fleche2.gif  ( 999487 )Ambivalence du progrès technique par Signo (2026-05-21 18:12:15) 
[en réponse à 999341]

L’apparition des ouvrages imprimés, d’abord pour les clercs puis pour les fidèles, est un phénomène ambivalent : d’un côté ils témoignent puis renforcent un affaiblissement de la tradition orale, de l’autre ils permettent de compenser cet affaiblissement en offrant des possibilités aux générations suivantes de vivre du mystère qui n’existeraient pas sans cela. Les « tradis de l’époque » n’avaient donc pas entièrement tort.

La Réforme protestante eut été difficilement impensable dans un monde sans imprimerie, c’est à dire dans un monde dans lequel il est clair que l’Ecriture est la propriété de l’Eglise qui la transmet et qui assure a son sujet une médiation incontournable.

L’invention de l’imprimerie permet aussi le rubricisme, qui est une forme de sclérose regrettable mais sans doute nécessaire dans un contexte d’affaiblissement de la tradition liturgique.

Sans le concept de missel plénier et d’un ouvrage imprimé comme référence pour le déroulement du culte, une aberration comme le missel de Paul VI eut été non seulement impossible, mais même impensable.

Faut-il pour autant renoncer à utiliser des missels ? Bien sur que non, car nous sommes placés dans un contexte dans lequel l’usage de ces missels est devenu concrètement indispensable. Mais il peut être utile d’avoir conscience de l’appauvrissement qu’il représente.
images/icones/iphone.jpg  ( 999300 )Oui par Signo (2026-05-18 01:18:30) 
[en réponse à 999282]

Vous avez raison.

Dans les églises modernes, ou bien aménagées récemment, on observe une disparition de toute distinction entre le sanctuaire et la nef. Les trois marches surélevant l’autel autrefois requises n’existent plus et l’autel est mis au même niveau que l’espace où se tiennent les fidèles. Parfois ces derniers sont même invités à faire une ronde autour de l’autel…

On en a un bel exemple avec la chapelle de la résidence Saint Marthe au Vatican.

Il s’agit du point final d’une longue évolution qui effectivement commence avec la Contre-Réforme: déjà à cette époque on tend à effacer toute distinction entre le chœur et le sanctuaire, quitte à confondre les deux.

Il est clair aujourd’hui que ces évolutions sont absolument catastrophiques et mènent au démantèlement pur et simple de toute la mystagogie liturgique traditionnelle.
images/icones/1n.gif  ( 999326 )hé bien... par Regnum Galliae (2026-05-18 12:01:09) 
[en réponse à 999272]

Dommage qu'un fil si bien commencé se poursuive de manière si grotesque...
Je doute d'ailleurs que tous les jubés de la chrétienté occidentale aient été détruits par les protestants. Si l'Eglise dans sa grande sagesse a accompagné ou du moins toléré la disparition desdits jubés, c'est qu'elle devait considérer que les fidèles étaient assez mûrs pour cela. Et n'oubliez pas que le principe d'une séparation entre le sacrifice et les fidèlesa été maintenu jusqu'en mai 68 puisque le choeur était réservé au clergé et séparé du reste de l'église par la clôture d'autel dont la disparition coïncide avec la fin de la messe comme action sacrificielle.
Au final, c'est Paul VI et non saint Pie V qui a capitulé face à la réforme protestante et ce mouvement ne s'est pas fait de manière organique mais via un mécanisme de rupture.
images/icones/iphone.jpg  ( 999330 )Contresens sur les jubés par Signo (2026-05-18 12:43:28) 
[en réponse à 999326]

Sauf erreur de ma part les jubés ne sont pas exactement l’équivalent occidental de l’iconostase orientale. Ils ne sont pas liés à l’arcane mais plutôt à la cléricalisation médiévale de l’Office divin: il s’agissait de fermer le chœur pour créer un espace restreint pour permettre aux clercs (chanoines surtout) de chanter les Heures. Il me semble que dans les édifices concernés la messe pour le peuple était célébrée sur des autels à l’extérieur du chœur, visibles depuis la nef.

Ce qui est l’équivalent de l’iconostase orientale c’est le chancel (ou baldaquin dans les basiliques romaines) supportant les rideaux, et qui vise précisément à dissimuler les moment les plus sacrés de la liturgie eucharistique.

Peut-être que d’autres liseurs plus érudits pourront confirmer ou infirmer cette explication.
images/icones/iphone.jpg  ( 999299 )Non par Signo (2026-05-18 01:08:24) 
[en réponse à 999271]

Vous nous expliquez qu’il faut nous méfier… de la mystagogie chrétienne traditionnelle.

Vous avez des idées potentiellement modernistes et une fausse conception du culte chrétien.

Le voilement partiel et momentané des mystères aux yeux des fidèles ne s’oppose à la participation que si l’on a une compréhension superficielle (et typiquement moderne occidentale) du culte. C’est cette logique du « tout voir » qui a mené à la messe face au peuple.

Non seulement le voilement ne s’oppose pas à la participation mais il la suppose. Le jeu du voilement/dévoilement est une pédagogie fondée sur l’Evangile et les enseignements de S. Paul. Il exprime l’eschatologie chrétienne, une dimension fondamentale et essentielle du culte chrétien totalement oubliée par les « tradis tridentinistes » et les modernistes.

Vos préjugés sur la pratique des fidèles orientaux au cours de la liturgie sont assez grossiers: oui il y a des fidèles qui déambulent, entrent et sortent mais ce n’est pas la majorité. La plupart assistent à l’ensemble de la célébration et s’unissent au mystère par toute leur attitude intérieure et extérieure. Pour le coup je peux en témoigner.

Quand à la notion de mystère, elle est évidemment essentielle et centrale dans le culte chrétien depuis les origines.
images/icones/2e.gif  ( 999350 )Ben voyons ! par Jean-Paul PARFU (2026-05-18 18:02:38) 
[en réponse à 999299]

Je suis hérétique, schismatique, moderniste, "tradi-tridentiniste", et je ne comprends rien à rien, contrairement à vous, bien entendu.

Vous parlez de votre expérience, je peux vous parler de la mienne. Ce que j'ai écrit, je l'ai vu !

Enfin, vous semblez confondre le mystère chrétien et "les religions à mystère" que j'évoque et qui désignent en particulier l'antique culte semi-officiel en Grèce des « mystères d'Éleusis ».
images/icones/carnet.gif  ( 999277 )merci par Réginald (2026-05-17 19:14:21) 
[en réponse à 999261]

Merci pour la référence de l’article, que j’ai lu avec intérêt. Vous noterez pourtant que, contre toute attente, les jubés ont été globalement mieux préservés dans les églises protestantes, notamment luthériennes et anglicanes, que dans les églises catholiques. La raison en est la Contre-Réforme catholique, qui a voulu placer l’Eucharistie au cœur de la dévotion des fidèles. Pour cela, il fallait voir l’autel ; le jubé, qui dissimulait le clergé et le sacrifice de la messe derrière une barrière de pierre, est alors devenu un obstacle à la visibilité.

C’est en quelque sorte l’un des premiers exemples d’une adaptation de l’espace liturgique pour des raisons pastorales. La Contre-Réforme a privilégié la visibilité de l’action eucharistique sur l’ancien symbolisme de séparation entre le sanctuaire et la nef. Sous des formes différentes, cette logique réapparaîtra plus tard dans les réaménagements liturgiques modernes, notamment avec le retournement des autels.
images/icones/1y.gif  ( 999280 )Vous ne pouvez par Jean-Paul PARFU (2026-05-17 19:33:22) 
[en réponse à 999277]

Réginald, comparer les décisions du Concile de Trente s'agissant des jubés, lesquels n'existaient que depuis le début du 13ème siècle, avec la réforme liturgique de 1969 qui instaure "la messe à l'envers" et transforme l'autel en "table de l'eucharistie".

Meilleure participation des fidèles d'un côté et nouvelle conception de la messe de l'autre. On ne parle pas de la même chose !
images/icones/carnet.gif  ( 999283 ) l'espace sacré et visibilité des rites par Réginald (2026-05-17 19:57:04) 
[en réponse à 999280]

Je ne compare pas les enjeux doctrinaux de ces deux phénomènes, mais une logique commune : celle d’une adaptation de l’espace liturgique au nom d’une plus grande visibilité des rites.

Sur le plan historique, le jubé, sous sa forme monumentale de pierre, se développe certes à partir du XIIIᵉ siècle, mais il ne fait que prolonger la logique millénaire des chancels et des clôtures de chœur héritée de l’Antiquité chrétienne, laquelle sanctuarisait le mystère de l’autel.

C'est ce que donne à voir de manière saisissante le célèbre panneau de La Messe de Saint Gilles (fin du XVe siècle, National Gallery), où l'autel de l'abbaye de Saint-Denis est représenté entouré de ses courtines de soie verte. Suspendus au ciborium, ces voiles se fermaient au moment du Canon pour soustraire le sacrifice aux regards, théâtralisant ainsi la nature indicible du mystère par un jeu de seuil et de dévoilement.

Après le Concile de Trente, les jubés ont souvent disparu pour rendre l’autel plus visible aux fidèles, au prix d’un affaiblissement de l’ancien symbolisme de séparation entre la nef et le sanctuaire. C’est précisément cette primauté accordée à l’accessibilité visuelle sur le principe de séparation qui a ouvert la voie, trois siècles plus tard, aux réflexions architecturales du XXᵉ siècle.


Je précise d’ailleurs, afin de lever tout malentendu sur mes intentions, que je regrette vivement le retournement des autels.

images/icones/carnet.gif  ( 999285 )Pas seulement par Meneau (2026-05-17 20:21:19) 
[en réponse à 999283]


C’est précisément cette primauté accordée à l’accessibilité visuelle sur le principe de séparation qui a ouvert la voie, trois siècles plus tard, aux réflexions architecturales du XXᵉ siècle.



Derrière le retournement des autels, il y a aussi eu la volonté de transformer le ministre du culte en président-animateur, et la primauté donnée à l'aspect communautaire de la Messe sur l'aspect sactificiel.

Cordialement
Meneau
images/icones/carnet.gif  ( 999287 )La perte de la dimension cosmique et la théâtralisation de l'autel par Réginald (2026-05-17 20:36:22) 
[en réponse à 999285]

Cher Meneau,

Je suis d’accord avec vous pour distinguer les enjeux doctrinaux. Mon propos ne consistait évidemment pas à mettre sur le même plan la théologie sacrificielle de la Contre-Réforme et certaines dérives horizontalistes contemporaines.

Je voulais simplement souligner une logique architecturale et pastorale de longue durée : à partir du moment où la visibilité du rite devient un critère majeur de l’aménagement liturgique, l’ancien symbolisme de séparation du sanctuaire tend progressivement à s’effacer.

La suppression des jubés après le Concile de Trente répondait à des intentions profondément catholiques et théocentriques ; elle n’en a pas moins modifié durablement le rapport visuel entre la nef, l’autel et le célébrant.

C’est uniquement en ce sens que je parlais d’une trajectoire historique de l’espace sacré, et non d’une identité doctrinale entre les deux époques.

Cordialement, Réginald
images/icones/rose.gif  ( 999331 )entièrement d'accord avec Réginald sur ce point par Luc Perrin (2026-05-18 12:49:04) 
[en réponse à 999287]

Il est bien établi que ce qu'on nomme le "style jésuite" - basé sur leur église romaine du Gesù qui est construite peu après la clôture du concile de Trente - a eu une grosse influence sur l'architecture religieuse de l'époque XVI-XVIIIe par sa façade, c'est bien connu, mais aussi parce que la visibilité était privilégiée.

Il est clair que la visibilité est une tendance de fond en Occident : le rite de l'élévation est lié à une demande des fidèles et bien avant Trente et le Gesù, autour de la contestation de la Présence réelle au milieu du Moyen Âge (cf. Abélard ...).

Ce sont bien les chapitres cathédraux et collégiaux qui ont détruit les jubés pour l'essentiel et non les protestants ; parfois tardivement au début du XIXe la destruction se poursuit. Bien des cathédrales anglaises ont conservé leurs jubés.
Ce sujet a déjà été abordé celui des jubés : oui au départ, il s'agit bien du confort (relatif) du choeur et des chanoines mais il est clair que par la suite la séparation se charge de sens moins prosaïque. Il y a aussi une dimension sociale qui déborde les jubés. Les églises étaient au Moyen Âge, c'est bien attesté par des études anglaises fort érudites, animées par nombre de confréries dotées de chapelles plus ou moins imposantes (en Provence j'ai vu une église paroissiale flanquée de deux véritables mini églises pour deux confréries de pénitents) ; or en Angleterre au moins, ces chapelles étaient closes par des parois de bois et l'entrée réservée ainsi donc que la messe pour les membres de la confrérie. On a des exemples anglais de trous percés dans les cloisons destinés aux fidèles hors confrérie qui venaient au moment de la consécration des espèces ... la contempler.

Le besoin de voir, souligné par plusieurs dans le fil, est donc ancien et précède tant Trente, les jésuites que la révolution liturgique du Novus Ordo (1969 et suivantes éditions) qui n'impose pas canoniquement la célébration face au peuple mais en fait la quasi norme de facto.

Cette sensibilité occidentale de la visibilité n'a rien en soi de peccamineuse et là Me Parfu a raison. Toutefois et Réginald, Signo, Riaumont etc. l'ont bien souligné : elle peut conduire aux excès de néo-liturgie spectacle auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui.
Cela ne veut pas dire qu'il faille blâmer le besoin de voir des Occidentaux en tout et pour tout mais savoir l'encadrer, le domestiquer et non lui laisser la bride sur le cou. Comme dans la néo-liturgie actuelle, telle qu'elle est pratiquée.

Tout est dans la mesure comme un intervenant du fil l'a écrit à propos de la technologie et cela va dans le sens des enseignements de Pie IX à Pie XII et au-delà. L'excès de visibilité nuit à la mystagogie.
L'équilibre est, à mon sens, bien trouvé dans le Vetus Ordo même sans les somptueux jubés ; cela ne retire rien à la puissance de l'arcane dans les rits orientaux ainsi que Ludwik l'a décrit et pour avoir eu cette expérience, il y a dans cette autre approche le second poumon de l'Église comme Jean Paul II se plaisait à le dire.
images/icones/croix_byzantine.png  ( 999362 )Visibilité et audibilité par Ludwik (2026-05-18 20:12:16) 
[en réponse à 999331]

Très intéressant, merci.

j'ajoute cet élément de comparaison:
- Visibilité importante dans l’histoire de la liturgie latine.

- Et audibilité, si j’ose dire, pour la liturgie byzantine. Justinien ayant dûment ordonné que les paroles de l’anaphore soient dites à voix haute, et ce pour des raisons analogues.

Les paroles de la consécration latine, dites à voix basse, sont elles aussi souvent comparées à une « iconostase morale ».
images/icones/bravo.gif  ( 999365 )très juste pour "l'iconostase morale" par Luc Perrin (2026-05-18 20:22:33) 
[en réponse à 999362]

le droit de dire le Canon à haute voix permis en 1967 a aussi contribué grandement à la désacralisation dans le rit romain en cours de bouleversement.
images/icones/fleche3.gif  ( 999284 )l'abolition de la séparation du sanctuaire par Ludwik (2026-05-17 20:06:04) 
[en réponse à 999277]

du reste de l’édifice.
C’est une tragédie, largement passée inaperçue.

Le concile de Trente, en insistant (à raison) sur l’aspect sacrificiel de la liturgie, a gommé ou minoré les autres aspects essentiels de celle-ci.
Notamment son aspect cosmique.

Seul le clergé tridentin un peu cultivé se souvient encore de cet aspect cosmique (qui est présent dans les paroles prononcées par le prêtre), mais qui a disparu de l’organisation même de l’édifice sacré.

C’est un grand déséquilibre de la Contre-Réforme catholique.
Et c’est une rupture malheureuse.
C’est aussi le seule rite d’origine apostolique qui ait connu cette évolution.

Si la réforme de 1969 est une rupture, elle a aussi des racines bien plus profondes. Le dire n’est pas mettre sur un pied d’égalité cette évolution et ce qui se passa avec le Novus Ordo.

Enfin, pour Me Parfu, les chœurs fermés, ou l’emploi d’un rideau dans la Rome antique, sont, comme je viens de l’écrire, antiques… et non du XIIIe siècle.

Il suffit, par exemple, de visiter la basilique Basilique Saint-Clément-du-Latran, pour s'en apercevoir.
images/icones/carnet.gif  ( 999288 )Pour abonder dans votre sens par Réginald (2026-05-17 20:51:16) 
[en réponse à 999284]

et montrer à quel point cette évolution de la Contre-Réforme s’est progressivement inscrite dans un nouveau paradigme pastoral centré sur la visibilité des rites, il est intéressant de relire les débats qui agitèrent certaines cathédrales au XVIIIᵉ siècle.

Je me permets d’ailleurs de vous signaler un autre article très intéressant sur cette question : Julie Glodt, « Les courtines ou le topos de l’autel caché (1250-1550) », p. 69-85.

Lors de la réfection de l’autel majeur de la cathédrale de Noyon en 1753-1754, les partisans de l’autel « à la romaine » critiquaient explicitement la faible visibilité des anciens dispositifs médiévaux :


« La messe se célèbre actuellement dans un sanctuaire environné de rideaux, où le prêtre est caché aux regards des fidèles, de là s’ensuit nécessairement l’inatention, la dissipation, pour ne pas dire le manque de respect du peuple assistant. Au contraire, l’autel à la romaine rendant ce même peuple témoin de toutes les cérémonies de l’Église, se trouve forcé au respect par la dignité de ces cérémonies et excité à la piété par celle des ministres qui célèbrent les saints misteres. »



On voit ainsi s’opérer un déplacement important de sensibilité : l’ancien modèle, qui associait le voilement du sanctuaire à l’honneur dû au mystère, cède progressivement la place à une conception davantage fondée sur la visibilité de l’action liturgique et la participation visuelle des fidèles.

images/icones/carnet.gif  ( 999310 )La discipline de l'arcane est absente des premiers siècles de l'Eglise par Meneau (2026-05-18 10:37:19) 
[en réponse à 999261]

La discipline de l'arcane, au sens originel de la pratique de cacher les mystères et la liturgie aux non-initiés, est absente des premiers siècles de l'Eglise.

Elle est même raillée chez les autres religions par les apologètes catholiques (St Justin, St Irénée).

St Irénée dénonce les pratiques gnostiques de son temps qui veulent enfermer les mystères dans le silence : "non oportere omnino ipsorum mysteria effari, sed in abscondito continere per silentium" (Contr. haer. I) et écrit au contraire : "Traditionem apostolorum in toto mundo manifestatam, in omni Ecclesia adest respicere omnibus qui vera velint videre" (Contr. haer III)

Tertullien pour sa part écrit : "Dominus palam edixit, sine ulla significatione alicuius tecti sacramenti" (De Praescriptione Haereticorum XXVI)

En dehors de la nécessaire clandestinité liée aux persécutions, ce n'est que vers la fin du IIè siècle, avec l'apparition du catéchuménat, que se développe la discipline de ne pas dévoiler trop tôt et n'importe comment les mystères aux catéchumènes.

Cette tendance s'étend ensuite au-delà du catéchuménat et culmine au Vè siècle, tout en souffrant nombre d'exceptions, notamment dans la littérature chrétienne, pour disparaître presque totalement avec la généralisation du baptême des enfants et la disparition du catéchuménat au VIè siècle.

La discipline de l'arcane, qui se rapporte à la connaissance de la vérité, est à distinguer de la séparation entre sacré et profane, qui se rapporte à la nature des choses.

Cordialement
Meneau


images/icones/salutscout.gif  ( 999320 )Sens du sacré > pastorale & participation par Riaumont (2026-05-18 11:03:14) 
[en réponse à 999310]

On retrouve cette dérive de la liturgie dans le scoutisme quand le souci louable de la participation (éducative) domine sur le sens du sacré.

Tout en reconnaissant ce qu'il peut y avoir de bon dans ce point de vue pastoral, pour trouver la juste mesure il faut avoir garder le sens hiérarchique de la priorité des fins du culte divin.
images/icones/iphone.jpg  ( 999345 )Sed contra par Signo (2026-05-18 17:13:22) 
[en réponse à 999310]

Saint Basile le Grand, au IVe siècle:


« Parmi les dogmes conservés dans l’Eglise, certains nous viennent de l’enseignement écrit, et d’autres, nous les avons reçu de la tradition des Apôtres, transmis en secret [ou mystérieusement: ἐν μυστερίῳ] jusqu’à nous. Les uns et les autres ont une égale autorité pour nous former à la piété. Personne ne les contredirait, personne qui soit encore moyennement versé dans les questions ecclésiastiques. Car si nous voulions rejeter comme de peu d’importance tous les usages dont l’Ecriture ne dit rien, il nous faudrait condamner par une témérité inouïe des choses que l’Evangile nous déclare être nécessaires au salut, et même réduire à un vain nom la prédication même de la foi. Un de ces usages, pour commencer par le plus généralement pratiqué, c’est de marquer du signe de la croix ceux qui ont mis leur espérance en Jésus-Christ ; où le trouve-t-on enseigné par écrit ? Un autre, c’est de nous tourner vers l’Orient pour prier ; où avons-nous pris cela dans l’Ecriture ? Les paroles d’invocation dont nous nous servons en montrant le pain eucharistique et le calice de bénédiction, dans quels écrits des saints les trouvons-nous ? Car nous ne nous contenions pas de ce qui se trouve dans l’Apôtre ou dans les évangélistes ; mais nous y ajoutons, et avant et après beaucoup de formules, que nous ne savons que par tradition, et qui servent à relever l’importance du ministère. Nous consacrons l’eau du baptême, l’huile des onctions, la personne même du baptisé ; mais en vertu de quels écrits ? N’est-ce pas plutôt en vertu d’une tradition secrète ? Quelle écriture a jamais enseigné les onctions même que nous faisons (au baptême) ? En vertu de quelle autorité faisons-nous trois immersions ? Dans quel livre inspiré trouvons-nous les autres choses qui se pratiquent au baptême comme de renoncer à Satan et à ses anges ? N’est-ce pas plutôt dans une tradition secrète et mystérieuse que nous avons puisé cet usage ? N’est-ce pas dans les doctrines que nos pères ont conservées intactes au moyen du silence, qui les a protégées contre la curiosité et la malignité ? C’est que leur sagesse leur avait appris qu’enveloppées de secret, ces doctrines deviendraient plus vénérables. Car quelle convenance y aurait-il eu à mettre par écrit la doctrine relative à des mystères qu’il n’est permis de contempler qu’aux seuls initiés ! Eh ! que se proposait Moïse, lorsqu’il pourvut à ce que tout le monde ne pût voir ce qui se passait dans le sanctuaire, en établissant un parvis pour le peuple, et une autre partie du temple réservée aux seuls lévites ?… C’est avec la même sagesse que les apôtres et leurs successeurs les plus immédiats en instituant dès l’origine de l’Eglise certaines cérémonies, ont garanti au moyen du secret et du silence le respect dû aux mystères. Car ce n’est plus un mystère, que ce qui va se répéter de bouche en bouche parmi le peuple. C’est pour cette raison que certains dogmes nous ont été transmis sans écrit, de peur que trop répandus parmi le peuple, ils n’en devinssent pour lui un objet de mépris. Un dogme est autre chose qu’un édit. Les édits doivent être promulgués ; les dogmes au contraire ont besoin du mystère ou du silence. »

Saint Basile le Grand, Sur le Saint Esprit, XXVII, 67, IVe siècle.

images/icones/carnet.gif  ( 999348 )Oui par Meneau (2026-05-18 17:43:05) 
[en réponse à 999345]

St Basile, comme St Grégoir de Nazianze, St Cyril de Jérusalem ou St Ambroise, intervient dans la seconde période que je mentionnais, pendant laquelle cette discipline se développe et s'étend au-delà du catéchuménat aux païens, pour atteindre son point culminant au Vè siècle.

Leur souci est effectivement de ne pas divulguer par écrit l'ensemble des enseignements à ceux qui ne sont pas, ou pas encore, capables de les comprendre et risqueraient de les profaner ou de les tourner en dérision.

Au passage, les "initiés" pour lui, ce ne sont pas des membres d'un sous-groupe de l'Eglise qui auraient reçu un savoir secret que les autres n'auraient pas, mais tout simplement ceux qui ont reçu l'initiation chrétienne i.e. qui ont été correctement catéchisés.

A cette période, par exemple, le Notre Père n'était enseigné aux catéchumènes que quelques jours avant le baptême, le Credo juste avant d'être baptisé et après le renvoi des catéchumènes pas encore assez avancés, et certains mystères seulement après le Baptême.

Cordialement
Meneau
images/icones/fleche3.gif  ( 999486 )Nuances par Signo (2026-05-21 17:47:51) 
[en réponse à 999348]

Je suis globalement d’accord avec vous, cependant en réalité on ne sait pas grand-chose quant à la manière dont le culte chrétien se déroulait précisément à l’époque des persécutions. Les quelques textes que nous avons sur la liturgie dans l’Eglise primitive sont vagues, parcellaires et allusifs. Affirmer qu’il n’y avait aucune discipline de l’arcane durant les deux ou trois premiers siècles et qu’elle serait subitement apparu au IVe siècle comme une innovation radicale me parait largement péremptoire. Tout au plus peut-on supposer qu’elle se déroulait auparavant selon d’autres modalités, sans doute plus souples et plus « charismatiques ». On peut aussi supposer que le contexte de persécutions rendait nécessairement déjà confidentielles les synaxes eucharistiques, rendant inutile toute discipline de l’arcane supplémentaire, déjà assurée de facto du fait de ce contexte de semi-clandestinité.

D’une manière générale les développements disciplinaires et rituels viennent compenser l’affaiblissement charismatique des origines. Moins de miracles, de dons de prophéties, de guérisons, plus de ritualité et de discipline. La floraison rituelle et symbolique jaillit du corps de l’Eglise sous l’action de l’Esprit saint (une action d’abord directe à la Pentecôte et durant l’âge apostolique, puis indirecte et s’effectuant à travers la médiation de formes rituelles par la suite) afin que se conserve dans la durée le charisme vivant des origines et le dépôt apostolique, mais sous une forme plus stable et régulière. C’est pour cette raison que Mgr Schneider, lors de son homélie l’année dernière lors du pèlerinage de Chartres, a eu raison d’insister sur le fait que c’est la liturgie traditionnelle qui est véritablement « charismatique », parce que c’est dans la symbolique traditionnelle développée progressivement à travers les siècles que se conserve et se transmet de génération en génération l’esprit vivant de la Révélation reçu à la Pentecôte.

Il est bien évident que les « initiés » désignent ceux qui ont reçu l’initiation catéchuménale et baptismale et rien d’autre. Mais le christianisme est bien ésotérique, non pas dans le sens ou il contiendrait des enseignements « cachés » transmis dans de petits cercles d’initiés parallèlement à l’enseignement officiel, mais dans le sens ou c’est le niveau de pénétration de la vérité évangélique qui varie selon les personnes. Un paroissien moyen, quand bien même il serait un brillant intellectuel, n’a évidemment pas le même niveau de pénétration des vérités éternelles qu’un S. Jean de la Croix, un S. Benoit-Joseph Labre ou un S. Thomas d’Aquin. L’initiation catéchuménale et baptismale est en quelque sorte l’initiation commune, le minimum indispensable qui confère la plénitude du don divin, mais cette initiation se poursuit ensuite durant toute l’existence à travers la vie spirituelle purifiée par l’ascèse, nourrie par les sacrements et la prière, et accomplie par la vie dans la charité surnaturelle, accomplissant ainsi le don reçu au baptême et ouvrant la voie à la déification et à la vie dans l’Esprit.
Or, cette essence ésotérique et mystique du christianisme est contenue dans la doctrine catholique sous la forme d’un mystère, et mise à la disposition de tous à travers l’initiation ecclésiale et sacramentelle (ce qui ne signifie pas que tous suivent effectivement cette initiation), et non pas transmise en parallèle sous la forme d’un « secret » formel qui serait de jure réservé à un petit groupe.
images/icones/4a.gif  ( 999317 )Non bis in idem par Adso (2026-05-18 10:50:25) 
[en réponse à 999261]

https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=999316
images/icones/fleche3.gif  ( 999364 )non bis in idem par Ludwik (2026-05-18 20:15:21) 
[en réponse à 999317]

https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=999361