Méditation avec L'introduction à la vie dévote de St François de Sales
Le Forum Catholique
Imprimer le Fil Complet
ami de la Miséricorde - 2024-01-28 22:11:09
Méditation avec L'introduction à la vie dévote de St François de Sales
CHAPITRE VI
COMME LA TENTATION ET DÉLECTATION PEUVENT ÊTRE PÉCHÉ
La princesse de laquelle nous avons parlé ne peut mais de la recherche déshonnête qui lui est faite, puisque, comme nous avons présupposé, elle lui arrive contre son gré; mais si au contraire elle avait par quelques attraits donné sujet à la recherche, ayant voulu donner de l'amour à celui qui la muguette, indubitablement elle serait coupable de la recherche même.
Et quoiquelle en fît la délicate, elle ne laisserait pas d'en mériter du blâme et de la punition. Ainsi arrive-t-il quelquefois, que la seule tentation nous met en péché, parce que nous sommes cause dicelle.
Par exemple, je sais que jouant j'entre volontiers en rage et blasphème, et que le jeu me sert de tentation à cela: je pèche toutes fois et quantes que je jouerai, et suis coupable de toutes les tentations qui m'arriveront au jeu.
De même, si je sais que quelque conversation m'apporte de la tentation et de la chute, et j'y vais volontairement, je suis indubitablement coupable de toutes les tentations que j'y recevrai.
Quand la délectation qui arrive de la tentation peut être évitée, c'est toujours péché de la recevoir, selon que le plaisir que l'on y prend et le consentement que l'on y donne est grand ou petit, de longue et de petite durée.
C'est toujours chose blâmable à la jeune princesse, de laquelle nous avons parlé, si non seulement elle écoute la proposition sale et déshonnête qui lui est faite, mais encore, après l'avoir ouïe, elle prend plaisir en icelle, entretenant son coeur avec contentement sur cet objet; car bien qu'elle ne veuille pas consentir à l'exécution réelle de ce qui lui est proposé, elle consent néanmoins à lapplication spirituelle de son coeur par le contentement qu'elle y prend, et c'est toujours chose déshonnête d'appliquer ou le coeur ou le corps à chose déshonnête; ains la déshonnêteté consiste tellement à l'application du coeur, que sans icelle l'application du corps ne peut être péché.
Quand donc vous serez tentée de quelque péché, considérez si vous avez donné volontairement sujet d'être tentée, et lors la tentation même vous met en état de péché, pour le hasard auquel vous vous êtes jetée. Et cela s'entend, si vous avez pu éviter commodément l'occasion, et que vous ayez prévu ou dû prévoir l'arrivée de la tentation, elle ne peut aucunement vous être imputée à péché.
Quand la délectation qui suit la tentation a pu être évitée, et que néanmoins on ne l'a pas évitée, il y a toujours quelque sorte de péché, selon que l'on y a peu ou prou arrêté, et selon la cause du plaisir que nous y avons pris.Une femme, laquelle n'ayant point donné de sujet d'être muguetée, prend néanmoins plaisir à l'être, ne laisse pas d'être blâmable, si le plaisir qu'elle y prend n'a point d'autre cause que la muguetterie.
Par exemple, si le galant qui lui veut donner de l'amour sonnait exquisement bien du luth et qu'elle prît plaisir, non pas à la recherche qui est faite de son amour, mais à l'harmonie et douceur du son du luth, il n'y aurait point de péché, bien qu'elle ne devrait pas continuer longuement en ce plaisir, de peur de faire passage dicelui à la délectation de la recherche.
De même donc, si quelqu'un me propose quelque stratagème plein d'invention et d'artifice pour me venger de mon ennemi, et que je ne prenne pas plaisir ni ne donne aucun consentement à la vengeance qui m'est proposée, mais seulement à la subtilité de l'invention de l'artifice, sans doute je ne pèche point, bien qu'il ne soit pas expédient que je m'amuse beaucoup à ce plaisir, de peur que petit à petit il ne me porte à quelque délectation de la vengeance même.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=973643