Méditation avec La Fin de Monde Présent et Mystères de la Vie Future de l'Abbé Arminjon
Le Forum Catholique
Imprimer le Fil Complet
ami de la Miséricorde - 2023-06-18 05:31:40
Méditation avec La Fin de Monde Présent et Mystères de la Vie Future de l'Abbé Arminjon
SIXIEME CONFÉRENCE : DE L'ÉTERNITÉ DES PEINES ET DE LA DESTINÉE MALHEUREUSE
Ibunt hi in supplicium æternum.
Ils iront au supplice éternel. (Mt., XXV, 26.)
III
Un homme d'esprit disait un jour en parlant des méchants : ils sont un grand embarras dans ce monde et dans l'autre. Cet embarras extrême, que les sociétés humaines ressentent à l'égard de certains coupables, on peut dire, qu'en un sens, Dieu l'éprouve plus vivement encore à l'égard de l'homme pécheur.
Il est de foi que Dieu veut le salut de tous les hommes, et qu'autant qu'il est en Lui, Il n'exclut personne des fruits de la Rédemption.
Ce n'est pas volontiers qu'Il a créé l'Enfer; au contraire, Il épuise tous les moyens de Sa sagesse et tous les secrets de Sa tendresse, afin de nous prémunir contre un tel malheur ; Il nous le dit par la bouche d'Isaïe : Quid est quod debui ultra facere vineœ meœ et non feci (Isaïe, V, 4) ?
Si Dieu était susceptible de souffrir, aucune angoisse ne serait comparable à celles que ressent Son Cœur, lorsqu'Il est réduit à condamner une âme. Le saint Curé d'Ars dit un jour :
«S'il était possible à Dieu de souffrir, en damnant une âme, Il serait saisi de la même horreur et du même frémissement, qu'une mère réduite à laisser tomber elle-même le couteau de la guillotine sur le cou de son enfant».
Voyez Jésus-Christ à la dernière Cène ; Il contemple Judas avec des regards où se peignent la tristesse et la plus amère désolation, Il est dans un trouble convulsif, et dans le dernier excès de la consternation ; Il comprend mieux que nous ne parviendrons jamais à le concevoir, combien c'est chose horrible que l'état d'un homme dévoyé, perdu sans remède, laissé sans aucun moyen de revenir sur ses voies et de ressaisir sa destinée.
Il tente tous les moyens imaginables pour conjurer la perte de ce misérable ; Il se jette à ses pieds, les baise ; Il l'admet, malgré son indignité, au festin de Sachair sacrée... Et lorsque les ténèbres qui envahissent de plus en plus l'âme obstinée de Judas ont obstrué toutes les avenues par où la grâce divine aurait pu se frayer accès, Jésus-Christ pleure, Il semble oublier que le traître l'a choisi pour la victime de sa lâche avarice.
Il ne voit que l'horreur de son sort, Il dit avec angoisse : «Il aurait bien mieux valu pour cet homme qu'il ne fût point né» (Mt., XXVI, 24).
Ô vous qui accusez le Créateur de dureté, et Lui reprochez de ne pas aller jusqu'à la limite extrême de Sa toute puissance, afin d'empêcher Sa créature de périr éternellement, indiquez-Lui donc votre moyen et enseignez-Lui votre secret. Que voulez-vous que fasse Dieu ?
Demanderiez-vous qu'Il supprimât l'Enfer ?... Supprimer l’Enfer, ce serait supprimer le Ciel. Croyez-vous que les martyrs, les anachorètes, les vierges, les saints s'enivrant à cette heure des joies de la béatitude, se seraient soustraits aux séductions, qu'ils auraient foulé aux pieds les amorces mondaines, cherché les solitudes, traversé les persécutions, affronté les bourreaux et le glaive, s'ils n'avaient eu présente la parole du Maître :
«Ne craignez pas ceux qui ne peuvent faire périr que le corps ; mais craignez celui qui peut précipiter l'âme et le corps dans la fournaise des flammes» (Mt., x, 28).
Source : livres-mystiques.com
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=966402