Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More

Le Forum Catholique

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ami de la Miséricorde -  2017-05-30 01:45:48

Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More

Introduction

ANTOINE : Qu'il m'est dur de vous entendre ! Voici que nous redoutons une chose que nous ne concevions même pas il y a quelques années et je pense que d'autres, qui se croient à l'abri, protégés par la longue distance qui les sépare des Turcs, trembleront eux-mêmes avant longtemps.

La Grèce n'avait nulle crainte des Turcs quand je suis né ; peu de temps après, elle était envahie. Le Sultan de Syrie se croyait au moins l'égal du Grand Turc, mais longtemps avant votre naissance son empire subissait le même sort. Ensuite, les Turcs s'emparèrent de Belgrade, bastion de notre royaume, et maintenant ils sont deux à lutter pour savoir qui nous aura ; fasse le ciel qu'un troisième larron n'emporte pas le morceau ! Et que dire de la noble et puissante cité de Rhodes, dont la conquête parut être une victoire sur toute la Chrétienté, puisque la Chrétienté fut incapable de la défendre ? Pourtant, si tous les princes chrétiens s'étaient unis à temps pour le combattre partout où c'était nécessaire, le Turc n'aurait pas fait toutes ces conquêtes. Mais à cause des dissensions survenues entre nous et aussi parce que chacun se soucie fort peu des malheurs des autres et les laisse se débrouiller comme ils peuvent, le Turc s'est considérablement agrandi en quelques années et la Chrétienté s'est vue cruellement affaiblie. Tout cela est dû à notre mauvaiseté, qui déplaît si fort à Dieu.

Vous attendez de moi beaucoup de réconfort, pour vous en souvenir et pour vous soutenir, vous et les vôtres, contre vos terreurs nombreuses et variées. Sachez que moi-même j'ai éprouvé avant vous le besoin de paroles réconfortantes. Un peu avant votre venue, je réfléchissais à l'invasion des Turcs et de là ma pensée se tourna vers mon propre départ pour l'autre monde. Certes, je mets en Dieu toute ma confiance et j'ai l'espoir d'être sauvé par sa grâce ; pourtant, personne ici-bas ne peut être sûr d'être libéré de toute crainte. Alors, je me mis à réfléchir aux tourments de l'enfer et ensuite ma pensée revint aux Turcs. D'abord, la terreur qu'ils m'inspirent me parut peu de chose comparée à l'espérance du bonheur céleste. Puis, je la comparai à l'épouvante que je ressens quand je pense à l'enfer et au feu éternel, et il me sembla que si les Turcs avec toute leur armée, toutes leurs trompettes et leurs tambours devaient entrer dans ma chambre et m'assassiner dans mon lit, ils ne parviendraient pas à m'effrayer. Et pourtant, quand vous m'avez décrit les malheurs qui obscurcissent notre horizon alors que nous en avons déjà tant subi, c'était comme si je les voyais devant moi et j'en ai été consterné. Voilà pourquoi je vous approuve de désirer faire provision de réconfort pour vous en servir comme d'un antidote contre le désespoir. Et je serai heureux si ma pauvre mémoire peut maintenant se rappeler certaines choses que j'ai lues ou entendues, ou auxquelles j'ai déjà réfléchi et qui pourraient nous être utiles à cette fin. (...)

Source : livres-mystiques.com

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
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