Les valeurs chrétiennes, je ne sais pas ce que c'est.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2017-01-19 06:58:16

Les valeurs chrétiennes, je ne sais pas ce que c'est.

Bonjour jejomau.

Voici deux remarques rapides.

1.

D'une part, les valeurs chrétiennes, je ne sais pas ce que c'est. Je ne dis pas que cela n'existe pas, mais je ne sais pas ce que c'est.

D'autre part, les vertus chrétiennes, la Foi, l'Espérance, la Charité, je sais ce que c'est. Je ne dis pas que c'est souvent présent, dans les prises de parole et de position des hommes d'Eglise, mais je sais ce que c'est.

L'altruisme, la bienfaisance, La bienveillance, la dignité, la liberté, la fraternité, le respect et le souci de la nature, la solidarité, la tolérance, etc., sont légitimes et louables, sont sûrement tout à fait légitimes et louables, mais n'ont rien de radicalement ou rien de spécifiquement chrétien.

A mon avis, un athée altruiste, bienfaisant, bienveillant, respectueux de la dignité et de la liberté, écolo, fraternel, solidaire, tolérant, n'est pas un chrétien anonyme ou un chrétien implicite : c'est un athée, un athée humaniste, mais pas un chrétien.

Un chrétien adhère à Jésus-Christ, en tant que Fils unique du seul vrai Dieu, et non avant tout, ni seulement, en tant que "copain des jeunes" ou "ami des vieux", ce qui ne veut pas dire que ce chrétien est d'autant plus chrétien qu'il est éloigné ou opposé, à l'égard de la dignité et de la liberté, etc., mais ce qui veut dire qu'il n'est pas avant tout, ni seulement, en situation intérieure d'adhésion à ces valeurs, humaines, terrestres.

Beaucoup voudraient que tout le monde, ou presque, soit chrétien à la manière de Richard VIRENQUE : "à l'insu de son plein gré", mais c'est vraiment une grave erreur ; en d'autres termes, et sans jeu de mots : il ne suffit pas d'être gentil pour être chrétien, il s'agit d'être chrétien, ou pas, et, si l'on est chrétien, il ne suffit pas d'être gentil.

2.

Ce que vous écrivez sur l'inclusivisme périphériste me semble vraiment extrêmement juste, mais il est peut-être possible d'ajouter que l'inclusivisme périphériste fonctionne aussi à l'exclusion de ce qui se trouve, en principe, au centre, ou en tout cas à la tendance

- à l'omission de ce qui se trouve, en principe, au centre, c'est-à-dire, notamment, l'Ecriture, la Tradition, le Magistère, en ce qu'il a de plus éclairant et de plus exigeant,

et

- à l'éviction des fidèles qui adhèrent, en principe, au centre, et qui s'efforcent de le faire, avec l'aide de la grâce de Dieu, d'une manière non inclusiviste ni périphériste.

Nous sommes en présence d'une logique malsaine, voire perverse, qui ne peut que finir par jeter dehors, vers l'extérieur de paroisses, de diocèses, à coups de pied dans le derrière, des catholiques, y compris des clercs catholiques, "pélagiens", "pharisiens", "docteurs de la loi qui ont perdu la foi".

Or, la condition chrétienne n'est pas sans conditions, si j'ose dire, ce que les partisans de l'accueil inconditionnel semblent souvent oublier ou ignorer.

Et puis, entre nous, qu'est-ce que cela veut dire : que les incroyants ou les non chrétiens qui ne se tournent pas vers l'Eglise catholique et vers Jésus-Christ ne le font pas parce qu'ils se sentent exclus, dans la mesure où ils sont les victimes du fait que l'Eglise catholique les exclut, d'une manière méprisante, négligente, orgueilleuse ou paresseuse...

...alors que, aujourd'hui, l'Eglise catholique est dans le "dialogue" et dans le "partage", dans la charité, avec presque tout le monde, sauf avec les catholiques qui lui font remarquer qu'elle ferait bien mieux d'être avant tout (mais pas seulement) dans l'annonce et dans la profession de la vérité ?

J'ai bien peur que nous ne soyons en présence d'une dialectique mutagène, dans le cadre de laquelle ce qui importe le plus n'est pas que l'Eglise catholique inclue toutes les périphéries, ce qui est d'ailleurs impossible, mais est que l'Eglise catholique cesse de dire, à ceux qui sont trompés, dans l'ordre du croire ou de l'agir, qu'ils sont trompés, dans l'ordre du croire ou de l'agir, compte tenu de leur adhésion ou de leur soumission à des croyances ou à des pratiques qui éloignent de Jésus-Christ ou opposent à Jésus-Christ.

La lutte contre la mondialisation de l'indifférence, c'est "évangélique", mais la lutte contre la mondialisation de l'indifférenciation entre les religions, ou entre la religion chrétienne et un solidarisme spiritualiste, ce n'est pas "évangélique" : je crois que c'est ce qu'il convient d'appeler un sophisme.

Bonne journée.

Scrutator.
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