Il y a eu confusion entre évangélisation et "humanicisation".

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2016-07-03 14:26:02

Il y a eu confusion entre évangélisation et "humanicisation".

Bonjour et bon dimanche, Al Dav,

1. Dans le même ordre d'idées, je considère que le plus impressionnant, depuis bientôt trois quarts de siècle, dans un contexte à la fois franco-français et intra-catholique,

- c'est la tendance à la confusion entre évangélisation et "humanicisation",

ou, en d'autres termes,

- la tendance à la réduction ou à la soumission de l'évangélisation à une "humanicisation".

2. S'il est possible de dire que la notion d'anglicisation correspond au mouvement par lequel un vocable, une culture ou une personne deviennent anglais, il n'est pas impossible de dire que la notion d'humanicisation correspond au processus par lequel un vocabulaire, une civilisation, des individus ou des institutions deviennent "humains", découlent de catégories ou de principes apparemment humanistes, ou débouchent sur des comportements ou des principes apparemment humanistes.

3. Or, à partir de 1945 ou, en tout cas, à partir du début des années 1950, nous avons assisté, depuis l'intérieur de l'Eglise catholique, à la canalisation et à la configuration de l'évangélisation, en direction d'une "humanicisation". Des auteurs proches de, ou tels que, Emmanuel MOUNIER, ont eu, dans ce cadre, une certaine responsabilité.

4. La novlangue ou la vulgate à laquelle vous faites allusion dans votre message est à la fois le symbole et le symptôme de cette assimilation, ou de cette subordination, de l'évangélisation, à une "humanicisation", mais je ne suis pas sûr que vous ayez raison de dire que ce jargon, plus officiellement humanicisateur qu'effectivement évangélisateur, soit limitable à "quelques formules inoffensives et combien amusantes", comme vous l'écrivez.

5. Je dispose et propose, sur cette question, une "hypothèse interprétative", la plus précise et la plus prudente possible : à mon avis, probablement à la suite d'un complexe d'infériorité intellectuelle et morale de catholiques, au contact de ce qu'il semble y avoir de meilleur, dans la modernité, il y a eu lavage du cerveau des clercs, par auto-intoxication intellectuelle, dans l'ordre de la connaissance et des idées, mais aussi dans celui de l'action et des valeurs.

6. Ainsi,

a) je ne sais pas de quel ciel est tombé, ni de quel sol a jailli, l'idée, complètement fausse et folle, selon laquelle il s'agit ou il suffit d'exhorter les hommes et les femmes à devenir plus heureux et plus humains pour que, une fois devenus plus heureux et humains, ils soient plus disponibles, plus ouverts, sur et vers Jésus-Christ,

mais

b) je constate, par l'observation de ce que j'appelle la vraie vie des vrais gens, que l'on peut très bien tout faire pour être très heureux et très humain, tout faire pour rendre les autres très heureux et très humains, et, en même temps, être totalement indifférent à Jésus-Christ, au seul Médiateur, au seul Rédempteur.

7. Si mon hypothèse interprétative n'est pas mauvaise, elle permet peut-être de comprendre pourquoi il y a un tel déficit d'exhortation à la conversion chrétienne des âmes, et d'exhortation à la formation chrétienne des esprits, EN TANT QUE CONVERSION ET FORMATION RENDANT VIGILANT ET RESISTANT FACE A L'ESPRIT DU MONDE, dans le christianisme catholique contemporain

8. En effet, dans le cadre du catholicisme humanicisateur, et non plus évangélisateur, l'esprit du monde est considéré, non plus comme un adversaire déterminé, mais comme un partenaire potentiel, porteur de "valeurs chrétiennes" sécularisées, et dont seuls les abus ou les excès sont à déplorer.

9. Si je devais, ou pouvais, conclure, je dirais donc ceci : à cause d'au moins une partie de la théologie ante-conciliaire, du Magistère conciliaire, de la pastorale post-conciliaire, nous avons beaucoup perdu, sur le plan dogmatique comme sur le plan liturgique, sur le plan de la prédication comme sur celui de la catéchèse, mais ce que nous avons, globalement, perdu, et qui, je le crois, est le plus grave, c'est le sens chrétien de la distinction entre l'Esprit de Dieu et l'esprit du monde, ainsi que le sens chrétien du discernement de l'esprit du monde et de la confrontation à l'esprit du monde.

10. Or, j'ai beau chercher, mais je ne vois pas très bien dans quelle mesure une prise d'appui sur le texte le plus long du Concile peut contribuer à redonner aux catholiques le sens chrétien de cette distinction, de ce discernement, et de cette confrontation.

Il est d'ailleurs à noter qu'à l'automne 1964, puis, à nouveau, à l'automne 1965, des théologiens et des évêques, notamment allemands, mais aussi français, ont eu le courage et la franchise de dire en substance que le style et les thèmes de Gaudium et Spes impliquent ou induisent un positionnement relationnel de l'Eglise catholique, face au monde contemporain, un positionnement relationnel qui ne se prête pas très bien à la valorisation des vertus surnaturelles et théologales, dans le cadre d'une évangélisation digne de ce nom.

Bon dimanche.

Scrutator.
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