Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=800003
images/icones/mitre4.png  ( 800003 )Mgr Defois:Ce Concile qui a tant à nous dire par Jean Kinzler (2016-03-13 18:07:02) 

Nous avons encore beaucoup de choses à découvrir sur Vatican II, confie Mgr Defois au sujet de son livre Ce Concile qui a tant à nous dire. Nous l’avons célébré, nous en connaissons les grands textes, mais nous ne le vivons pas. Alors avant de penser à un Concile Vatican III, essayons de découvrir les richesses extraordinaires du Concile Vatican II.
Voici donc l’objectif du docteur en théologie à travers ce livre. Mgr Defois a notamment été marqué par le rôle joué par le cardinal Liénart (1907-1973), évêque de Lille pendant 40 ans, lors du Concile. Il lui rend hommage :

Il a voulu faire prendre conscience que l’Église avait une âme, que c’était un lieu de rencontre. Il a souhaité donner une dimension plus spirituelle, et montrer que la Bible, ce n’est pas simplement un livre d’histoire sainte, mais la Parole de Dieu. Nous sommes redevables aujourd’hui de ce que le cardinal Liénart a présenté au Concile.
Mgr Defois retient aussi du Concile une volonté de tourner le dos à une Église trop enfermée sur elle-même.

Le Concile a voulu ouvrir les fenêtres pour donner de l’air, et faire une Église en mouvement, qui respecte les hommes. Dans un monde de plus en plus sécularisé, le pape François dit ‘‘N’ayez pas peur !’’ Ce message était déjà entendu au Concile Vatican II.
Mais, si ce Concile est si bien, pourquoi n’est-il pas suffisamment suivi un demi-siècle plus tard ? L’heure est enfin à la mise en œuvre de Vatican II. C’est ce que réclame Mgr Defois, qui voit des bons signes depuis Benoît XVI et François. Il écrit en conclusion de son livre :

Ils nous ont rappelé l’urgence de reprendre les grandes lignes du Concile pour qu’il soit la matrice d’une nouvelle inspiration en vue de l’évangélisation de la modernité.
Mgr Gérard Defois, Ce Concile qui a tant à nous dire, les éditions du Cerf, 25 €.ici
images/icones/neutre.gif  ( 800005 )Euh... par Aigle (2016-03-13 18:30:37) 
[en réponse à 800003]

Sans manquer de respect à son Excellence Mgr Defois, un concile clôturé depuis 51 ans a t il encore beaucoup de choses à nous révéler ?

Le pape François (qui n'est pas un intégriste) le cite fort peu ...n'est ce pas révélateur ?
images/icones/fleche2.gif  ( 800036 )450 ans plus tard, le Concile de Trente a bcp à nous dire aussi par Regnum Galliae (2016-03-14 12:18:32) 
[en réponse à 800005]

Plus que Vatican II qui est trop marqué par son époque. Trente, c'est de l'intemporel !
images/icones/fleche2.gif  ( 808268 )Vatican II, c'est le Concile des Trente...glorieuses. par Scrutator Sapientiæ (2016-07-03 12:24:04) 
[en réponse à 800036]

Bonjour et bon dimanche, Regnum Galliae.

1. J'abonde pleinement dans votre sens.

Le Concile de Trente, c'est le Concile de Trente.

Et le Concile Vatican II, c'est le Concile des Trente.

Des Trente glorieuses, qui ont été particulièrement glorieuses pour telles conceptions de l'homme et du monde, ou pour telles relations à l'homme et au monde, PARTICULIEREMENT DECHRISTIANISATRICES.

2. A mon avis, en ce qui concerne le Concile Vatican II,

I - on comprend la moitié de ce qu'il y a à comprendre en prenant en considération

a) les fondements : l'Ecriture, la Tradition, le Magistère, mais aussi une théologie plutôt anti-thomiste ou, en tout cas, post-thomiste,

b) le contenu : les expressions, mais aussi les omissions, car ce n'est pas parce qu'un Concile ne peut pas tout dire qu'il doit, à ce point-là, taire l'essentiel, quand il déplaît, dérange, divise,

c) les dimensions : nous sommes en présence de deux Constitutions dogmatiques, d'une Constitution liturgique, d'une Constitution "pastorale" (comprenez : plus consensuelle que dissensuelle ad extra), de décrets d'application, et de déclarations "pastorales" (elles-aussi plus consensuelles que dissensuelles ad extra),

d) la direction : plutôt pour que contre, ou "ni pour ni contre, bien au contraire", face à telle conception alors dominante, prétendue ou supposée "humaniste", mais en fait individualiste et permissive, ou collectiviste et répressive, de l'homme et du monde, à cause d'une confusion globale entre Espérance chrétienne et optimisme intra-mondain,

à l'intérieur des documents du Concile ;

II - on comprend l'autre moitié de ce qu'il y a à comprendre en prenant en considération le contexte culturel et matériel, historique, moral et social, présent au sein de l'Eglise catholique et au sein du monde contemporain, dans la première moitié des Trente glorieuses.

3. Les Trente glorieuses ont été caractérisées par une ambiance, un contexte, une époque ; au Concile Vatican II, l'Eglise catholique a cru pouvoir dire PLUTOT OUI, sans discernement ni vigilance, à cette ambiance, à ce contexte, à cette époque, alors que bien des principes, bien des pratiques, inhérents au Trente glorieuses, ont eu plutôt tendance à éloigner les personnes de Jésus-Christ, ou à opposer les personnes à Jésus-Christ. C'est donc la moindre des choses que nous continuions, aujourd'hui encore, à subir les conséquences de ce OUI.

4. L'Eglise catholique aurait-elle dû dire NON ? Ici, tout dépend de la manière de dire NON, et des matières sur lesquelles on dit NON. Dire NON, d'une manière explicite et spécifique, à telle conception dominante, erronée ou frelatée, de l'homme et du monde, n'est pas dire NON à tous les hommes, ni au monde entier, et cela consiste même à dire OUI à leur aptitude et à leur aspiration à faire preuve de vigilance et de résistance face à telle idéologie, plus libératoire, à l'égard de Dieu, que libératrice, vis-à-vis de l'homme.

5. Je termine ce message par cette remarque : Si Dieu est avec nous, et si nous sommes avec lui, pour quoi serons-nous, mais aussi contre quoi serons-nous ? Si nous voulons vraiment être en communion, être en relation, avec Dieu, c'est la moindre des choses que nous soyons approbateurs de ce qui contribue à la consolidation, au développement, de cette communion, de cette relation, mais c'est aussi la moindre des choses que nous soyons réprobateurs, face à tel système de valeurs qui a plutôt tendance à faire entrave à cette communion, ou qui a plutôt tendance à faire obstacle à cette relation.

6. Or, quand on lit les documents du Concile, à commencer par Gaudium et Spes, on se demande vraiment si les rédacteurs de ce document ont eu vraiment conscience, ou ont vraiment tenu à ce que les catholiques aient vraiment conscience, du fait qu'il existe des systèmes de valeurs (l'atlantisme hédoniste, le communiste soviétique, etc.) qui, en tant que tels, avant tout sous l'angle de l'agir concret des êtres concrets, et non avant tout sous l'angle géopolitique ou géostratégique, ont vraiment plutôt tendance, intentionnelle, à éloigner de Jésus-Christ ou à opposer à Jésus-Christ.

Je ne suis pas sûr que l'un ou l'autre de ces systèmes de valeurs, à caractère anti-chrétien ou post-chrétien, ait été explicitement et spécifiquement dénoncé, en tant qu'objectivement propice, notamment, à l'apostasie et à l'idolâtrie, dans ce même texte du Concile...

Bon dimanche.

Scrutator.
images/icones/1q.gif  ( 800009 )Combien de fois par AVV-VVK (2016-03-13 21:43:36) 
[en réponse à 800003]

ce refrain n'est-il pas repris?
P.S. La tenue du prélat sur la couverture du livre: typiquement postconciliaire (?)
images/icones/neutre.gif  ( 800083 )Evangélisation de la modernité ! par Al Dav (2016-03-14 20:16:56) 
[en réponse à 800009]

Accrochez vos ceintures, le démarrage va être très dur.

La modernité est chose si fuyante et si fugace à la fois qu'il faut au moins la rattraper avant que de lui causer en face. Et prendre garde qu'elle est déjà obsolète quand tu la tiens.

Le Concile Vatican II a essayé de la rattraper et son document sur les moyens de communications ne parle pas du NET... Et pour cause.

Je croyais naïvement qu'on évangélisait des hommes et des femmes. Évangéliser un concept : pas facile, surtout des plus mouvants.

Quant aux moyens, c'est de la même veine; essayer un truct totalement improductif depuis 50 ans (de l'aveu même de l'auteur!) pour "évangéliser la modernité", fallait y penser. Pas vrai ?

Mgr pourrait se contenter de la méthode du Pape François : jeter le manteau de Noé sur le concile Vat II et ne jamais en parler. Je trouve ça bien plus moderne.

Au moins Mgr m'a rappelé ma jeunesse; il a su retrouver en 2016 le sens de ces formules parfaitement creuse du jargon existentialiste des sixties.

J'avais encore gardé la mémoire de quelques formules inoffensives et combien amusantes de cette époque délirante. Mais 60 ans plus tard, avec cet engin si performant qu'il n'a pas su même se faire connaître, partir courageusement rien moins qu'à l’évangélisation de la modernité (vous avez bien lu) c'est... Prométhéen!
images/icones/fleche2.gif  ( 808279 )Il y a eu confusion entre évangélisation et "humanicisation". par Scrutator Sapientiæ (2016-07-03 14:26:02) 
[en réponse à 800083]

Bonjour et bon dimanche, Al Dav,

1. Dans le même ordre d'idées, je considère que le plus impressionnant, depuis bientôt trois quarts de siècle, dans un contexte à la fois franco-français et intra-catholique,

- c'est la tendance à la confusion entre évangélisation et "humanicisation",

ou, en d'autres termes,

- la tendance à la réduction ou à la soumission de l'évangélisation à une "humanicisation".

2. S'il est possible de dire que la notion d'anglicisation correspond au mouvement par lequel un vocable, une culture ou une personne deviennent anglais, il n'est pas impossible de dire que la notion d'humanicisation correspond au processus par lequel un vocabulaire, une civilisation, des individus ou des institutions deviennent "humains", découlent de catégories ou de principes apparemment humanistes, ou débouchent sur des comportements ou des principes apparemment humanistes.

3. Or, à partir de 1945 ou, en tout cas, à partir du début des années 1950, nous avons assisté, depuis l'intérieur de l'Eglise catholique, à la canalisation et à la configuration de l'évangélisation, en direction d'une "humanicisation". Des auteurs proches de, ou tels que, Emmanuel MOUNIER, ont eu, dans ce cadre, une certaine responsabilité.

4. La novlangue ou la vulgate à laquelle vous faites allusion dans votre message est à la fois le symbole et le symptôme de cette assimilation, ou de cette subordination, de l'évangélisation, à une "humanicisation", mais je ne suis pas sûr que vous ayez raison de dire que ce jargon, plus officiellement humanicisateur qu'effectivement évangélisateur, soit limitable à "quelques formules inoffensives et combien amusantes", comme vous l'écrivez.

5. Je dispose et propose, sur cette question, une "hypothèse interprétative", la plus précise et la plus prudente possible : à mon avis, probablement à la suite d'un complexe d'infériorité intellectuelle et morale de catholiques, au contact de ce qu'il semble y avoir de meilleur, dans la modernité, il y a eu lavage du cerveau des clercs, par auto-intoxication intellectuelle, dans l'ordre de la connaissance et des idées, mais aussi dans celui de l'action et des valeurs.

6. Ainsi,

a) je ne sais pas de quel ciel est tombé, ni de quel sol a jailli, l'idée, complètement fausse et folle, selon laquelle il s'agit ou il suffit d'exhorter les hommes et les femmes à devenir plus heureux et plus humains pour que, une fois devenus plus heureux et humains, ils soient plus disponibles, plus ouverts, sur et vers Jésus-Christ,

mais

b) je constate, par l'observation de ce que j'appelle la vraie vie des vrais gens, que l'on peut très bien tout faire pour être très heureux et très humain, tout faire pour rendre les autres très heureux et très humains, et, en même temps, être totalement indifférent à Jésus-Christ, au seul Médiateur, au seul Rédempteur.

7. Si mon hypothèse interprétative n'est pas mauvaise, elle permet peut-être de comprendre pourquoi il y a un tel déficit d'exhortation à la conversion chrétienne des âmes, et d'exhortation à la formation chrétienne des esprits, EN TANT QUE CONVERSION ET FORMATION RENDANT VIGILANT ET RESISTANT FACE A L'ESPRIT DU MONDE, dans le christianisme catholique contemporain

8. En effet, dans le cadre du catholicisme humanicisateur, et non plus évangélisateur, l'esprit du monde est considéré, non plus comme un adversaire déterminé, mais comme un partenaire potentiel, porteur de "valeurs chrétiennes" sécularisées, et dont seuls les abus ou les excès sont à déplorer.

9. Si je devais, ou pouvais, conclure, je dirais donc ceci : à cause d'au moins une partie de la théologie ante-conciliaire, du Magistère conciliaire, de la pastorale post-conciliaire, nous avons beaucoup perdu, sur le plan dogmatique comme sur le plan liturgique, sur le plan de la prédication comme sur celui de la catéchèse, mais ce que nous avons, globalement, perdu, et qui, je le crois, est le plus grave, c'est le sens chrétien de la distinction entre l'Esprit de Dieu et l'esprit du monde, ainsi que le sens chrétien du discernement de l'esprit du monde et de la confrontation à l'esprit du monde.

10. Or, j'ai beau chercher, mais je ne vois pas très bien dans quelle mesure une prise d'appui sur le texte le plus long du Concile peut contribuer à redonner aux catholiques le sens chrétien de cette distinction, de ce discernement, et de cette confrontation.

Il est d'ailleurs à noter qu'à l'automne 1964, puis, à nouveau, à l'automne 1965, des théologiens et des évêques, notamment allemands, mais aussi français, ont eu le courage et la franchise de dire en substance que le style et les thèmes de Gaudium et Spes impliquent ou induisent un positionnement relationnel de l'Eglise catholique, face au monde contemporain, un positionnement relationnel qui ne se prête pas très bien à la valorisation des vertus surnaturelles et théologales, dans le cadre d'une évangélisation digne de ce nom.

Bon dimanche.

Scrutator.
images/icones/1b.gif  ( 800127 )Il me semble que l'Eglise était beaucoup plus un lieu de rencontre par Donapaleu (2016-03-15 11:26:46) 
[en réponse à 800003]

avant le Concile Vatican 2...quand la majorité de la population allait à la messe le dimanche ! Aujourd'hui, dans nos campagnes, l’église (qui représente l'Eglise !) est un lieu de rencontre de vieillards !


Il a voulu faire prendre conscience que l’Eglise avait une âme, que c’était un lieu de rencontre.