Ce n'est pas du marxisme, c'est du contextualisme.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2015-09-05 08:55:30
Ce n'est pas du marxisme, c'est du contextualisme.
Bonjour Rodolphe,
Vous avez raison, ce que dit le Pape François ne découle pas du marxisme, ni du relativisme, mais relève plutôt du "contextualisme" :
" Pour comprendre la foi, il faut aller à la rencontre des familles, des pauvres, des souffrants, des périphéries. Le théologien est d’abord le fils de son peuple qui rencontre des personnes et leurs histoires et qui connaît la tradition. Une théologie qui trouve sa source uniquement en elle-même est comme une proposition belle mais irréelle. "
(Je vais finir par croire que je suis un "fondamentaliste", puisque je considère que la théologie "trouve sa source", avant tout, pas seulement, mais avant tout, dans...la Parole de Dieu...)
" Les attentes du peuples, ses angoisses, ses rêves, ses luttes, ses préoccupations ont une valeur herméneutique qu’on ne peut pas ignorer. Le théologien a donc pour tâche de discerner et de réfléchir à ce que veut dire être chrétien dans le temps présent. On n’est pas chrétien en Argentine aujourd’hui comme on l’était il y a cent ans par exemple. On n’est pas chrétien en Argentine comme on l’est en Inde, au Canada ou à Rome. "
(Je vais finir par croire que je suis un "fondamentaliste", puisque je considère que la Parole de Dieu bénéficie toujours d'une certaine primauté, sur tout contexte expérimenté par l'homme, ou sur toute aspiration, existence, expérience, orientation, de l'homme.)
Ce contextualisme est relié à une instance qui est située à la fois au-dessus et au-dedans de tel ou tel contexte culturel, historique, social :
" Mais le Pape François ne minimise pas pour autant l’importance de la mémoire des origines pour pouvoir affronter avec dynamisme les défis quotidiens. Au contraire, il est essentiel, selon lui, de récupérer la mémoire du passage de Dieu dans la vie de l’Eglise pour combattre les divisions et les tentations. Il est essentiel de garder le lien entre tradition et présent, entre étude et témoignage, pour un catholicisme vrai et authentique. "
A présent, je m'interroge sur le sens de l'absence, dans ce texte, d'expressions telles que : autorité de la Révélation, Parole de Dieu, vérité révélée, Ecriture, Magistère, régulation de la théologie.
Ces absences ne font certes pas du Pape François un hérétique, un "libéral", un marxiste, ou un relativiste, néanmoins, compte tenu de l'absence de ces expressions, qu'est-ce qui (lui) permet de "mettre en garde", d'une manière réaliste, "contre les particularismes", en l'occurrence, théologiques ?
Je me permets une remarque sur le conservatisme : celui-ci n'est pas mauvais en soi, car tout de la dépend de la manière de conserver et des matières à conserver ; ainsi, il y a dans l'Eglise un conservatisme qui permet précisément de ne pas "glorifier tout ce qui est nouveau en relativisant la sagesse".
Je réagis enfin, pas du tout en tant que censeur de quelque personne que ce soit, au contact de cette phrase :
" Parmi les défis à relever, le Pape François énonce enfin le multiculturalisme, le relativisme et la globalisation qui déprécient la dignité de la personne et la réduisent à une marchandise. "
Le Pape François a raison de dire cela, et je ne dis même pas, ici, qu'il a sans doute tort de négliger ou d'oublier ce dont il ne parle pas, mais je dis seulement que j'ai peut-être raison d'ajouter, ici, le postmodernisme,
- qui a à la fois une importance considérable et une influence préjudiciable, depuis la fin des années 1960 ou le début des années 1970, au sein de la théologie, dans l'Eglise catholique,
- qui a plutôt tendance à déprécier la dignité de la Parole de Dieu, à la réduire à une référence parmi d'autres, et à la soumettre à des déformations ou à de la plasticité.
En théologie, c'est particulièrement vrai en théologie fondamentale, je crois qu'il y a un équilibre à trouver entre normativité et pastoralité, ou, si vous préférez,
- entre "l'immunisation", vis-à-vis de certaines anomalies, disproportions, ou erreurs, dans les appréciations ou dans les formulations,
- et "l'hospitalité", à l'égard des aspirations et des orientations humaines, de l'existence et de l'expérience des hommes et des femmes, de la diversité et de la part de fécondité des cultures, des périodes de l'histoire, et des sociétés.
Pour pouvoir trouver "un point d'équilibre", à la fois ouvert sur ce qui constitue l'origine fondamentale et ouvert sur ce qui constitue la destination universelle de la théologie, je crois simplement qu'il ne faut pas se tromper sur le "facteur" auquel on accorde la primauté qui lui revient, sur le "paramètre" auquel on attribue la priorité qui est la sienne.
Et ce "facteur", ou plutôt ce "vecteur", il me semble que c'est avant tout le Logos divin, et non avant tout tel ou tel ethos humain.
En d'autres termes, c'est avant tout l'étude de l'Ecriture, et non avant tout l'usage de l'Ouverture, qui constitue, je le crois, "l'âme de la théologie".
Je n'en dis pas plus, mais je n'en pense pas moins, et j'espère avoir raison d'être convaincu que le Pape François pense la même chose, même si, éventuellement, il ne pense pas toujours à la dire.
En tout cas, je n'ose imaginer qu'un Evêque de Rome, qu'un Souverain pontife, puisse faire croire ou laisser entendre à qui que ce soit que dans le cadre des relations entre théologie et pastorale, la pratique de l'Ouverture sur l'homme et sur le monde a autant d'autorité ou d'importance que la réception de l'Ecriture inspirée par Dieu (même si l'Ecriture a aussi été écrite, puis expliquée, par des hommes).
Ce qui est second, l'Ouverture, n'est pas secondaire, mais ce qui est second n'est pas premier ; et ce qui est premier, la réception de l'Ecriture, ne rend ni impensable, ni impossible, ni insensé, ni interdit, ni inutile, ce qui est second, à savoir la pratique de l'Ouverture, mais celle-ci n'a pas à être régulatrice de celle-là.
C'est en tous cas "ce que je crois". Ou comme diraient peut-être certains, je crois en la priorité légitime de "l'intellectus scripturae" sur la "cogitatio fidei".
Vraiment merci de m'avoir donné l'occasion d'écrire ce qui précède, et qui est certainement améliorable, bonne journée et à bientôt.
Scrutator.
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