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Doctrine et pastorale sont intimement liées selon le Pape François par Chicoutimi (2015-09-04 19:26:47)
Lu sur
Radio Vatican :
"Pour le Pape François, doctrine et pastorale sont intimement liées, comme le sont la prière et la vie. Il le réaffirme dans un message vidéo au Congrès international de théologie, trois jours de travaux qui se sont achevés jeudi à Buenos Aires. Ce congrès était organisé à l’occasion d’un double anniversaire : le centenaire de la faculté de théologie de l’université catholique d’Argentine et le cinquantenaire du Concile Vatican II.
Le Saint-Père considère la théologie comme une discipline de premier ordre, mais il met en garde contre le risque de la séparer de la pastorale. Les grands théologiens, comme Irénée, Augustin, Basile ou Ambroise étaient aussi des pasteurs, souligne-t-il dans son message. Pour comprendre la foi, il faut aller à la rencontre des familles, des pauvres, des souffrants, des périphéries. Le théologien est d’abord le fils de son peuple qui rencontre des personnes et leurs histoires et qui connaît la tradition. Une théologie qui trouve sa source uniquement en elle-même est comme une proposition belle mais irréelle.
Discerner ce que veut dire être chrétien aujourd'hui
Les attentes du peuples, ses angoisses, ses rêves, ses luttes, ses préoccupations ont une valeur herméneutique qu’on ne peut pas ignorer. Le théologien a donc pour tâche de discerner et de réfléchir à ce que veut dire être chrétien dans le temps présent. On n’est pas chrétien en Argentine aujourd’hui comme on l’était il y a cent ans par exemple. On n’est pas chrétien en Argentine comme on l’est en Inde, au Canada ou à Rome. Mais le Pape François ne minimise pas pour autant l’importance de la mémoire des origines pour pouvoir affronter avec dynamisme les défis quotidiens. Au contraire, il est essentiel, selon lui, de récupérer la mémoire du passage de Dieu dans la vie de l’Eglise pour combattre les divisions et les tentations. Il est essentiel de garder le lien entre tradition et présent, entre étude et témoignage, pour un catholicisme vrai et authentique.
Le Souverain Pontife met par ailleurs en garde contre les particularismes et il compare l’Eglise à un fleuve vivant qui puise sa source dans ses origines et coule vers l’avenir en irrigant des terres très différentes entre elles. Mise en garde également contre deux grandes tentations diamétralement opposées : celle de se réfugier dans le conservatisme ou le fondamentalisme et celle de glorifier tout ce qui est nouveau en relativisant la sagesse. Parmi les défis à relever, le Pape François énonce enfin le multiculturalisme, le relativisme et la globalisation qui déprécient la dignité de la personne et la réduisent à une marchandise. En clair, le théologien est un gardien de la mémoire mais aussi un prophète. C’est un croyant qui a fait l’expérience de Jésus Christ et qui a découvert qu’il ne peut pas vivre sans Lui."
Source

( 786279 )
J'ai essayé de répondre, dans mon message à Rodolphe. par Scrutator Sapientiæ (2015-09-05 09:08:51)
[en réponse à 786263]
Bonjour Yves Daoudal,
Je viens d'essayer de contribuer à cette discussion, dans le message que j'ai adressé à celui de Rodolphe.
Je suis preneur de tout complément, de toute correction, par rapport à ce que j'ai essayé d'écrire.
Nous en sommes à pouvoir "mesurer les écarts", non avant tout entre les objectifs d'hier et les résultats d'aujourd'hui, mais avant tout entre les constitutions fondamentales d'hier, je pense ici à Dei Verbum, et les déclarations conjoncturelles d'aujourd'hui, je pense ici au Pape François.
Dans le contexte actuel, ce qui est scandaleux, entre autres choses, c'est le recours, par certains, à des sophismes, pour disqualifier tel ou tel argument ou objection :
"Vous prenez appui sur l'Ecriture pour me contredire ? Vous êtes donc un "fondamentaliste" !"
"Vous prenez appui sur un Père ou un Docteur de l'Eglise pour me contredire ? Vous êtes donc un "traditionaliste" !"
"Vous prenez appui sur Jean-Paul II ou Benoît XVI pour me contredire ? Vous portez donc atteinte à "l'unité de l'Eglise" !"
Bonne journée et à bientôt.
Scrutator.

( 786277 )
Ce n'est pas du marxisme, c'est du contextualisme. par Scrutator Sapientiæ (2015-09-05 08:55:30)
[en réponse à 786267]
Bonjour Rodolphe,
Vous avez raison, ce que dit le Pape François ne découle pas du marxisme, ni du relativisme, mais relève plutôt du "contextualisme" :
" Pour comprendre la foi, il faut aller à la rencontre des familles, des pauvres, des souffrants, des périphéries. Le théologien est d’abord le fils de son peuple qui rencontre des personnes et leurs histoires et qui connaît la tradition. Une théologie qui trouve sa source uniquement en elle-même est comme une proposition belle mais irréelle. "
(Je vais finir par croire que je suis un "fondamentaliste", puisque je considère que la théologie "trouve sa source", avant tout, pas seulement, mais avant tout, dans...la Parole de Dieu...)
" Les attentes du peuples, ses angoisses, ses rêves, ses luttes, ses préoccupations ont une valeur herméneutique qu’on ne peut pas ignorer. Le théologien a donc pour tâche de discerner et de réfléchir à ce que veut dire être chrétien dans le temps présent. On n’est pas chrétien en Argentine aujourd’hui comme on l’était il y a cent ans par exemple. On n’est pas chrétien en Argentine comme on l’est en Inde, au Canada ou à Rome. "
(Je vais finir par croire que je suis un "fondamentaliste", puisque je considère que la Parole de Dieu bénéficie toujours d'une certaine primauté, sur tout contexte expérimenté par l'homme, ou sur toute aspiration, existence, expérience, orientation, de l'homme.)
Ce contextualisme est relié à une instance qui est située à la fois au-dessus et au-dedans de tel ou tel contexte culturel, historique, social :
" Mais le Pape François ne minimise pas pour autant l’importance de la mémoire des origines pour pouvoir affronter avec dynamisme les défis quotidiens. Au contraire, il est essentiel, selon lui, de récupérer la mémoire du passage de Dieu dans la vie de l’Eglise pour combattre les divisions et les tentations. Il est essentiel de garder le lien entre tradition et présent, entre étude et témoignage, pour un catholicisme vrai et authentique. "
A présent, je m'interroge sur le sens de l'absence, dans ce texte, d'expressions telles que : autorité de la Révélation, Parole de Dieu, vérité révélée, Ecriture, Magistère, régulation de la théologie.
Ces absences ne font certes pas du Pape François un hérétique, un "libéral", un marxiste, ou un relativiste, néanmoins, compte tenu de l'absence de ces expressions, qu'est-ce qui (lui) permet de "mettre en garde", d'une manière réaliste, "contre les particularismes", en l'occurrence, théologiques ?
Je me permets une remarque sur le conservatisme : celui-ci n'est pas mauvais en soi, car tout de la dépend de la manière de conserver et des matières à conserver ; ainsi, il y a dans l'Eglise un conservatisme qui permet précisément de ne pas "glorifier tout ce qui est nouveau en relativisant la sagesse".
Je réagis enfin, pas du tout en tant que censeur de quelque personne que ce soit, au contact de cette phrase :
" Parmi les défis à relever, le Pape François énonce enfin le multiculturalisme, le relativisme et la globalisation qui déprécient la dignité de la personne et la réduisent à une marchandise. "
Le Pape François a raison de dire cela, et je ne dis même pas, ici, qu'il a sans doute tort de négliger ou d'oublier ce dont il ne parle pas, mais je dis seulement que j'ai peut-être raison d'ajouter, ici, le postmodernisme,
- qui a à la fois une importance considérable et une influence préjudiciable, depuis la fin des années 1960 ou le début des années 1970, au sein de la théologie, dans l'Eglise catholique,
- qui a plutôt tendance à déprécier la dignité de la Parole de Dieu, à la réduire à une référence parmi d'autres, et à la soumettre à des déformations ou à de la plasticité.
En théologie, c'est particulièrement vrai en théologie fondamentale, je crois qu'il y a un équilibre à trouver entre normativité et pastoralité, ou, si vous préférez,
- entre "l'immunisation", vis-à-vis de certaines anomalies, disproportions, ou erreurs, dans les appréciations ou dans les formulations,
- et "l'hospitalité", à l'égard des aspirations et des orientations humaines, de l'existence et de l'expérience des hommes et des femmes, de la diversité et de la part de fécondité des cultures, des périodes de l'histoire, et des sociétés.
Pour pouvoir trouver "un point d'équilibre", à la fois ouvert sur ce qui constitue l'origine fondamentale et ouvert sur ce qui constitue la destination universelle de la théologie, je crois simplement qu'il ne faut pas se tromper sur le "facteur" auquel on accorde la primauté qui lui revient, sur le "paramètre" auquel on attribue la priorité qui est la sienne.
Et ce "facteur", ou plutôt ce "vecteur", il me semble que c'est avant tout le Logos divin, et non avant tout tel ou tel ethos humain.
En d'autres termes, c'est avant tout l'étude de l'Ecriture, et non avant tout l'usage de l'Ouverture, qui constitue, je le crois, "l'âme de la théologie".
Je n'en dis pas plus, mais je n'en pense pas moins, et j'espère avoir raison d'être convaincu que le Pape François pense la même chose, même si, éventuellement, il ne pense pas toujours à la dire.
En tout cas, je n'ose imaginer qu'un Evêque de Rome, qu'un Souverain pontife, puisse faire croire ou laisser entendre à qui que ce soit que dans le cadre des relations entre théologie et pastorale, la pratique de l'Ouverture sur l'homme et sur le monde a autant d'autorité ou d'importance que la réception de l'Ecriture inspirée par Dieu (même si l'Ecriture a aussi été écrite, puis expliquée, par des hommes).
Ce qui est second, l'Ouverture, n'est pas secondaire, mais ce qui est second n'est pas premier ; et ce qui est premier, la réception de l'Ecriture, ne rend ni impensable, ni impossible, ni insensé, ni interdit, ni inutile, ce qui est second, à savoir la pratique de l'Ouverture, mais celle-ci n'a pas à être régulatrice de celle-là.
C'est en tous cas "ce que je crois". Ou comme diraient peut-être certains, je crois en la priorité légitime de "l'intellectus scripturae" sur la "cogitatio fidei".
Vraiment merci de m'avoir donné l'occasion d'écrire ce qui précède, et qui est certainement améliorable, bonne journée et à bientôt.
Scrutator.

( 786288 )
Remarques... par Rodolphe (2015-09-05 11:38:30)
[en réponse à 786277]
Bonjour Scrutator,
Quelques remarques sur ce que vous avez écrit.
En premier lieu, il ne faut pas oublier que ce dont nous disposons -du moins pour l'instant- est un compte-rendu du discours du Pape. Des coupes ont donc nécessairement été faites et il est dès lors difficile de déterminer ce qui aurait été réellement "omis" par François pour le lui reprocher.
Un compte-rendu journalistique vise surtout à mettre en avant ce qu'il y a de "spécifique" dans un discours et a tendance à écarter ce qui est "convenu", ce qui relève des "sentiers battus". Il y a là une sorte de biais sensationnaliste. Il faut donc faire attention à la déformation du propos que suscite ce genre de démarche.
Par ailleurs, vous avez bien raison d'affirmer qu'un Pape ne devrait pas " faire croire ou laisser entendre à qui que ce soit que dans le cadre des relations entre théologie et pastorale, la pratique de l'Ouverture sur l'homme et sur le monde a autant d'autorité ou d'importance que la réception de l'Ecriture inspirée par Dieu (même si l'Ecriture a aussi été écrite, puis expliquée, par des hommes)./Ce qui est second, l'Ouverture, n'est pas secondaire, mais ce qui est second n'est pas premier ".
Toutefois, il me semble, d'une part, que le discours du Pape, dont nous n'avons qu'une connaissance parcellaire, n'a pas de prétention magistérielle particulière et doit s'analyser comme un simple discours d'actualité et, d'autre part, que celui-ci s'adressait à des théologiens dont on peut espérer qu'ils connaissaient leurs fondamentaux et n'ignoraient pas dès lors ces principes, même si certains les foulent du pied.