Disons que ces deux mythes sont devenus deux réalités.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2015-01-24 17:45:25
Disons que ces deux mythes sont devenus deux réalités.
Bonjour Aigle,
Moi aussi, je suis effrayé, comme beaucoup, notamment sur le FC.
Vous évoquez par ailleurs deux mythes, qui, dans le contexte de "l'après-Concile à la française", sont devenus deux réalités.
1. Premier mythe : "C'est de France que sont venues les idées du concile" : c'est un mythe, en ce sens que c'est NOTAMMENT de France que sont venues CERTAINES idées de Concile, mais à cause de la French Pride conciliaire, dans l'acception rupturiste de ce terme, ce mythe est devenu une réalité, dans bon nombre d'esprits, dès l'automne 1964.
2. Il y a ici une première illusion d'optique : G S constitue le document le plus volumineux du Concile, et ce sont les Français qui ont le plus "surinvesti"
- au moment du Concile, dans la préparation de G S,
puis, surtout,
- en aval du Concile, dans le rapport à l'homme et au monde, la vision de l'homme et du monde, légitimé(e) par G S.
Cela ne fait pas des Français les vainqueurs idéologiques de l'ensemble du Concile, tel qu'il a été mis en forme.
3. Deuxième mythe : "C'est en France que le concile a été appliqué le plus radicalement" : c'est un mythe, en ce sens que c'est aussi en France que le concile a été détourné le plus radicalement ; c'est à cause de la même French Pride conciliaire, dans la même acception rupturiste de ce terme, que ce mythe est devenu une réalité, dans les mêmes esprits, dès l'automne 1964.
4. Il y a ici un deuxième illusion d'optique, et je vous suggère de lire à ce sujet les "Mémoires sur l'occasion de mes écrits", du Cardinal Henri de Lubac, car il est de ceux qui ont parfaitement compris ceci : pour la très grande majorité des évêques français, l'humanisme athée n'est pas un drame, il est même presque chrétien, même si cet humanisme comporte des aspects hédonistes anti-humanistes, et même si cet athéisme comporte une hostilité latente vis-à-vis, notamment, du christianisme.
5. Vous l'avez sans doute déjà lu, sous la plume de personnes plus talentueuses que moi : tout se joue, tout se noue, au moment de la cristallisation de l'anti-totalitarisme à la française, un peu avant, pendant, et surtout après, la seconde guerre mondiale : cet anti-totalitarisme est restrictif et sélectif, en ce sens qu'il est anti-fasciste et anti-nazi, mais aussi en ce sens qu'il n'est ni anti-atlantiste, ni anti-communiste ; de cette approche faussement équilibrée, et vraiment tendancieuse, nous continuons, aujourd'hui encore, à payer le prix.
6. Il y a, incontestablement, un lien de causalité, entre ce positionnement consensuel, oh pardon, pastoral, vis-à-vis de l'humanisme athée, et la dégradation de la situation religieuse, spirituelle, de notre pays, car nous sommes en présence d'un excès de personnalisme horizontal, et d'un défaut d'intégralisme théologal, mais je serais injuste, si je n'évoquais pas un autre lien de causalité, qui n'est ni doctrinal, ni pastoral, ni même catholique.
7. Le deuxième lien de causalité auquel je pense est celui-ci : la question du bonheur, corporel, matériel, personnel, familial, domestique, en Europe occidentale, et notamment en France, a un statut tout à fait singulier, au moins depuis le XVIII° siècle ; cette question bénéficie d'un statut qui est, en tant que tel, déchristianisateur, même si cela ne s'est pas vu avant le début du XX° siècle ; nous avons (pas vous ni moi, bien sûr) perdu de vue le fait que la personne humaine n'a pas avant tout, ou n'a pas seulement, vocation au bonheur ; elle a avant tout vocation au salut.
8. A l'intérieur de cette conception du bonheur, Jésus-Christ est escamotable, avant de devenir facultatif, et face à cette lame de fond anthropologique et civilisationnelle, il faut tenir un discours prophétique, oppositionnel, et non un discours mimétique, participatif. Or, si nous n'avons pas besoin de Jésus-Christ pour être heureux, en revanche, nous avons besoin de Lui pour être sauvés.
Il y a deux "idées-forces" assez faibles, dans le "gaudium-et-spisme" (je les formule d'une manière volontairement familière) et c'est cela qui désarme les âmes en douceur, face à l'esprit du monde :
- la première est celle-ci : "Cours, catholique, le jeune monde est devant toi, car tu es en retard sur lui, dans l'ordre des valeurs"
- la deuxième est celle-ci : "Si tous les gars du monde voulaient se donner la main, l'Eglise pourrait les bénir d'un signe de croix".
Les prêtres diocésains que j'ai connu hier, ou que je connais aujourd'hui, savaient tous ou savent tous qu'ils sont les gestionnaires du déclin indéfini ; pourquoi, sinon parce qu'ils savent qu'il est hémiplégique, ou inefficace,
- de proposer un accompagnement humanisateur, là où il faudrait pouvoir prescrire une alternative christianisatrice,
- d'annoncer le seul vrai Bien, situé en Jésus-Christ, sans presque jamais dénoncer les fondements ou principes des conduites ou des pratiques qui éloignent de Lui ou opposent à Lui ?
Bonne fin de journée et à bientôt.
Scrutator.
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