Son périphérisme est lui-même issu d'un passé quelque peu révolu.

Le Forum Catholique

Imprimer le Fil Complet

Scrutator Sapientiæ -  2014-09-19 23:43:49

Son périphérisme est lui-même issu d'un passé quelque peu révolu.

Bonsoir Quaerere Deum,

Le périphérisme du Pape François est lui-même issu d'un passé quelque peu révolu ... à moins que le périphérisme ait le monopole de la légitimité, dans le domaine des positionnements adossés au passé.

Peut-être certains d'entre nous ont-ils rencontré, dans les années 1970 ou 1980, des "socialistes chrétiens" qui se croyaient et se disaient sincèrement inspirés par une partie de l'esprit de 68, de 1968, et qui ne savaient même pas que, dans les faits, ou plutôt dans leurs mots, ils étaient plutôt inspirés par une partie de l'esprit de...48, de 1848, voire par une partie de celui de...49, de 1749, si l'on veut bien se souvenir de ce qu'a été "l'illumination de Vincennes" de ce cher Jean-Jacques.

J'ai bien peur qu'il en soit de même avec la "Gutanschauung" du Pape François : sa vision "émancipationniste" me semble de plus en plus être une actualisation contemporaine d'un état d'esprit qui existait déjà dans les années 1950-1960 : l'Evangile n'avait plus à être "instituant", d'une manière surnaturelle et théologale, il avait à devenir "libérateur", d'une manière quasiment philo-moderne et philo-mondaine, non avant tout par la conversion morale et spirituelle des personnes, mais avant tout par la réforme des structures et des relations, notamment dans l'ordre social, dans ses dimensions culturelles, matérielles, temporelles.

Je ne dis pas que le Pape François souscrit "exclusivement et intégralement" à cette vision des choses, digne de celle d'un catholique qui ne jurerait que par la deuxième partie de Gaudium et Spes, mais je crois vraiment qu'il ne réprouve pas non plus cette même vision des choses .

Quand on souscrit, même seulement en partie, à cette vision des choses, on est souvent bien plus préoccupé par la dénonciation des es types d'exploitation subis par les êtres humains que par les tendances au relativisme, au sécularisme et au subjectivisme, présentes dans les principes et les pratiques du monde contemporain ; il n'est peut-être pas hétérodoxe ni illégitime de procéder ainsi, mais je ne vois pas ce qui garantit que cela soit équilibré.

A mon avis, c'est en cela que le Pape François se distingue de ses deux prédécesseurs, pour ne pas dire s'oppose à ses deux prédécesseurs, dans bon nombre de ses prises de position ad extra : quand on le lit, on a souvent l'impression que la bienveillance est évangélique, et que la vigilance l'est moins ou ne l'est pas.

Le clerc, au sens large, qui dit aujourd'hui, en substance : "l'Islam, c'est bien, mais l'islamisme, c'est mal", est-il fondamentalement si différent de celui qui disait, à peu près, hier : "Lénine, c'était bien, mais Staline, c'était mal" ?

Le clerc, au sens large, qui dit aujourd'hui, globalement, que le positionnement axiologique de bien des non croyants ou non chrétiens, sincères, tolérants, et ouvert sur les autres et sur l'avenir, est quasiment plus légitime que celui de bien des croyants catholiques, convaincus et fidèles, mais fermés sur eux-mêmes et tournés vers le passé, est-il fondamentalement différent de celui qui disait, hier, à peu près la même chose, dans le contexte du "manichéisme historiciste" qui a coupé en deux l'Eglise et le monde, après 1945 ?

Je pense que c'est là, juste après 1945, qu'il faut trouver les fondements précurseurs du périphérisme, et si ce que j'écris n'est pas tout à fait faux, cela signifie, comme je l'ai écrit au début de ce texte, que le périphérisme du Pape François est lui-même issu d'un passé quelque peu révolu, "teilhardien", si j'ose dire.

Mais je laisse à plus qualifiés que moi le soin de me compléter, de me corriger, ou de me contredire.

Bonne nuit et à bientôt.

Scrutator.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=758915