Rupturisme décomplexé versus Continuisme inachevé.
Le Forum Catholique
Imprimer le Fil Complet
Scrutator Sapientiæ - 2013-10-25 22:05:03
Rupturisme décomplexé versus Continuisme inachevé.
Bonsoir à tous,
Voici quelques remarques, je précise d'emblée qu'elles ne me sont pas inspirées, "en ligne directe", par le texte de Christine Pedotti.
1) C'est "beau", le rupturisme décomplexé.
(J'ai raison, parce que je suis tourné vers l'avenir ; vous avez tort, parce que vous êtes tourné vers le passé.)
2) C'est triste, le continuisme inachevé.
(Mais je demande si certains ne sont pas plutôt joyeux, parce que, dans leur esprit, le continuisme a plutôt été "achevé".)
3) Il me semblerait contradictoire que qui ce soit
- entende dénier à certains catholiques
a) le droit de vouloir réaliser le "rêve de Compostelle",
b) le droit de vouloir revenir au "temps des certitudes",
et
- entende imposer aux mêmes catholiques
a) le devoir de réaliser son "rêve sur l'Evangile",
b) le devoir de revenir au "temps des équivoques".
4) Disons que nous n'avons pas tous le même diagnostic, à propos du présent, ni les mêmes conclusions, en direction de l'avenir :
- certains, appelons-les : les "identitaires", qui ne sont ni acritiques, ni amnésiques, SAVENT que si l'Eglise catholique en est là où elle en est, notamment dans l'hémisphère occidental, à savoir en pleine marginalisation, tendancielle et tendancieuse, ce n'est pas à cause d'un excédent, mais à cause d'un déficit d'exigences et d'objections explicitement catholiques ;
- d'autres, appelons-les les "fraternitaires", dont on peut se demander s'ils ne comptent pas dans leurs rangs des "restaurationnistes" (ne veulent-ils pas essayer de "restaurer" l'ambiance des années 1960-1970 ?), SEMBLENT CROIRE que si l'Eglise catholique en est là où elle en est, au même endroit, dans le même état, ce n'est pas à cause d'un excédent, mais à cause d'un déficit
a) "d'accueil inconditionnel" des hommes et des femmes (y compris de leurs principes et de leurs pratiques, si celles-ci ou ceux-là sont divergents de la Foi catholique ou de la charité chrétienne ?),
b) "d'ouverture bienveillante et charitable" sur le monde (et pourquoi pas, mais pour lui dire quoi de radicalement et de spécifiquement catholique, sur le contenu de la Foi, de l'Espérance, de la Charité ?),
c) "de recherche sur la Foi" (et pourquoi pas, dès lors que la conscience humaine cherche Dieu là où IL EST, dans l'Ecriture, la Tradition, les sacrements, et non là où ELLE DESIRE qu'Il soit ?),
d) "de renouveau dans l'Eglise" (y compris sur les bases liturgiques et pastorales connues et subies, notamment, sous le pontificat de Paul VI ?)
Je tiens à préciser que le présent message n'est tourné contre personne en particulier ; je m'efforce en effet de ne pas m'en prendre à des personnes, mais de m'en prendre à un état d'esprit, dans lequel la conversion au catholicisme semble pouvoir être remplacée par la "subversion" évangélique.
5) Et surtout, ce qui suit étant peut-être le point le plus important, j'ai beau chercher, je ne vois absolument pas en quoi cet évangélisme là est hostile au religieusement correct qui découle de l'esprit du monde et qui déferle dans la vie du monde.
Et comme ce religieusement correct là, qui n'objecte presque rien à la mentalité dominante, dans l'ordre du croire et de l'agir, est ce qu'il y a de plus conforme aux intérêts de ceux qui entendent bien continuer à démener et à dominer le monde, au risque de le conduire à sa perte, je ne vois vraiment pas en quoi ce positionnement évangélique est subversif, au point de menacer, comme on disait en d'autres temps, "le désordre établi", ou, comme on dirait aujourd'hui, "le nouvel ordre mondial".
6) En d'autres termes, conclusifs de ce message, je ne vois pas en quoi le "gaudium-et-spisme", qui est né vingt ans avant la clôture de Vatican II, et qui n'inspire pas la totalité de Gaudium et Spes, peut s'opposer, en quoi que ce soit, au quadruple reniement contemporain : celui du sens de la grâce et celui du sens du péché, celui du sens de la Foi et celui du sens de la raison.
7) Je le formule sans doute bien mal, mais il me semble que les plus âgés d'entre nous ont peut-être connu des "clercs", au sens large,
- qui étaient partisans de la décolonisation, mais qui n'ont presque rien opposé à la colonisation des esprits, des coeurs, des âmes, par l'atlantisme hédoniste ou par le communisme soviétique, par le constructivisme rationaliste ou par le relativisme subjectiviste,
- qui étaient partisans de la réunion des conditions du développement économique et social, mais qui n'ont presque rien opposé au développement de la "religion" du bonheur en ce monde, en lieu et place de celui de la seule vraie religion du salut en Dieu.
8) C'est pour cette raison là que je fais fréquemment allusion à l'année 1945, car je suis convaincu qu'à partir de cette année là il y a eu, notamment en Europe occidentale, l'apparition ou l'instauration d'une relation à la colonisation spirituelle et au développement matériel dont nous subissons encore les effets aujourd'hui, sous l'angle de la relation à Dieu, de la vocation de l'Eglise, de la vocation de l'homme, de la relation au monde.
Merci beaucoup pour toute remarque ou suggestion, même critique, bonne soirée et à bientôt.
Scrutator.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=735917