Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 735867 )"Le Pape est chrétien" : elle l'a bien écrit ou ne l'a pas écrit ? par Scrutator Sapientiæ (2013-10-25 08:45:59) 

Bonjour à tous,

Voici :

Ici.

Je relève cette phrase, que je n'ai vraiment pas le temps de commenter :

" Du côté des courants traditionnels on n’a plus d’illusion désormais. François ne poursuivra pas le mouvement de restauration engagé depuis près de trente-cinq ans. "

Bonne journée à tous.

Scrutator.


images/icones/fleche2.gif  ( 735917 )Rupturisme décomplexé versus Continuisme inachevé. par Scrutator Sapientiæ (2013-10-25 22:05:03) 
[en réponse à 735867]

Bonsoir à tous,

Voici quelques remarques, je précise d'emblée qu'elles ne me sont pas inspirées, "en ligne directe", par le texte de Christine Pedotti.

1) C'est "beau", le rupturisme décomplexé.

(J'ai raison, parce que je suis tourné vers l'avenir ; vous avez tort, parce que vous êtes tourné vers le passé.)

2) C'est triste, le continuisme inachevé.

(Mais je demande si certains ne sont pas plutôt joyeux, parce que, dans leur esprit, le continuisme a plutôt été "achevé".)

3) Il me semblerait contradictoire que qui ce soit

- entende dénier à certains catholiques

a) le droit de vouloir réaliser le "rêve de Compostelle",

b) le droit de vouloir revenir au "temps des certitudes",

et

- entende imposer aux mêmes catholiques

a) le devoir de réaliser son "rêve sur l'Evangile",

b) le devoir de revenir au "temps des équivoques".

4) Disons que nous n'avons pas tous le même diagnostic, à propos du présent, ni les mêmes conclusions, en direction de l'avenir :

- certains, appelons-les : les "identitaires", qui ne sont ni acritiques, ni amnésiques, SAVENT que si l'Eglise catholique en est là où elle en est, notamment dans l'hémisphère occidental, à savoir en pleine marginalisation, tendancielle et tendancieuse, ce n'est pas à cause d'un excédent, mais à cause d'un déficit d'exigences et d'objections explicitement catholiques ;

- d'autres, appelons-les les "fraternitaires", dont on peut se demander s'ils ne comptent pas dans leurs rangs des "restaurationnistes" (ne veulent-ils pas essayer de "restaurer" l'ambiance des années 1960-1970 ?), SEMBLENT CROIRE que si l'Eglise catholique en est là où elle en est, au même endroit, dans le même état, ce n'est pas à cause d'un excédent, mais à cause d'un déficit

a) "d'accueil inconditionnel" des hommes et des femmes (y compris de leurs principes et de leurs pratiques, si celles-ci ou ceux-là sont divergents de la Foi catholique ou de la charité chrétienne ?),

b) "d'ouverture bienveillante et charitable" sur le monde (et pourquoi pas, mais pour lui dire quoi de radicalement et de spécifiquement catholique, sur le contenu de la Foi, de l'Espérance, de la Charité ?),

c) "de recherche sur la Foi" (et pourquoi pas, dès lors que la conscience humaine cherche Dieu là où IL EST, dans l'Ecriture, la Tradition, les sacrements, et non là où ELLE DESIRE qu'Il soit ?),

d) "de renouveau dans l'Eglise" (y compris sur les bases liturgiques et pastorales connues et subies, notamment, sous le pontificat de Paul VI ?)

Je tiens à préciser que le présent message n'est tourné contre personne en particulier ; je m'efforce en effet de ne pas m'en prendre à des personnes, mais de m'en prendre à un état d'esprit, dans lequel la conversion au catholicisme semble pouvoir être remplacée par la "subversion" évangélique.

5) Et surtout, ce qui suit étant peut-être le point le plus important, j'ai beau chercher, je ne vois absolument pas en quoi cet évangélisme là est hostile au religieusement correct qui découle de l'esprit du monde et qui déferle dans la vie du monde.

Et comme ce religieusement correct là, qui n'objecte presque rien à la mentalité dominante, dans l'ordre du croire et de l'agir, est ce qu'il y a de plus conforme aux intérêts de ceux qui entendent bien continuer à démener et à dominer le monde, au risque de le conduire à sa perte, je ne vois vraiment pas en quoi ce positionnement évangélique est subversif, au point de menacer, comme on disait en d'autres temps, "le désordre établi", ou, comme on dirait aujourd'hui, "le nouvel ordre mondial".

6) En d'autres termes, conclusifs de ce message, je ne vois pas en quoi le "gaudium-et-spisme", qui est né vingt ans avant la clôture de Vatican II, et qui n'inspire pas la totalité de Gaudium et Spes, peut s'opposer, en quoi que ce soit, au quadruple reniement contemporain : celui du sens de la grâce et celui du sens du péché, celui du sens de la Foi et celui du sens de la raison.

7) Je le formule sans doute bien mal, mais il me semble que les plus âgés d'entre nous ont peut-être connu des "clercs", au sens large,

- qui étaient partisans de la décolonisation, mais qui n'ont presque rien opposé à la colonisation des esprits, des coeurs, des âmes, par l'atlantisme hédoniste ou par le communisme soviétique, par le constructivisme rationaliste ou par le relativisme subjectiviste,

- qui étaient partisans de la réunion des conditions du développement économique et social, mais qui n'ont presque rien opposé au développement de la "religion" du bonheur en ce monde, en lieu et place de celui de la seule vraie religion du salut en Dieu.

8) C'est pour cette raison là que je fais fréquemment allusion à l'année 1945, car je suis convaincu qu'à partir de cette année là il y a eu, notamment en Europe occidentale, l'apparition ou l'instauration d'une relation à la colonisation spirituelle et au développement matériel dont nous subissons encore les effets aujourd'hui, sous l'angle de la relation à Dieu, de la vocation de l'Eglise, de la vocation de l'homme, de la relation au monde.

Merci beaucoup pour toute remarque ou suggestion, même critique, bonne soirée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 735918 )Que dire de plus ? par Aigle (2013-10-25 22:32:10) 
[en réponse à 735917]

A mon avis rien ou presque. Votre analyse me semble parfaitement claire et juste. On peut débattre du pourquoi ou du comment mais l'essentiel est dit . Bravo cher scrutator.

Je crains surtout que le saint père imprégné d.un esprit latino américain soit un peu trop optimiste mais en décalage avec les réalités et les souffrances de l'Europe contemporaine.

Un point d'optimisme raisonnable pour la France : en 1965 on pouvait de bonne foi croire au succès de la démarche GS pour évangéliser le monde. Aujourd'hui tous les catholiques qui croyaient à GS soient sont très vieux, soit ont changé d'avis, soit sont très marginaux ...bref je doute que le néo christianisme selon GS n.ait finalement que peu de relais hors des conservatoires dans lesquels l'esprit post conciliaire est maintenu plus ou moins artificiellement en vie ....
images/icones/neutre.gif  ( 735920 )Ne cherchez point par Castille (2013-10-25 22:49:22) 
[en réponse à 735918]


5) Et surtout, ce qui suit étant peut-être le point le plus important, j'ai beau chercher, je ne vois absolument pas en quoi cet évangélisme là est hostile au religieusement correct qui découle de l'esprit du monde et qui déferle dans la vie du monde.




Il en est le travestissement.



"O Marie concue sans peche, pries pour nous qui avons recours a Vous"
images/icones/fleche2.gif  ( 736168 )L'ombre portée de l'encyclique Ecclesiam suam. par Scrutator Sapientiæ (2013-10-29 07:28:23) 
[en réponse à 735918]

Bonjour et merci, Aigle.

1. J'ai déjà lu dans quelques livres que c'est la lettre encyclique de Paul VI Ecclesiam suam, bien plus que la constitution dogmatique du Concile Lumen gentium, qui a initié le climat mental, l'état d'esprit, qui caractérise ce qu'il s'est passé au moment et en aval du Concile, en ce qui concerne la mise en forme puis la prise en compte de Gaudium et Spes ; ceci, l'ombre portée de l'encyclique Ecclesiam suam, expliquerait sensiblement cela, la coloration, la tonalité de Gaudium et Spes.

2. Je me permets de vous renvoyer à ce que j'ai déjà écrit, à propos des chapitres 2 et 4 de la deuxième partie de Gaudium et Spes ; c'est là que se situe une grande partie du fond du problème, que ce soit en ce qui concerne la civilisation et la dynamisation de l'esprit public et du corps social (cf. chapitre 2) ou pour ce qui a trait à l'organisation des pouvoirs publics et à la participation aux pouvoirs publics (cf. chapitre 4).

3. Les auteurs de GS se sont exprimés comme s'ils avaient pensé qu'il suffisait de réunir des conditions sectorielles et techniques : culturelles, "sociétales", juridiques, politiques, pour canaliser, configurer, consolider, des conduites humaines globales, afin qu'elles soient, en étant de plus en plus humaines, encore plus disponibles et responsables, par et pour le Christ.

4. Les risques de limitation de la civilisation à la civilisation des loisirs, de limitation de la démocratie à des modalités et à des procédures, n'ont pas été saisis dans toute leur nature, alors qu'ils étaient déjà présents, à cette époque.

5. Se pose aussi une problématique machiavélienne, ainsi qu'une problématique tocquevilienne :

- une évolution de l'humanité, quand elle est encouragée par les "agents d'influence", notamment médiatiques et politique, n'est jamais désintéressée : peut-être aurait-on dû se poser la question de savoir à qui profitait, et, du coup, à qui nuisait, cette orientation de l'humanité, impulsée en 1945 ;

- la sécularisation est peut-être porteuse de modernité, mais n'est certainement pas pourvue de neutralité, sur le plan axiologique, je dirais même : sur les plans anthropologique et pneumatologique ; or, les auteurs de GS se sont exprimés comme s'ils avaient pensé que la sécularisation était plutôt plus propice que nuisible à la prise en compte et à la mise en oeuvre des vertus chrétiennes.

6. Je termine ce message en faisant allusion aux toutes premières phrases de GS : à mes yeux, mais je les lis peut-être mal, ces phrases semblent accréditer l'impression qu'il est possible de mettre en valeur et de tirer parti d'une certaine proximité existentielle entre les non chrétiens et les chrétiens, ce qui n'est évidemment pas faux, dès lors que l'on précise ou rappelle à quelles conditions et dans quelle direction on entend exhorter les uns et les autres à cheminer ensemble, même et surtout s'il s'agit de conditions objectantes, d'une direction exigeante, et d'un cheminement qui nécessite une conversion.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.