La référence au Concile : instrument ou obstacle ?

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2013-02-15 00:25:34

La référence au Concile : instrument ou obstacle ?

Bonsoir et merci, Justin Petipeu.

1. Si la tâche à accomplir, aujourd'hui comme hier, et aujourd'hui pour demain, est bien celle-ci : la conservation ET la propagation de la Foi catholique, dans et par l'Eglise catholique,

- non pour que celle-ci la garde pour elle seule, en circuit fermé,

- mais pour qu'elle fasse rayonner ce trésor, en direction de l'extérieur,

la question à se poser est à peu près la suivante : la référence au Concile est-elle plutôt un instrument, ou plutôt un obstacle, sur la route de la mise en oeuvre de cette tâche à accomplir ?

Il me semble que la réponse est dans la question, compte tenu de ce qu'est le Concile, mais aussi compte tenu de ce qu'il n'est pas, en ce qui concerne la clarification de l'explication et la consolidation de l'exposition des fondements et du contenu de la Foi catholique.

2. L'attachement nostalgique au Concile est peut-être bien d'autant plus nostalgique, ou d'autant plus sur-affirmé, qu'il dissimule une angoisse humaine sincère, face à la relative stérilité spirituelle (post)conciliaire, et face à la perte de repères qui découlerait d'un dépassement de ce même attachement au Concile, qui porte au moins en lui le mérite d'être un référentiel plus ou moins fédérateur.

3. Pour autant, cette dimension programmatique et psychologique est quelque peu paradoxale ;

- en d'autres temps, après 1945, et surtout après 1950, d'aucuns ont su "accuser" Pie XII, ainsi que les clercs et les laics qui lui étaient attachés et fidèles, de ne plus être en contact avec la réalité, d'être coupés des hommes et des femmes de leur temps ;

- et nous, nous ne saurions pas constater, je ne dis pas "accuser", que plus nos évêques prennent de saines distances, notamment vis-à-vis d'une partie de DH, de GS ou de NA, et plus ils sont, à nouveau, convaincants et motivants, pour les prêtres et les fidèles les moins "humanitaristes" ?

4. Je suis convaincu que vous avez raison, mais je suis également convaincu que la situation que vous décrivez, avec beacoup de réalisme, ne doit pas nous dissuader de faire remarquer autour de nous que le Concile, pour être le plus diplomate possible, ne nous aide que dans une mesure toute relative à affronter les défis d'aujourd'hui et à nous préparer aux défis de demain, ne serait-ce que pour une raison extrêmement simple.

5. Les évêques et les pontifes qui ont fait Vatican se sont comportés et exprimés "un peu" comme s'ils avaient été persuadés que quand l'Eglise et le monde parlent de la dignité et de la liberté de l'homme, de la conscience et de la personne humaines, ils parlent à peu près, plus ou moins, sinon "presque" de la même chose.

6. Or, nous en faisons l'expérience chaque jour, depuis, au moins, 1967 : la conception dominante de la dignité et de la liberté, de la conscience et de la personne, n'est pas compatible, n'est pas conciliable, avec la conception chrétienne de chacune de ces notions et de ces réalités.

7. Voilà ce qui, à mon avis, invalide une partie du Magistère et surtout de la mentalité conciliaires : l'un et surtout l'autre véhiculent une conception iréniste de l'anthropologie chrétienne qui est totalement impuissante et inadaptée, face aux oppositions et aux persécutions actuelles, telles que l'hédonisme et l'islamisme, oppositions ou persécutions qui ne semblent pas avoir été prévues par les Papes ou par les Pères du Concile.

8. La mystique de l'accompagnement humanisateur n'est pas dénuée de générosité, mais n'appelle pas assez les choses par leur nom : or,

- ce qui est en jeu, aujourd'hui, ce n'est pas d'accompagner l'évolution du monde moderne, pour qu'il découvre dans les valeurs humaines autant de vertus christiques, situées dans l'antichambre des vertus chrétiennes ;

- ce qui est en jeu, aujourd'hui, c'est l'alternative entre la redécouverte de la cohérence et de la pertinence de la critique catholique du monde moderne, et la soumission à des logiques mondanisatrices et mondialisatrices, déchristianisantes et déshumanisantes, qui, n'en doutons pas, sont de nature à aboutir à ce que j'appelle parfois "la guerre civile économique universelle".

Je m'éloigne du sujet, m'endors sur mon clavier, et vous souhaite une bonne nuit, en vous remerciant, encore une fois, pour votre message.

Scrutator.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=705596