Méfaits, en tout cas, du gaudium-et-spisme.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2013-01-13 15:26:56

Méfaits, en tout cas, du gaudium-et-spisme.

Bonjour et bon dimanche, Bertrand Decaillet.

1. Si je puis m'exprimer ainsi, tout n'est pas à refuser dans le Concile, bien au contraire, et tout n'est pas à rejeter, dans Gaudium et Spes, bien loin de là.

2. Mais s'il y a bien une chose dont on doit dénoncer ou dont on peut déplorer la présence, dans cette constitution consensuelle pour l'homme et pour le monde de ce temps qui se fait passer, officiellement, pour une constitution pastorale sur l'Eglise DANS le monde de ce temps (et non plus FACE au monde de ce temps), c'est précisément le "gaudium-et-spisme" qui est présent dans une partie du texte lui-même.

3. Je vous suggère de (re)lire avec la plus grande attention

- les 11 premiers paragraphes numérotés, au début de Gaudium et Spes,

- les chapitres 2 et 4, dans la deuxième partie de Gaudium et Spes.

4. Je le dis avec mon propre vocabulaire :

- si la civilisation et la dynamisation de l'esprit public (cf. chapitre consacré à l'essor de la culture, dans GS),

- si l'organisation des pouvoirs publics et la participation aux pouvoirs publics (cf. chapitre relatif à la communauté politique, dans GS),

sur la base et dans le cadre de ce qu'il est convenu d'appeler la modernité libérale,

PEUVENT CONSTITUER, pour ainsi dire, une préparation évangélique, cela signifie qu'elles peuvent aussi NE PAS CONSTITUER une telle préparation, voire qu'elles peuvent aussi CONTREVENIR à une telle préparation.

5. En d'autres termes, si la modernité libérale constitue une préparation évangélique potentielle, un climat mental, moral, social, propice à la mise en oeuvre, à la prise en compte, par le plus grand nombre d'être humains possible, des valeurs humaines et des vertus chrétiennes (ce qui, d'ailleurs, n'est pas la même chose), cela ne signifie en aucun cas que cette préparation évangélique potentielle est AUTOMATIQUEMENT une préparation évangélique actuelle ou certaine, explicite ou évidente, authentiquement et objectivement ouverte sur la Foi, l'Espérance, la Charité.

6. Je vais essayer d'être un peu plus concret : voici un passage bien connu de GS :

" 11. Répondre aux appels de l’Esprit

1. Mû par la foi, se sachant conduit par l’Esprit du Seigneur qui remplit l’univers, le Peuple de Dieu s’efforce de discerner dans les événements, les exigences et les requêtes de notre temps, auxquels il participe avec les autres hommes, quels sont les signes véritables de la présence ou du dessein de Dieu. La foi, en effet, éclaire toutes choses d’une lumière nouvelle et nous fait connaître la volonté divine sur la vocation intégrale de l’homme, orientant ainsi l’esprit vers des solutions pleinement humaines.

2. Le Concile se propose avant tout de juger à cette lumière les valeurs les plus prisées par nos contemporains et de les relier à leur source divine. Car ces valeurs, dans la mesure où elles procèdent du génie humain, qui est un don de Dieu, sont fort bonnes ; mais il n’est pas rare que la corruption du cœur humain les détourne de l’ordre requis : c’est pourquoi elles ont besoin d’être purifiées.

3. Que pense l’Église de l’homme ? Quelles orientations semblent devoir être proposées pour l’édification de la société contemporaine ? Quelle signification dernière donner à l’activité de l’homme dans l’univers ? Ces questions réclament une réponse. La réciprocité des services que sont appelés à se rendre le Peuple de Dieu et le genre humain, dans lequel ce peuple est inséré, apparaîtra alors avec plus de netteté : ainsi se manifestera le caractère religieux et, par le fait même, souverainement humain de la mission de l’Église. "

7. Il ne s'agit pas pour moi de faire remarquer que n'importe qui de bien intentionné ou de très malhonnête peut faire dire ce qu'il veut à ce passage, ce qui, d'ailleurs, est vrai, mais il s'agit pour moi de faire remarquer que ce passage, EN LUI-MEME, pose au moins un problème de représentation et de signification, un problème de disposition ou d'organisation des mots, des signes, et de mobilisation ou d'orientation d'une ligne, d'un sens.

8. Pour moi, le gaudium-et-spisme, c'est la logique, ou la mystique, de "l'accompagnement humanisateur", de la modernité libérale, par l'Eglise catholique ; il me semble que nous commençons à percevoir AUJOURD'HUI, les limites de ce positionnement consensuel...mille excuses : "pastoral".

9. A ce positionnement, j'oppose le positionnement suivant : "l'alternative christianisatrice" à la modernité libérale, qui n'est pas un retour en arrière, ni même un détour par l'arrière (comme le sarait une réactivation opportuniste de la Tradition), mais un retour à l'essentiel, à ce qui n'aurait jamais dû être refusé en silence, ni rejeté dans les ténèbres.

10. Ce positionnement là, qui n'est pas, lui, consensuel, mais qui n'est pas pour autant sectaire, nous en sommes encore loin, mais il me semble que plus la modernité libérale se montrera conforme à ce qu'elle est devenue, une post-modernité, ou un néo-paganisme, à la fois asservissant et libertaire, et plus les signes des temps abonderont, sous les yeux des catholiques et de leurs évêques : même les aveugles volontaires commenceront à apercevoir ce que sont vraiment, en assez grande partie, l'homme et le monde de ce temps.

Dans une certaine mesure, pendant au moins un demi-siècle, bien des hommes d'Eglise ont fonctionné en prenant appui sur une mythologie, sur un schéma mental, irréaliste, tout simplement ; c'est ce schéma mental qui est interrogé dans son bien-fondé, EN CE MOMENT, y compris par des évêques qui, je le crois, sont en train de commencer à s'en libérer, sans trop le dire.

Volontairement, j'arrête à présent ce message ; je suis preneur de toute remarque ou suggestion pour en améliorer la forme et le fond.

Bon après-midi et à bientôt.

Scrutator.
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