
( 700401 )
Un grand absent! par Bertrand Decaillet (2013-01-12 12:37:58)
[en réponse à 700365]
Pardonnez-moi, je n'ai pas tout suivi, peut-être l'un ou l'autre m'aura échappé, je l'espère de tout mon cœur, mais j'ai lu ... le Pape, ses allusions sur cette question, quelques évêques français qui eux ont abordé le sujet de front, quelques prêtres... et ici, par exemple, l'abbé La Morandais: il y a un grand absent qui laisse un vide abyssal dans toutes ces "opinions" d'homme d'Eglise - et c'est Dieu! Simplement, Dieu.
Pour ma part je n'ai qu'une seule raison de m'opposer au mariage gay : la Loi de Dieu, sa grâce, sa mort, sa vie, sa joie... et toutes les autres eventuelles bonnes raisons en découlent. La loi naturelle? Pour ma part c'est au catéchisme que j'ai appris qu'il en existait!
Je suis frappé, atterré, angoissé... par ce silence immense sur Dieu, dans un débat comme celui-ci. Ceci en dit long sur l'état de l'Eglise...
Lorsqu'un homme d'Eglise - qui parle en tant qu'homme d'Eglise - oublie cela, ou pire en a honte, le juge peu stratége, peu rassembleur, peu opportun... c'est qu'il trahit non seulement ce Dieu oublié, mais les hommes eux-mêmes.
Cette trahison des hommes d'Eglise in corpore, cette inversion de leur role, l'inversion du sacerdoce apres celle de la messe, est - à mon sens - infiniment plus grave et alarmante que, s'il venait a passer, le mariage inversé.

( 700430 )
Je vous renvoie donc aux textes suivants. par Scrutator Sapientiæ (2013-01-12 16:46:08)
[en réponse à 700401]
Bonjour à Bertrand Decaillet.
Moi non plus, je n'ai pas tout suivi.
Il est possible que vous ayez raison.
L'approche retenue dans cette affaire, y compris par des hommes d'Eglise, s'apparente peut-être davantage à la mise en avant de la nature et du bonheur de l'homme qu'à celle de la Parole et du salut de Dieu.
En d'autres termes, cette approche n'est pas avant tout confessionnelle ni "pneumatico-religieuse", mais est avant tout plus existentielle et "juridico-politique", dans l'acception non partisane de ce dernier terme.
Cette approche a ses mérites : elle est rassembleuse, sans être pour autant consensuelle, les critiques externes l'ont assez bien montré.
Mais cette approche a aussi ses limites : l'Eglise catholique ne veut pas s'exposer au risque de passer pour nostalgique, pour ainsi dire, de l'Ancien régime, d'une logique de chrétienté, d'une royauté sociale "théocratique", mais elle a "parfois" du mal à faire comprendre, y compris en son propre sein, qu'elle est toujours fidèle à sa vocation à être, toujours et partout, d'inspiration "théonomique", d'une manière audible, lisible, sensible, visible.
On peut toujours déplorer ou regretter la "déconfessionnalisation" du discours chrétien, notamment chez de nombreux représentants ou responsables catholiques, depuis au moins un demi-siècle, mais l'échéance de demain dimanche n'est peut-être pas la plus appropriée pour procéder à une "reconfessionnalisation" du discours chrétien ad extra, alors que l'Année de la Foi devrait pouvoir être l'aiguillon et l'occasion propices à cette "reconfessionnalisation" ad intra, sur des questions ou sur des thèmes qui sont censés s'y prêter davantage.
Une partie, plus englobante et bienveillante qu'exigeante et vigilante, du "gaudium-et-spisme", est peut-être en train de mourir sous nos yeux, mais la position placée sous le signe de l'accompagnement humanisateur, du monde, par l'Eglise, dans le cadre du service de l'homme, de sa dignité et de sa liberté, de sa conscience et de sa destinée, n'a pas encore été totalement remplacée par une attitude qui devrait pouvoir être placée davantage, au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, sous le signe de l'alternative christianisatrice, des êtres humains et de l'agir humain, au moyen d'une attitude plus confessante et moins dialoguante, y compris sur les questions ou sujets dit(e)s "de société".
Mais comme je n'ai pas tout suivi, je ne suis pas le mieux placé pour en juger.
Je vous renvoie donc à ceci :
Ceci.
Ceci..
Ceci...
Ceci....
Ceci.....
A bientôt.
Scrutator.

( 700464 )
Méfaits du vaticandeuisme? par Bertrand Decaillet (2013-01-13 08:32:05)
[en réponse à 700430]
Grand merci, cher Scrutator, toujours nourrissant à lire!
Je rejoins bien tout ce que vous dites fort à propos.
Néanmoins je me pose deux questions :
1- La première est theologico-philosophique et probablement un classique dans lequel la modernité n'a pas fini de se dépêtrer. En gros : la nature est-elle possible sans la grâce?
Oui le fameux "homo capax Dei", oui l'homme peut, en soi, vivre dans le respect de l'ordre naturel sans le secours de l'ordre surnaturel, oui l'homme peut connaître Dieu par la raison en amont même de la Révélation... mais dans les faits, cela existe-t-il? Cela ne reste-t-il pas un possible qui l'est a titre d'exception? Car exceptionnellement possible, possible, mais si rare, si difficile... ??? À fortiori dans un contexte culturel qui est celui de l'apostasie et du rejet pour ainsi dire "surnaturel" (à cause du rejet positif de la Religion) des valeurs naturelles (mariage ou autres).
Comme je le disais sous forme de boutade, pour ma part, c'est au cours de catechisme que j'ai appris qu'il existait une loi naturelle ! Autrement dit une intelligence qui n'est pas éduquée (ex ducere) par la Foi a-t-elle, a fortiori dans un contexte apostat, une chance de "penser droit".
Si non, voire difficilement, quel manque de stratégie que de prétendre "rassembler" sur ce qui, à priori est le patrimoine le moins partagé par nos contemporains - ce qui, en fin de compte, est le moins rassembleur?
2- plus sournoisement, n'y a-t-il pas, dans cette "dé-mission" des hommes d'Eglise et la censure de l'argument surnaturel dans le débat public, politique, le spectre des directives pastorales de Vatican II, notamment la liberté religieuse et la liberté de conscience? Pour aller vite: la religion ne doit pas (plus) intervenir dans le débat politique, ou plus largement dans le débat public ?
Ainsi, on ne peut, sans contrevenir à l'esprit de la liberté religieuse et de la liberté de conscience, argumenter de la Doctrine catholique ni même de la loi divine publiquement. Il faut donc que nos évêques soient tous frigidisés? Tous barjots, c'est ça.
À part ça, oui, l'heure - ce dimanche - est à l'action rassembleuse, et bravo a tous ceux qui mèneront cette action nécessaire. Mais ... demain, ne faudrait-il pas que des catholiques ... existent, évêques en tête?
À ce titre, bravo à Civitas!
Udp, avec les manifestants!

( 700497 )
Méfaits, en tout cas, du gaudium-et-spisme. par Scrutator Sapientiæ (2013-01-13 15:26:56)
[en réponse à 700464]
Bonjour et bon dimanche, Bertrand Decaillet.
1. Si je puis m'exprimer ainsi, tout n'est pas à refuser dans le Concile, bien au contraire, et tout n'est pas à rejeter, dans Gaudium et Spes, bien loin de là.
2. Mais s'il y a bien une chose dont on doit dénoncer ou dont on peut déplorer la présence, dans cette constitution consensuelle pour l'homme et pour le monde de ce temps qui se fait passer, officiellement, pour une constitution pastorale sur l'Eglise DANS le monde de ce temps (et non plus FACE au monde de ce temps), c'est précisément le "gaudium-et-spisme" qui est présent dans une partie du texte lui-même.
3. Je vous suggère de (re)lire avec la plus grande attention
- les 11 premiers paragraphes numérotés, au début de Gaudium et Spes,
- les chapitres 2 et 4, dans la deuxième partie de Gaudium et Spes.
4. Je le dis avec mon propre vocabulaire :
- si la civilisation et la dynamisation de l'esprit public (cf. chapitre consacré à l'essor de la culture, dans GS),
- si l'organisation des pouvoirs publics et la participation aux pouvoirs publics (cf. chapitre relatif à la communauté politique, dans GS),
sur la base et dans le cadre de ce qu'il est convenu d'appeler la modernité libérale,
PEUVENT CONSTITUER, pour ainsi dire, une préparation évangélique, cela signifie qu'elles peuvent aussi NE PAS CONSTITUER une telle préparation, voire qu'elles peuvent aussi CONTREVENIR à une telle préparation.
5. En d'autres termes, si la modernité libérale constitue une préparation évangélique potentielle, un climat mental, moral, social, propice à la mise en oeuvre, à la prise en compte, par le plus grand nombre d'être humains possible, des valeurs humaines et des vertus chrétiennes (ce qui, d'ailleurs, n'est pas la même chose), cela ne signifie en aucun cas que cette préparation évangélique potentielle est AUTOMATIQUEMENT une préparation évangélique actuelle ou certaine, explicite ou évidente, authentiquement et objectivement ouverte sur la Foi, l'Espérance, la Charité.
6. Je vais essayer d'être un peu plus concret : voici un passage bien connu de GS :
" 11. Répondre aux appels de l’Esprit
1. Mû par la foi, se sachant conduit par l’Esprit du Seigneur qui remplit l’univers, le Peuple de Dieu s’efforce de discerner dans les événements, les exigences et les requêtes de notre temps, auxquels il participe avec les autres hommes, quels sont les signes véritables de la présence ou du dessein de Dieu. La foi, en effet, éclaire toutes choses d’une lumière nouvelle et nous fait connaître la volonté divine sur la vocation intégrale de l’homme, orientant ainsi l’esprit vers des solutions pleinement humaines.
2. Le Concile se propose avant tout de juger à cette lumière les valeurs les plus prisées par nos contemporains et de les relier à leur source divine. Car ces valeurs, dans la mesure où elles procèdent du génie humain, qui est un don de Dieu, sont fort bonnes ; mais il n’est pas rare que la corruption du cœur humain les détourne de l’ordre requis : c’est pourquoi elles ont besoin d’être purifiées.
3. Que pense l’Église de l’homme ? Quelles orientations semblent devoir être proposées pour l’édification de la société contemporaine ? Quelle signification dernière donner à l’activité de l’homme dans l’univers ? Ces questions réclament une réponse. La réciprocité des services que sont appelés à se rendre le Peuple de Dieu et le genre humain, dans lequel ce peuple est inséré, apparaîtra alors avec plus de netteté : ainsi se manifestera le caractère religieux et, par le fait même, souverainement humain de la mission de l’Église. "
7. Il ne s'agit pas pour moi de faire remarquer que n'importe qui de bien intentionné ou de très malhonnête peut faire dire ce qu'il veut à ce passage, ce qui, d'ailleurs, est vrai, mais il s'agit pour moi de faire remarquer que ce passage, EN LUI-MEME, pose au moins un problème de représentation et de signification, un problème de disposition ou d'organisation des mots, des signes, et de mobilisation ou d'orientation d'une ligne, d'un sens.
8. Pour moi, le gaudium-et-spisme, c'est la logique, ou la mystique, de "l'accompagnement humanisateur", de la modernité libérale, par l'Eglise catholique ; il me semble que nous commençons à percevoir AUJOURD'HUI, les limites de ce positionnement consensuel...mille excuses : "pastoral".
9. A ce positionnement, j'oppose le positionnement suivant : "l'alternative christianisatrice" à la modernité libérale, qui n'est pas un retour en arrière, ni même un détour par l'arrière (comme le sarait une réactivation opportuniste de la Tradition), mais un retour à l'essentiel, à ce qui n'aurait jamais dû être refusé en silence, ni rejeté dans les ténèbres.
10. Ce positionnement là, qui n'est pas, lui, consensuel, mais qui n'est pas pour autant sectaire, nous en sommes encore loin, mais il me semble que plus la modernité libérale se montrera conforme à ce qu'elle est devenue, une post-modernité, ou un néo-paganisme, à la fois asservissant et libertaire, et plus les signes des temps abonderont, sous les yeux des catholiques et de leurs évêques : même les aveugles volontaires commenceront à apercevoir ce que sont vraiment, en assez grande partie, l'homme et le monde de ce temps.
Dans une certaine mesure, pendant au moins un demi-siècle, bien des hommes d'Eglise ont fonctionné en prenant appui sur une mythologie, sur un schéma mental, irréaliste, tout simplement ; c'est ce schéma mental qui est interrogé dans son bien-fondé, EN CE MOMENT, y compris par des évêques qui, je le crois, sont en train de commencer à s'en libérer, sans trop le dire.
Volontairement, j'arrête à présent ce message ; je suis preneur de toute remarque ou suggestion pour en améliorer la forme et le fond.
Bon après-midi et à bientôt.
Scrutator.