Vous parlez ici de dialogue interculturel.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2012-09-17 22:56:05

Vous parlez ici de dialogue interculturel.

Bonsoir et merci à PEB.

A. Vous parlez ici de dialogue interculturel plutôt que de dialogue interreligieux, et je crois que vous avez raison.

Le dialogue interreligieux entend identifier ou introduire une densité spirituelle, une dimension transcendante, dans ce qui pourrait très bien n'être qu'un élément constitutif du dialogue interculturel.

B. Je me permets de vous renvoyer ci-dessous à ceci :

1. " Auteur : Scrutator Sapientiæ
Sujet : Que l'UNESCO soulage l'Eglise du symbole qu'est Assise.
Date : 2011-02-05 15:00:49

Que l'UNESCO soulage l'Eglise du symbole qu'est Assise : le dialogue des cultures, le dialogue entre les différentes cultures religieuses, peut servir la cause de la paix, d'une manière beaucoup moins équivoque, sous la bannière culturelle, non confessionnelle, de l'UNESCO, que sous la bannière spirituelle, et confessionnelle, de l'Eglise.

L'accueil inconditionnel, mais sous un angle uniquement culturel, de toutes les cultures religieuses capables et désireuses de contribuer, ensemble, à la paix dans le monde, fera toujours moins de dégâts, dans les esprits, au sein et autour de l'Eglise, que ce qui s'est déjà produit, sous l'égide de l'Eglise, à deux ou trois reprises, et je dis cela sans préjuger à l'avance de ce que sera Assise 2011.

Que l'UNESCO, donc, "s'approprie" Assise ; je n'y vois que des avantages, d'autant plus que cela permettra d'associer à ce type de rencontre les croyants de l'incroyance que sont les agnostiques humanistes, qui montreront bien, de par leur présence, qu'il ne s'agira pas de prier pour la paix mais de penser, chacun avec sa culture religieuse, aux moyens concrets d'y contribuer activement, dans l'ordre temporel.

Il y a, j'en ai bien conscience, une part de provocation dans mon message ; il n'empêche que cela mettrait ce genre de rencontres à sa juste place : le dialogue entre les religions, en tant que composante du dialogue entre les cultures, pour penser la paix, afin, et avant, de la vivre au concret.

Si la paix dans le monde, au sein des nations, et entre les nations, est vraiment le but de ce type de rencontres, SECULARISONS Assise ; je n'exclus pas qu'ainsi nous verrons encore mieux qui est d'accord et qui ne l'est pas, pour contribuer concrètement à davantage de paix dans le monde, dans le respect des individus et des communautés qui portent en eux une culture religieuse différente, différente, en tout cas, de celle de ceux qui exigeront, un jour prochain, n'en doutons pas, la construction d'une mosquée, le plus près possible de la ville de Saint François. "

2. " Auteur : Scrutator Sapientiæ
Sujet : J'en ai parfaitement conscience, et je m'explique.
Date : 2011-02-05 17:04:35

J'en ai parfaitement conscience, et je m'explique en quelques mots.

D'abord, pour moi, l'idéal serait qu'une telle rencontre, inter-culturelle, et non inter-religieuse, réunisse non des clercs, mais des laics, et qui plus est des laics ayant des responsabilités temporelles, économiques, diplomatiques, juridiques, politiques.

Un avocat musulman, un ingénieur bouddhiste, un agriculteur ou un industriel catholique, ont bien le droit de chercher à oeuvrer ensemble, en commençant par essayer de mieux se connaître et se comprendre, en vue de davantage de paix, au sein des nations et entre les nations.

Ensuite, l'idéal serait qu'une telle rencontre poursuive l'objectif de la construction et de l'expansion de la paix dans le monde, en s'en tenant seulement aux aspects et aux enjeux temporels.

Il y a beaucoup à faire pour servir la cause de la paix, la défendre, la promouvoir, rien qu'en s'en tenant à des objectifs temporels extrêmement concrets : je pense ici, mais ce n'est qu'un exemple, à la question de l'accès à l'école, et à un mode d'instruction pleinement respectueux de la paix, du plus grand nombre d'enfants possible.

Or, je suis prêt à prendre tous les paris, même en présence de ces deux précautions, l'ambiguité du dispositif finirait par apparaître, ne serait-ce que parce que toutes les religions n'ont probablement pas la même conception du dialogue, de la culture, de la religion, de la coexistence pacifique de plusieurs cultures religieuses, de la construction et de l'expansion de la paix, et de la distinction entre clercs et laics.

Mais au moins il y a une chose qui arriverait : toutes ces ambiguités, toutes ces équivoques, toutes ces absences de résultats, ou tous ces résultats tout relatifs, ne seraient plus, si j'ose dire, pris en charge par l'Eglise, ni imputables à l'Eglise, comme ils le sont plus ou moins aujourd'hui, y compris, j'en suis convaincu, par des gens qui ne sont pas des catholiques traditionalistes.

Tel est le sens de ma proposition, en forme de provocation : suggérer qu'une institution internationale, mais non confessionnelle, impulse et incarne un dialogue entre les cultures, y compris entre les cultures religieuses ; si ce dialogue (auquel seuls des catholiques connus pour leur prudence pourraient participer, mais la même vertu serait attendue des autres participants), si ce dialogue, donc, est vraiment générateur de paix, je serai le premier à m'en réjouir, mais si ce dialogue, au contraire, ne génère que des risques ou des sources de confusion, des bonnes intentions suivies de mauvais résultats, ou de la restriction mentale sélective permanente, à tout le moins, il ne sera plus possible de reprocher à l'Eglise d'avoir présidé à cela. "

C. Par ailleurs, vous évoquez des valeurs communes et vous citez la famille, la moralité économique et sociale, la solidarité.

Mais la famille est-elle bien une valeur ? N'est-elle pas plutôt une institution, potentiellement porteuse, réceptrice et transmettrice de valeurs et de vertus, plutôt qu'une valeur en tant que telle ?

Indépendamment même de toute option préférentielle en faveur de telle ou telle religion, que vaudrait une famille, même très unie, dans laquelle on négligerait, par exemple, les vertus de tempérance, de force, de justice, de prudence ?

C'est une question que je voudrais partager, notamment, avec vous : les catholiques n'ont-ils pas, parfois, tendance à conférer à la famille ou au mariage une valeur qui n'a de sens que si, dans le cadre de la famille ou du mariage, on partage, on propage, on reçoit, on transmet, des valeurs et des vertus, et non la valeur "famille" ou la valeur "mariage" en tant que telle ?

D. J'applique à présent cette interrogation au dialogue lui-même : au nom de quoi le dialogue interreligieux, tel qu'il est, le plus souvent, pensé et vécu, par ceux là mêmes qui le pratiquent, serait-il plus porteur de valeur(s) ou de vertu(s) que l'absence de dialogue interreligieux ?

E. L'absence de dialogue interreligieux n'est pas nécessairement dépourvue de valeur ou de vertu : si, au lieu de dialoguer, d'une manière cosmoreligieusement ou interreligieusement correcte, par exemple, avec un bouddhiste, je consacre un peu de mon temps à prier, en m'adressant à Dieu, Père, Fils, Esprit, pour Lui demander la conversion des croyants non chrétiens que sont les bouddhistes, sous la conduite et en direction de Celui qui est le seul Médiateur et le seul Rédempteur, au nom de quoi ma prière sera-t-elle pourvue de moins de valeur ou de moins de vertu que tel ou tel dialogue interreligieux dépourvu d'annonce de la seule vraie religion ?

F. Pendant des siècles, l'Eglise catholique a été, avant tout, confessante, et non, avant tout, dialoguante ; est-ce à dire que tous ceux qui nous ont précédé dans la Foi sont passés à côté d'une valeur ou d'une vertu, le dialogue, absolument consubstantielle au christianisme ?

L'amour du progrès que le dialogue est censé constituer ne dissimule-t-il pas ou ne manifeste-t-il pas un certain mépris du passé ?

Bonne nuit et bonne semaine.

Scrutator.
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