Le Forum Catholique
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=645058

( 645058 )
Ne pas sous-estimer les difficultés du dialogue avec l’islam par Paterculus (2012-09-16 21:04:26)
C'est le patriarche syriaque-catholique Ignace Joseph III Younan qui met en garde les Occidentaux.
Apic
Plus incisif :
NEWS.VA
Votre dévoué Paterculus

( 645069 )
Il évoque la cohabitation difficile avec et entre les musulmans. par Scrutator Sapientiæ (2012-09-16 21:39:40)
[en réponse à 645058]
Bonsoir et merci, Paterculus,
1. Le patriarche évoque la cohabitation extrêmement difficile
- non seulement entre les chrétiens et les musulmans, en Orient, en général,
- mais aussi entre les alaouites et les sunnites, en Syrie, en particulier.
2. Ce qu'il dit
A - est adressé à Benoît XVI : en substance, il dit : "c'est bien beau de nous dire de ne pas avoir peur, de rester et de vivre là où nous sommes, de dialoguer et de témoigner, mais nous sommes de moins en moins acceptés ou nous ne sommes presque plus du tout acceptés, dans les pays concernés, donc les plus jeunes d'entre nous vont partir, et bientôt il n'y aura plus de chrétiens en Orient" ;
B - est adressé aux leaders occidentaux : en résumé, il dit : "vous occultez la dimension inter-confessionnelle de la guerre civile en Syrie,
1) parce que cela vous arrange de croire que les bons sont d'un côté, contre Assad, et les mauvais de l'autre, pour lui, comme si la ligne de fracture entre les combattants était seulement politique ;
2) parce que vous voulez ménager l'avenir, préparer le coup d'après, qui relèvera de la diplomatie économique, et vous ne voulez donc pas vous fâcher avec le parti politico-religieux qui gagnera la guerre civile".
3. Pour ma part, mon siège est fait sur cette question, depuis le début des années 2000 : la présence de chrétiens, notamment arabes, la présence de chrétiens en Orient, n'entre absolument pas dans le cadre qui a pour toile de fond "le choc des civilisations".
4. Tout se passe comme si les musulmans présents au Proche et au Moyen Orient, d'une part, les occidentaux présents en Amérique du Nord et en Europe de l'Ouest, d'autre part, voulaient pouvoir compter sur un Orient simplifié, susceptible de se prêter aux manipulations les plus manichéennes. Les chrétiens d'Orient sont devenus "le grain de sable" dont presque plus personne ne veut.
Bonne soirée et à bientôt.
Scrutator.

( 645073 )
dialogue difficile avec l'Islam ? par jejomau (2012-09-16 22:20:16)
[en réponse à 645069]
Les faits actuels semblent confirmer la difficulté du dialogue. Pour un dialogue il faut être deux. Or, alors que le pape vient de parler de fraternité entre "
Islam et Chrétienté, entre musulmans et Chrétiens" au Liban....
.... Une union d'ulémas présidée par cheikh Youssef al-Qaradaoui a demandé au pape, juste avant son arrivée au Liban, de "
présenter ses excuses aux musulmans" pour des propos tenus en 2006 et l'a accusé de vouloir encourager "la sédition" entre chrétiens d'Orient et musulmans. Il demandait au Saint-Père de ne pas signer "
l'exhortation apostolique qui contient des informations erronées et vise à provoquer la sédition entre musulmans et chrétiens" (
L'Orientlejour). On rappellera que Qaradawi a été déclaré
persona non grata en France cette année en raison de sa théologie extrémiste haineuse.
Il est le théologien le plus influent de l'islam sunnite.
Le même jour, Le Grand Cheikh d'Al-Azhar a
demandé à l'ONU d'adopter une résolution criminalisant le blasphème. C'est une Loi qui existe au Pakistan pour l'instant (loi sur le blasphème) qui a permis justement d'incarcérer Asia Bibi ou Rimsha (la chrétienne handicapée) pour de motifs bidons . En réalité , c'est une loi qu permet aux musulmans de s'acharner sur les chrétiens. On rappelera que Al-Azhar est la plus haute autorité de l'islam sunnite dans le monde.
Le lendemain, le 16 septembre, le Grand Mufti du Royaume d’Arabie saoudite, Sheikh Abdul Aziz Al-Asheikh, a appelé la communauté internationale à criminaliser le dénigrement des grands prophètes et messagers comme Abraham, Moïse, Jésus et Mahomet. Lui aussi appelle donc à criminaliser le blasphème. Le grand mufti, on s'en souvient, avait appelé à détruire toutes les églises de l'Arabie Saoudite. Il est le grand manitou du Wahabisme et du salafisme.
Le Saint-Père est en fait le seul à
vouloir dialoguer. Il a en face de lui des interlocuteurs bien particuliers, reconnaissons-le. On ne peut qu'admirer son courage à aller en terre Orientale demander à :
"prier pour les musulmans, ils sont vos frères"
Courage reconnu par les libanais du moins puisqu'il semble avoir marqué les esprits pendant ce voyage...

( 645112 )
c'est la faille originelle de ces "dialogues" par Luc Perrin (2012-09-17 13:56:07)
[en réponse à 645073]
on peut dialoguer avec une religion non chrétienne type sectaire paradoxalement car il y a un interlocuteur institutionnel compétent et doté d'une autorité : mais généralement ces religions ultra minoritaires refusent l'idée de dialogue.
Pour les grandes religions hors christianisme, qui parle ? Le cheikh X ou Z parle pour lui-même et ceux qui veulent le suivre mais un autre cheikh, imam, recteur, ayatollah pourra dire autre chose diamétralement opposé. "L'islam" au singulier n'existe pas comme le "judaïsme" au singulier n'existe pas non plus.
Il y a des islams, des judaïsmes, une poussière d'hindouismes, idem pour le boudhisme. Aucune autorité équivalente à celle du pape, rien qui ressemble même au C.O.E. dont l'autorité est déjà moindre, rarement même de chefs de sous-groupes structurés type Dalaï Lama.
Imaginons pour transposer un dialogue entre Benoît XVI et le "traditionalisme" catholique mondial : rien que cela serait impossible car les divers sédévacantistes ne viendraient pas et Mgr Fellay ne les représenterait pas, non plus que les instituts traditionnels romains. Avant l'été, nous avons vu que tous les groupes qui gravitent autour de la FSSPX n'étaient pas prêts à suivre Mgr Fellay en tout.
Concevoir un dialogue global avec ces autres religions est absurde, une vue de l'esprit, bien catholique car les catholiques ont tendance à regarder les autres à travers le prisme de l'Église et de son organisation, ce qui ne colle pas le plus souvent.
Au plus peut-on engager un dialogue avec certains groupes de musulmans et d'autres mais sans aucune garantie de représentativité ni d'effet au-delà de la poignée de personnes qui vient à Rome ou se réunit autour du cardinal Tauran. A Tombouctou, à Gao, Vatican II, Benoît XVI, le "dialogue" on ne connaît pas : on lapide, on coupe les mains et les pieds et on fouette les musulmans eux-mêmes, on a brûlé les églises et les rares chrétiens ont fui avant d'être égorgés.
Là bas les musulmans eux-mêmes qui souffrent ce terrorisme à visage religieux rêvent de ... liberté religieuse.
La construction de solides communautés chrétiennes catholiques en Afrique et en Asie est bien plus efficace que les dialogues en trompe l'oeil à Rome ou à Beyrouth même s'il est bon de pouvoir avoir quelques gens de bonne volonté et pacifiques dans toutes les religions et que c'est en quelque sorte la mission du cardinal Tauran de les trouver et nouer des contacts avec eux. Sans illusion cependant et c'est là l'un des vices des rencontres type Assise : nourrir l'illusion d'un dialogue authentique qui en fait n'existe pas.

( 645120 )
Halte à la négociation collective par PEB (2012-09-17 17:09:06)
[en réponse à 645112]
Plus que le dialogue inter-religieux, je crois au dialogue entre religieux plutôt qu'au face à face des religions.
Les fidèles authentiques de cultes différents peuvent approfondir leurs convictions autour de valeurs communes même si elles ne se recouvrent pas entièrement.
Je pense à la famille (suivez mon regard!), à la moralité économique et sociale, à la solidarité...

( 645123 )
Bravo Luc ! par Jean-Paul PARFU (2012-09-17 18:25:08)
[en réponse à 645120]
Tout à fait d'accord avec vous. Vous voyez que le dialogue peut porter des fruits !!! Je plaisante !
Quant à PEB, le terrain sur lequel vous proposez un dialogue n'est pas à proprement parler religieux : il concerne, en réalité ou plutôt, les principes philosophiques et la loi morale naturelle, ce qui est déjà pas mal, je vous l'accorde.
Mais, le reste, les dogmes religieux (pour nous : Trinité, Incarnation, Rédemption) relevent de la Foi et donc de l'évangélisation et de la conversion !

( 645159 )
Vous parlez ici de dialogue interculturel. par Scrutator Sapientiæ (2012-09-17 22:56:05)
[en réponse à 645120]
Bonsoir et merci à PEB.
A. Vous parlez ici de dialogue interculturel plutôt que de dialogue interreligieux, et je crois que vous avez raison.
Le dialogue interreligieux entend identifier ou introduire une densité spirituelle, une dimension transcendante, dans ce qui pourrait très bien n'être qu'un élément constitutif du dialogue interculturel.
B. Je me permets de vous renvoyer ci-dessous à ceci :
1. " Auteur : Scrutator Sapientiæ
Sujet : Que l'UNESCO soulage l'Eglise du symbole qu'est Assise.
Date : 2011-02-05 15:00:49
Que l'UNESCO soulage l'Eglise du symbole qu'est Assise : le dialogue des cultures, le dialogue entre les différentes cultures religieuses, peut servir la cause de la paix, d'une manière beaucoup moins équivoque, sous la bannière culturelle, non confessionnelle, de l'UNESCO, que sous la bannière spirituelle, et confessionnelle, de l'Eglise.
L'accueil inconditionnel, mais sous un angle uniquement culturel, de toutes les cultures religieuses capables et désireuses de contribuer, ensemble, à la paix dans le monde, fera toujours moins de dégâts, dans les esprits, au sein et autour de l'Eglise, que ce qui s'est déjà produit, sous l'égide de l'Eglise, à deux ou trois reprises, et je dis cela sans préjuger à l'avance de ce que sera Assise 2011.
Que l'UNESCO, donc, "s'approprie" Assise ; je n'y vois que des avantages, d'autant plus que cela permettra d'associer à ce type de rencontre les croyants de l'incroyance que sont les agnostiques humanistes, qui montreront bien, de par leur présence, qu'il ne s'agira pas de prier pour la paix mais de penser, chacun avec sa culture religieuse, aux moyens concrets d'y contribuer activement, dans l'ordre temporel.
Il y a, j'en ai bien conscience, une part de provocation dans mon message ; il n'empêche que cela mettrait ce genre de rencontres à sa juste place : le dialogue entre les religions, en tant que composante du dialogue entre les cultures, pour penser la paix, afin, et avant, de la vivre au concret.
Si la paix dans le monde, au sein des nations, et entre les nations, est vraiment le but de ce type de rencontres, SECULARISONS Assise ; je n'exclus pas qu'ainsi nous verrons encore mieux qui est d'accord et qui ne l'est pas, pour contribuer concrètement à davantage de paix dans le monde, dans le respect des individus et des communautés qui portent en eux une culture religieuse différente, différente, en tout cas, de celle de ceux qui exigeront, un jour prochain, n'en doutons pas, la construction d'une mosquée, le plus près possible de la ville de Saint François. "
2. " Auteur : Scrutator Sapientiæ
Sujet : J'en ai parfaitement conscience, et je m'explique.
Date : 2011-02-05 17:04:35
J'en ai parfaitement conscience, et je m'explique en quelques mots.
D'abord, pour moi, l'idéal serait qu'une telle rencontre, inter-culturelle, et non inter-religieuse, réunisse non des clercs, mais des laics, et qui plus est des laics ayant des responsabilités temporelles, économiques, diplomatiques, juridiques, politiques.
Un avocat musulman, un ingénieur bouddhiste, un agriculteur ou un industriel catholique, ont bien le droit de chercher à oeuvrer ensemble, en commençant par essayer de mieux se connaître et se comprendre, en vue de davantage de paix, au sein des nations et entre les nations.
Ensuite, l'idéal serait qu'une telle rencontre poursuive l'objectif de la construction et de l'expansion de la paix dans le monde, en s'en tenant seulement aux aspects et aux enjeux temporels.
Il y a beaucoup à faire pour servir la cause de la paix, la défendre, la promouvoir, rien qu'en s'en tenant à des objectifs temporels extrêmement concrets : je pense ici, mais ce n'est qu'un exemple, à la question de l'accès à l'école, et à un mode d'instruction pleinement respectueux de la paix, du plus grand nombre d'enfants possible.
Or, je suis prêt à prendre tous les paris, même en présence de ces deux précautions, l'ambiguité du dispositif finirait par apparaître, ne serait-ce que parce que toutes les religions n'ont probablement pas la même conception du dialogue, de la culture, de la religion, de la coexistence pacifique de plusieurs cultures religieuses, de la construction et de l'expansion de la paix, et de la distinction entre clercs et laics.
Mais au moins il y a une chose qui arriverait : toutes ces ambiguités, toutes ces équivoques, toutes ces absences de résultats, ou tous ces résultats tout relatifs, ne seraient plus, si j'ose dire, pris en charge par l'Eglise, ni imputables à l'Eglise, comme ils le sont plus ou moins aujourd'hui, y compris, j'en suis convaincu, par des gens qui ne sont pas des catholiques traditionalistes.
Tel est le sens de ma proposition, en forme de provocation : suggérer qu'une institution internationale, mais non confessionnelle, impulse et incarne un dialogue entre les cultures, y compris entre les cultures religieuses ; si ce dialogue (auquel seuls des catholiques connus pour leur prudence pourraient participer, mais la même vertu serait attendue des autres participants), si ce dialogue, donc, est vraiment générateur de paix, je serai le premier à m'en réjouir, mais si ce dialogue, au contraire, ne génère que des risques ou des sources de confusion, des bonnes intentions suivies de mauvais résultats, ou de la restriction mentale sélective permanente, à tout le moins, il ne sera plus possible de reprocher à l'Eglise d'avoir présidé à cela. "
C. Par ailleurs, vous évoquez des valeurs communes et vous citez la famille, la moralité économique et sociale, la solidarité.
Mais la famille est-elle bien une valeur ? N'est-elle pas plutôt une institution, potentiellement porteuse, réceptrice et transmettrice de valeurs et de vertus, plutôt qu'une valeur en tant que telle ?
Indépendamment même de toute option préférentielle en faveur de telle ou telle religion, que vaudrait une famille, même très unie, dans laquelle on négligerait, par exemple, les vertus de tempérance, de force, de justice, de prudence ?
C'est une question que je voudrais partager, notamment, avec vous : les catholiques n'ont-ils pas, parfois, tendance à conférer à la famille ou au mariage une valeur qui n'a de sens que si, dans le cadre de la famille ou du mariage, on partage, on propage, on reçoit, on transmet, des valeurs et des vertus, et non la valeur "famille" ou la valeur "mariage" en tant que telle ?
D. J'applique à présent cette interrogation au dialogue lui-même : au nom de quoi le dialogue interreligieux, tel qu'il est, le plus souvent, pensé et vécu, par ceux là mêmes qui le pratiquent, serait-il plus porteur de valeur(s) ou de vertu(s) que l'absence de dialogue interreligieux ?
E. L'absence de dialogue interreligieux n'est pas nécessairement dépourvue de valeur ou de vertu : si, au lieu de dialoguer, d'une manière cosmoreligieusement ou interreligieusement correcte, par exemple, avec un bouddhiste, je consacre un peu de mon temps à prier, en m'adressant à Dieu, Père, Fils, Esprit, pour Lui demander la conversion des croyants non chrétiens que sont les bouddhistes, sous la conduite et en direction de Celui qui est le seul Médiateur et le seul Rédempteur, au nom de quoi ma prière sera-t-elle pourvue de moins de valeur ou de moins de vertu que tel ou tel dialogue interreligieux dépourvu d'annonce de la seule vraie religion ?
F. Pendant des siècles, l'Eglise catholique a été, avant tout, confessante, et non, avant tout, dialoguante ; est-ce à dire que tous ceux qui nous ont précédé dans la Foi sont passés à côté d'une valeur ou d'une vertu, le dialogue, absolument consubstantielle au christianisme ?
L'amour du progrès que le dialogue est censé constituer ne dissimule-t-il pas ou ne manifeste-t-il pas un certain mépris du passé ?
Bonne nuit et bonne semaine.
Scrutator.

( 645197 )
oui PEB c'est par des actions par blamont (2012-09-18 13:13:57)
[en réponse à 645120]
communes dans le temporel (je pense à l’entreprise et l'économie) que l'on peut sereinement envisager les discussions en rapport à des choses concrètes qui se fondent essentiellement sur ces valeurs spirituelles.
en pus cela calme le jeu et permet de bien définir la philosophie des gens:
libéraux ou totalitaires.

( 645152 )
"Dialoguer avec l'autre ou avec l'idée que l'on s'en fait." par Scrutator Sapientiæ (2012-09-17 22:16:21)
[en réponse à 645112]
Bonsoir et merci à Luc PERRIN.
Je me permets de vous renvoyer à ce que j'avais écrit le 22 janvier 2011 :
" Auteur : Scrutator Sapientiæ
Sujet : Dialoguer avec l'autre ou avec l'idée que l'on s'en fait.
Date : 2011-01-22 23:48:08
Bonsoir Meneau,
Tout d'abord, évidemment, merci beaucoup pour votre message, je puise toujours des encouragements, non seulement "doctrinaux", mais aussi pleinement spirituels, dans les messages répondant à mes "tentatives".
Je ne vais pas me lancer, à 23 heures 11, dans une phénoménologie du dialogue avec autrui, que ce soit dans sa dimension inter-personnelle au sens le plus large, ou dans sa dimension inter-religieuse au sens le plus précis, mais j'appelle votre attention sur le point suivant, qui relève, dans la limite de mes faibles forces, de l'enfoncement de porte ouverte, me semble-t-il.
Dialoguer avec autrui, dialoguer avec quelqu'un, cela revient, presque toujours, à dialoguer en grande partie avec l'idée, bonne ou mauvaise, juste ou injuste, que l'on s'en fait, compte tenu notamment des structures mentales que l'on porte en soi, ou compte tenu de ce qu'il dit ou pas, de ce qu'il fait ou pas, de la couleur de ses yeux ou du son de sa voix.
Seuls les saints dialoguent "en esprit et en vérité", et on le leur reproche bien assez, car alors il entre alors, si nécessaire, dans leur manière de dialoguer, suffisamment de dramatisme prophétique, pour que ce qu'ils disent, et qui peut être désagréable à entendre, puisse être aussi, si Dieu le veut, et Dieu le veut, profitable à écouter.
Et il n'y a que le Christ, dans l'Evangile, qui dialogue en s'impliquant à fond, en tant que Fils de Dieu, dans les divers dialogues qu'il a, même s'il le fait d'une manière "parabolique" et "paradoxale", parfois imprudente et ironique, souvent prudente et subtile ; il s'implique à fond, en ce qu'il engage toute sa personne, mais aussi en ce qu'il dialogue en direction de ce qu'il y a de plus profond, de moins apparent, chez chacun de ses interlocuteurs.
Or, si vraiment le Christ est Notre Seigneur, si vraiment nous en sommes les disciples, sous le coup de quelle "restriction mentale sélective permanente" les catholiques plus particulièrement chargés du dialogue inter-religieux devraient-ils TAIRE, entre autres choses, le fait qu'ils sont membres du Corps mystique du Christ, Fils du seul vrai Dieu, quand ils s'adressent à leurs interlocuteurs croyants non chrétiens ?
Tel est, non sous l'angle de la diplomatie confessionnelle (mais s'agit-il seulement de cela ?), mais sous l'angle de l'apostolat confessionnel, le fond du problème, en matière de dialogue ; celui-ci, me dira-t-on peut-être, risque fort de "tourner court", si jamais il consiste, non un enrichissement réciproque (culturel ou spirituel ?) mais en une exhortation à l'enrichissement unilatéral de celui des deux interlocuteurs qui adhère le moins ou qui n'adhère pas au Christ.
Eh bien, à tout prendre, je me demande s'il n'est pas préférable de rappeler que l'Eglise est chargée de dire certaines choses, non de les rendre les moins désagréables à entendre possible, plutôt que d'aller en direction de l'idée selon laquelle l'Eglise serait chargée de s'imposer de dialoguer à tout prix, au risque que ce soit au prix de sa raison d'agir et d'être, non pour exhorter à la conversion dans et par le Christ, mais pour exhorter à la convergence dans la paix mais sans le Christ.
Après "je t'aime moi non plus", nous avons droit en effet, depuis quelques jours, à un "je dialogue, moi non plus", ce qui montre bien qu'il y a vraiment un gros problème, qui ne relève pas, loin de là, de la seule conjoncture pastorale.
Bonne fin de soirée, et même bonne nuit, merci encore pour votre message. "
J'ajoute l'effet pervers suivant : le dialogue est devenu bien souvent une affaire de professionnels du dialogue, qui véhiculent en eux et autour d'eux un climat mental tout à fait particulier ; quand on lit certaines brochures ou certains ouvrages, on se demande franchement
- si un acte de foi en la génialité du dialogue n'y précède pas, ou n'y surplombe pas, l'acte de foi en Dieu, Père, Fils, Esprit, et ne dépasse pas, ne surclasse pas, tout autre positionnement doctrinal ou pastoral qui serait appauvri ou limité parce qu'il serait plus ou moins "adialogal" ou "adialogique".
- si l'acte de foi en Dieu, Père, Fils, Esprit, n'est pas considéré comme une explicitation particulière, propre aux chrétiens, de la foi en Dieu, parmi plusieurs autres explicitations particulières disponibles, toutes légitimes, toutes de même fondement, de même nature, de même visée et de même portée.
Scrutator.

( 645273 )
oui cher Luc par Aigle (2012-09-19 07:50:50)
[en réponse à 645112]
Tout à fait d'accord en précisant que c'est une erreur fréquente en psychologie que d'attribuer à autrui notre propre façon de pensée. De même qu'il n'y a pas d'autorité pontificale en Islam depuis l'abolition du califat (en 1924), il n'y a pas non plus de vraie demande de dialogue - alors que bien des musulmans sont prêts au débat polémique dans un but missionnaire.
Une suggestion : et si le dialogue se limitait à des universitaires sans mandat précis mais avec une bonne connaissance de leur propre foi et de celle de leur interlocuteur ? on éviterait ainsi au successeur de saint Pierre des moments pénibles et sans portée...

( 645163 )
Vraiment, merci beaucoup pour ce message. par Scrutator Sapientiæ (2012-09-17 23:24:40)
[en réponse à 645073]
Bonsoir et merci, jejomau.
1. Vraiment, merci beaucoup pour ce message, par lequel vous nous rappelez que ce sont des "pointures" religieuses, qui font autorité, au sein du monde musulman, qui rendent quasiment impossible le dialogue interreligieux, tel que l'entend Benoît XVI, des "pointures", donc, et non des autorités religieuses marginales, secondaires ou subalternes.
2. Votre phrase est terrible de lucidité : "Le Saint-Père est en fait le seul à vouloir dialoguer."
3. Vous nous renvoyez par ailleurs, à juste titre, à un article dans lequel je trouve les phrases suivantes :
" Le communiqué accuse le pape de vouloir "attiser le feu de la sédition entre les fils d'un même pays", dans une allusion notamment aux chrétiens et aux musulmans libanais, en signant "l'exhortation apostolique" qui "contient des messages et des idées dangereuses" selon le texte.
Parmi ces messages figure "la mise en garde contre une islamisation de la société" et "une mise en garde des chrétiens contre l'islam politique", ajoute le communiqué.
"Il est étrange qu'au moment où le pape met en garde contre l'islam politique, il pratique lui-même à large échelle le christianisme politique", ajoute le texte.
Il demande au pape de ne pas signer "l'exhortation apostolique qui contient des informations erronées et vise à provoquer la sédition entre musulmans et chrétiens". "
4. Je serais curieux de savoir de quoi il s'agit exactement :
- "des messages et des idées dangereuses"
- "des informations erronées".
5. Cela me fait penser à des gens
1° qui considèrent la situation, malgré toute sa complexité et toute sa diversité, essentiellement, voire exclusivement, sous l'angle du rapport de forces, géopolitique ou géoreligieux.
2° qui sont sur la défensive, un peu comme s'ils avaient peur de l'éventuelle attractivité, de l'éventuelle force de conviction, du discours de Benoît XVI.
6. Il fut un temps, les dirigeants communistes ne supportaient pas que l'on parle du Goulag,
- non avant tout parce que celui-ci n'existait pas,
- ni avant tout parce que l'évoquer renforçait les non communistes dans leur absence de philo-communisme,
- mais parce que cela risquait d'apprendre quelque chose de potentiellement démobilisateur, sur le communisme REEL, aux électeurs et aux militants communistes eux-mêmes.
7. Je me demande si nous n'en sommes pas là, avec au moins une partie de l'islam REEL : montrer à un musulman dans quelle mesure sa religion porte en elle, notamment, un système de contraintes, rien qu'en ayant une attitude religieuse et des convictions religieuse différentes, tout en l'invitant au dialogue, n'est-ce pas là une forme de provocation exaspérante, insupportable ?
8. Cela expliquerait également dans quelle mesure les partisans occidentaux et, en particulier, catholiques, d'un islam REVE, au moins aussi "éclairant" et "tolérant" que le christianisme lui-même, sont en fait, si j'ose dire, a contrario, des alliés objectifs de tous ceux, musulmans ou non musulmans, qui souhaitent ardemment que l'on fasse le silence, et non la lumière, sur au moins une partie, non libératrice, mais asservissante, non dialoguante, mais conquérante, de l'islam.
Bonne nuit et bonne semaine.
Scrutator.

( 645187 )
« Chrétiens et musulmans ont un ennemi commun : l’islamisme » par Paterculus (2012-09-18 10:31:13)
[en réponse à 645058]
Cette phrase est du cardinal Jean-Louis Tauran.
La Croix
Votre dévoué Paterculus

( 645192 )
Langue buis ! par Jean-Paul PARFU (2012-09-18 11:52:01)
[en réponse à 645187]
avec le cardinal Tauran, Monsieur l'abbé, nous sommes en plein dans le langage diplomatique et dans la "langue de buis" "religieusement correct" !
Comme l'ont dit de nombreux spécialistes de l'islam, il n'y a pas de différences entre l'islam et l'islamisme !
L'islamisme, c'est simplement l'islam qui se réveille et qui va au bout de lui-même, qui est logique avec lui-même !

( 645258 )
Je vous recommande le visionnage de cette vidéo. par Scrutator Sapientiæ (2012-09-18 23:40:45)
[en réponse à 645192]
Bonsoir Jean-Paul PARFU,
Sans qu'il s'agisse pour moi de faire de la publicité pour mes propres messages, je vous renvoie d'abord à ce que je viens d'essayer d'écrire sous le titre "Cette formulation me semble tout à fait singulière."
Je vous renvoie ensuite à quelque chose que vous connaissez peut-être déjà, et qui est, comme vous vous en doutez, bien plus enrichissant et intéressant.
Au nom de l'islam 1.
Au nom de l'islam 2.
Je vous souhaite un bon visionnage de cette vidéo en deux parties, vidéo qui, je le crois, pose vraiment bien le problème, tout en se terminant, si je me souviens bien, sur une note que d'aucuns trouveront pessimiste.
Bonne nuit.
Scrutator.

( 645256 )
Cette formulation me semble tout à fait singulière. par Scrutator Sapientiæ (2012-09-18 23:28:07)
[en réponse à 645187]
Bonsoir et merci, Paterculus.
« Chrétiens et musulmans ont un ennemi commun : l’islamisme » : cette formulation me semble tout à fait singulière ; en quelques mots, voici pourquoi.
I. Premier problème : l'essentialisation généralisatrice : "(les) chrétiens" et "(les) musulmans" : mais quels chrétiens, et quels musulmans ?
1. Je soulève ce premier problème, dans la mesure où, bien souvent, l'essentialisation généralisatrice est fréquemment reprochée à bien des non musulmans
- qui disent des choses, souvent désagréables, mais pas toujours non profitables, sur le Coran, sur Mahomet, sur l'islam, sur l'islamisme, sur le(s) monde(s) musulman(s),
- qui parlent des musulmans en s'expriment (im)précisément ainsi : "les musulmans", "les musulmans" ceci, "les musulmans" cela, etc...
2. Or, je ne vois pas pourquoi l'essentialisation généralisatrice
a) serait légitime, quand elle accorde ou attribue aux musulmans, par essence, et en général, le bénéfice de la meilleure intention, pacifique et non belliqueuse, non islamiste, voire anti-islamiste ;
b) serait illégitime, quand elle constate ou observe chez les musulmans, par essence, et en général, une relative complicité ou duplicité, ou une relative impuissance ou passivité, face à l'islamisme, sans qu'ils en soient tous nécessairement coupables, bien au contraire, au demeurant.
3. J'ai la conviction, pour ma part, que les musulmans modérés et sincères, disons conservateurs ou rénovateurs, mais pas activistes ou dominateurs, sont susceptibles de compter parmi les premières victimes potentielles de l'islamisme, partout où ils essayent de s'interposer, de faire obstacle, d'une manière explicite et spécifique, à ceux de leurs frères qui sont menés ou tentés par l'islamisme.
II. Deuxième problème : la formulation de cette phrase aboutit à une articulation, voire à une assimilation, et à une "équiparité", alors qu'elle renvoie à deux réalités asymétriques :
1. Les chrétiens n'auront jamais le même rapport à l'islamisme que les musulmans eux-mêmes : si tel était le cas, cela pourrait vouloir dire que les chrétiens et les musulmans doivent résister ou s'opposer,
- de la même manière, sur les mêmes matières, par les mêmes moyens et pour les mêmes raisons,
- à l'islamisme, à la tentation de recourir à l'islamisme, aux tentatives de recourir au mensonge et à la violence propres aux principes et pratiques islamistes,
les uns ET les aures, AU MEME TITRE, un peu comme s'il appartenait aux chrétiens et aux musulmans de déraciner ensemble, respectivement du christianisme et de l'islam, l'ennemi commun qu'est l'islamisme !
2. Or,
- s'il appartient aux chrétiens, notamment, de ne pas instrumentaliser l'islamisme, de ne pas assimiler tous les musulmans à des islamistes, et de ne pas exacerber l'islamisme, en exaspérant les musulmans,
- il appartient aux musulmans d'accomplir un gigantesque effort sur eux-mêmes, pour prendre de la hauteur et du recul, vis-à-vis de la part d'islamisme qui est présente, d'une manière non marginale ni négligeable, dans l'islam lui-même, dans leur propre religion.
3. Dans le cas des chrétiens, il s'agit, pour ainsi dire, d'un effort d'ordre EXTERNE : la culture des chrétiens, surtout en ces temps de sécularisation de la culture dominante, ne les oblige pas à recourir à un effort surhumain pour résister à la tentation d'un "djihadisme" ou d'un "salafisme" chrétien qui serait le pendant chrétien de l'islamisme de certains musulmans.
4. Mais dans le cas des musulmans, il s'agit, en quelque sorte, d'un effort d'ordre INTERNE, puisqu'il s'agit pour eux de procéder à la fois
- à une "glasnost", à une mise en transparence, sur l'islamisme ( : l'islamisme fait-il ou non vraiment partie, avec d'autres éléments, de l'ADN, du code génétique, de la structure ou de la substance de l'islam ?),
et
- à une "perestroika", à une mise en cohérence de l'islam ( : si, dans cette religion, la tendance à la volonté de sagesse l'emporte INTENTIONNELLEMENT ET ORGANIQUEMENT sur la tentation de la volonté de puissance, pourquoi les musulmans ne sont-ils pas plus nombreux à se démarquer, à se dissocier, d'une manière audible, visible, catégorique, définitive, voire universelle, de l'islamisme ?),
l'une et l'autre étant extrêmement difficiles à envisager, à élaborer, à formaliser, à réaliser, sauf peut-être pour des musulmans partisans ou pratiquants de "l'islam des lumières", et qui ne sont pas toujours appréciés par certains de leurs frères, y compris par des non islamistes.
5. A la limite, on pourrait considérer que les chrétiens, d'une part, les musulmans, d'autre part, ont un ennemi commun : la tentation de recourir à la volonté de puissance politico-religieuse.
Mais il me semble que les chrétiens qui succombent à la tentation de recourir la volonté de puissance politico-religieuse
(les appellerait-on des "christianistes" ?)
ne le font pas de la même manière, ni dans les mêmes proportions, que les musulmans qui succombent à cette tentation
(ne les appelle-t-on pas des "islamistes" ?).
6. La question, déjà posée, et aussitôt mise à l'index, est pourtant simple, à la vérité :
a) quand un chrétien succombe à la tentation de recourir à la volonté de puissance politico-religieuse, il le fait plutôt en conformité ou plutôt en contradiction avec l'enseignement et le témoignage donnés par Jésus-Christ ?
b) quand un musulman succombe à la tentation de recourir à la volonté de puissance politico-religieuse, il le fait plutôt en conformité ou plutôt en contradiction avec l'enseignement et le témoignage donnés par Mahomet ?
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.

( 645271 )
Notre ennemi interne: non le trop-plein, mais le manque de foi. par Scrutator Sapientiæ (2012-09-19 07:41:19)
[en réponse à 645187]
Rebonjour à Paterculus,
1. L'ennemi interne propre aux musulmans, ou plutôt, en tout cas, à bon nombre d'entre eux, islamistes, est bien, d'une certaine manière, le trop-plein de foi en la nécessité d'imposer, à eux-mêmes et aux autres, qu'ils soient musulmans non islamistes ou non musulmans, leur système de conquête et de contraintes, ou plutôt, en tout cas, la part de système de conquêtes et de contraintes qui est présente, en puissance ou en acte, dans leur religion,
- dans l'idée, la vision, la représentation qu'ils en ont ou s'en font,
- dans le langage, le message, la signification qu'ils (s')en donnent.
2. Ce trop-plein de "foi" en la nécessité de se soumettre soi-même, et de soumettre les autres, à une dynamique de conquête et à des mécanismes de contraintes, dissimule, pour qui voit mal, mais manifeste, pour qui regarde bien,
- non une force religieuse, mais une faiblesse spirituelle,
- non un manque de fidélité à l'islamisme, à ses principes, à ses pratiques, légalistes ou terroristes, à sa dialectique de la guerre sainte et de la terre sainte,
- mais un manque de confiance en l'attractivité, qui devrait être non conquérante ni contraignante, mais convaincante, dans les coeurs et dans les moeurs, d'un islam qui ne serait ni menteur, ni violent.
3. Et cela ne peut déboucher que sur le constat suivant :
- si le christianisme est la religion du paradoxe : ce qui est absurde, dépassé, erreur, folie, aux yeux du monde, est mystère, très actuel, vérité, sagesse, aux yeux de Dieu,
- en revanche, l'islamisme (je n'ai pas dit : l'islam) est la religion du paroxysme : un psychanalyste dirait peut-être que la "décharge" dans le monde y tient lieu "d'investissement" en Dieu.
4. "Différemment", pour ne pas dire "aux antipodes", l'ennemi interne propre, aujourd'hui, et depuis au moins un demi-siècle, à bon nombre de chrétiens, n'est pas le trop-plein de foi, mais bien plutôt le manque de foi en la cohérence et en la pertinence, en la légitimité et en la possibilité, en la radicalité et en la spécificité, en la solidité et en la validité, de la Foi et des moeurs chrétiennes : en d'autres termes, la candeur, la fadeur, la tiédeur et la torpeur.
5. Cet ennemi est interne est présent, au minimum, à l'état latent, notamment à cause
- dans l'ordre de la Foi, de l'idée selon laquelle la Foi chrétienne est devenue facultative ou optionnelle,
- dans l'ordre des moeurs, d'une confusion entre personnalisme et laisser-fairisme,
- dans la relation à l'histoire, de l'idée selon laquelle le destin historique du christianisme, en tant que référentiel fondamental, pour la sphère privée ET la sphère publique, est à peu près achevé, accompli, ou est en passe d'être dépassé ou périmé,
- dans la relation à ce qu'il est convenu d'appeler la "modernité", d'un complexe de culpabilité morale (les Croisades, l'Inquisition) ou d'infériorité intellectuelle (face aux "lumières" du rationalisme).
6. Ainsi, notre ennemi interne n'est pas ce fanatisme et ce fatalisme, sensualiste et techniciste, ANTI-CHRETIENS, qui conduisent la planète à sa perte, et qui est animé et habité par l'idée selon laquelle tout ce qui est à la fois
- apparemment disponible par le progrès technique,
- apparemment agréable pour les consommateurs,
- apparemment profitable pour les investisseurs, producteurs ou distributeurs,
doit être immédiatement et impérieusement mis en avant, en oeuvre et en valeur, même si ce n'est très responsable, au vu des conséquences.
7. Notre ennemi interne est, bien souvent, notre acceptation de cette dynamique, faussement libératrice, et de ces mécanismes, vraiment asservissants : je suis convaincu que des chrétiens ne voient pas trop où est le problème, avec le mariage homosexuel, rebaptisé universel :
- la technique juridique ne peut-elle pas le rendre disponible ?
- le fait qu'il soit disponible
a) ne sera-t-il pas agréable pour ceux qui y recourront ?
b) ne sera-t-il pas désagréable que pour les "grincheux" ou les "haineux" ?
- le fait qu'il soit disponible par la technique et agréable pour les humains ne sera-t-il pas profitable à la puissance publique, qui a vocation à aménager le droit, pour que personne n'en soit privé ?
8. Comme on le voit, la question de la cohérence, des conséquences, de la consistance de la mise en oeuvre d'un tel "progrès", d'un tel "projet",
- non seulement dans l'ordre juridique, mais aussi dans l'ordre symbolique, au sens le plus profond, le plus fondateur et normateur, récepteur et et transmetteur de structutation de l'être et de l'agir,
- notamment dans sa relation à certaines conséquences ou finalités du mariage et à certaines différences ou réalités présentes dans la nature (je pense ici évidemment aux enfants et la différence entre l'homme et la femme),
- et surtout dans l'ordre du sens, de l'orientation et de la signification ainsi données, ou plutôt prises, au mariage,
n'a pas vocation à être acceptée, comme une question qui aurait droit de cité, par les partisans et promoteurs d'une telle entreprise, "constructiviste", par certains aspects, DONC "destructiviste", pas d'autres aspects.
9. Ce qui précède n'était qu'une tentative de réflexion, au moyen et à partir d'un exemple ; je reviens au sujet, et je maintiens, pour ma part, que l'islamisme n'est pas l'ennemi commun aux chrétiens et aux musulmans, dans la mesure où les raisons et les moyens de combattre l'islamisme qui doivent être ceux des chrétiens ne seront jamais exactement les mêmes que les raisons et les moyens de combattre l'islamisme qui doivent être ceux des musulmans.
10. L'islamisme, non attribué, à tort, à certains musulmans, mais constaté, à raison, chez ces mêmes musulmans,
- n'est pas la conséquence d'une défiguration du christianisme, ni le produit de l'imagination de chrétiens à l'égard de l'islam ;
(et ce n'est pas l'occident très chrétien d'avant-hier, ni l'occident post-chrétien d'hier, ni l'occident oxydé d'aujourd'hui, qui ont suscité ou suscitent l'islamisme)
- est bien une défiguration de l'islam ou le produit de l'imagination de musulmans vis-à-vis de l'islam : l'actualisation et l'extrémisation d'un élément ou d'un fondement présent, d'une direction ou d'une tendance présente, dans l'islam, parmi d'autres éléments, fondements, directions ou tendances présents dans l'islam.
11. Je suis tenté de dire ceci, pour terminer, dans cet ordre d'idées :
- là où les chrétiens ont avant tout pour défi à relever celui de la sécularisation d'un ou de plusieurs univers culturels qui ont été chrétiens, et qui sont confrontés, notamment, à une dynamique de confusion entre l'hédonisme et l'humanisme,
- les musulmans ont avant tout pour défi à relever celui de la spiritualisation d'un ou de plusieurs univers culturels qui sont encore musulmans, et qui sont confrontés, notamment, à une perspective de réduction ou de soumission de l'islam à de l'islamisme.
12. Je suis vraiment désolé pour la longueur de cette tentative d'analyse, certainement ordinaire ou perfectible, de la situation ; merci beaucoup pour toute remarque ou suggestion.
Bonne journée.
Scrutator.