Je peux rester à ses côtés,
Le Forum Catholique
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le torrentiel - 2012-08-28 00:34:10
Je peux rester à ses côtés,
car Nathalie est équanime et intelligente, un ange de gentillesse dont, en quinze ans que je la connais, je puis dire, ce qui est rarissime, qu'elle ne m'a jamais fait de mal. Si elle pouvait en dire autant de moi, mais je sais que ce n'est pas le cas. Je ne lui ai pas facilité la vie. Nathalie est un lac qui vit avec un volcan et qu'avant qu'elle me connaisse, tant de tempêtes sont venues secouer!
Je n'ai pas encore lu vos réflexions, je m'en vais le faire, mais je tenais à vous exprimer combien ce que vous dites sonne juste!Et pour cause, c'est du vécu!
Si on extrapole à peine et qu'on sorte du "monde du handicap", on traite de "parents démissionnaires" (et on leur coupe les vivres) des parents souvent seuls (et souvent des mères), qui n'ont la plupart du temps que le tort de ne pas savoir faire le poids face à une bande, un milieu, une cité, en face de leur enfant.
Quant aux parents d'enfants autistes ou déficients mentaux, si souvent laissés à l'abandon, s'ils n'ont pas de famille, leur solitude n'a pas de nom.
Je me rappellerai toujours cette scène où, rentrant d'avoir accompagné une messe dominicale à Lariboisière, un Africain m'a aidé à entrer dans le métro et s'est assis à côté de moi. Soudain, je me suis aperçu qu'il n'était pas seul. Sa petite fille (d'une dizaine d'années) s'ébrouait à côté de lui, commençait à pousser de petits cris inarticulés en faisant des gestes dans ma direction, parfois en donnant des coups de pied sous mon siège. Sur le mooment, je me suis senti mal à l'aise et me suis renfrogné. Et puis, j'ai eu honte de leur faire le même visage qui devait expliquer que cet homme se retrouvait seul dans le métro parisien un dimanche à midi avec sa petite fille -il ne me semblait pas que quelqu'un les attendait pour déjeuner-. Alors j'ai redressé mon visage et je me suis efforcé d'entrer dans la normalité de cette petite fille, qui était seule avec son père.
Dans ma vie, j'ai eu la chance d'accompagner beaucoup d'actes liturgiques. Souvent avec d'autres, quand une de mes amies, qui a le don de l'organisation, nous faisait servir la liturgie dans des institutions. Je suis ainsi allé à l'Institut Saint-André à Cerney près de chez moi. Oui, ces messes étaient souvent interrompues par le cri de ceux pour qui nous les jouions. Pour servir leur sensibilité au surnaturel. Le plus beau souvenir que j'en ai gardé est celui d'un vieux prêtre qui a trouvé le langage adapté pour parler à ce public hétéroclite essentiellement composé d'adolescents, accessoirement de retraités, qui vivaient là le plus clair de l'année. Sa parole simple et douce emportait le silence. Il récita le chant de la promesse scoute. Comme je sentais qu'il avait besoin de chanter, suivant sa pensée, je l'ai accompagné tandis qu'il entonnait ce chant. C'est un des plus beaux moments de communion avec un prêtre que j'ai vécu en tant qu'accompagnateur (au synthétiseur, cette fois-ci) d'une messe. La messe s'en est ressentie et, quand nous avons pris l'apéritif ensemble, trinquant au bon vin blanc d'alsace, ce vieux prêtre et moi, nous nous sommes dits qu'il s'était passé quelque chose, que la Providence était là.
C'est un magnifique regroupement que l'association "Foi et lumière" ! Je sais que, quand on est parent d'enfant handicapé, on peut avoir peur des ghettos, mais celui-ci ne me semble pas en être un, d'autant qu'à la différence de Jean vanier, Marie-Hélène Mathieu ne parle presque jamais au nom des handicapés. Mais je crois qu'il y a une chose qui est encore plus importante et que vous, parent, devez vivre: c'est qu'en décodant le langage de votre fils, vous avez appris le langage des oiseaux. J'avais une toute vielle grand-tante qui s'émerveillait de la patience avec laquelle mon père m'expliquait ce qu'il voyait à la télévision. Eh bien vous, vous entrez certainement dans quelque communication non verbale, mais gestuelle de ce genre. C'est pourquoi vous aimez cette chanson inquiétante de Leonard cohen qui ne vous fait plus peur. Et ceux qui repoussent ce cri de votre fils dans l'église oublient la Parole du christ demandant qu'on laisse venir à Lui les petits enfants. Il n'y a pas que les fidèles qui trouvent cela inconvenant: j'ai vu au moins deux fois des prêtres s'arrêter de prêcher avant que le tumulte cesse. Les parents honteux ont dû sortir comme vous le décrivez. Avec le recul, je m'aperçois que j'aurais dû sortir moi aussi! Après tout, quand certains ne veulent pas croire en Sa Présence dans la cène, le Seigneur demande à Ses disciples s'ils veulent partir. Et s'ils avaient voulu, ç'aurait été leur dignité de le faire. Or c'est une autre sorte de Présence que Jésus manifeste dans les plus fragiles; et si ceux qui nous entourent ne l'acceptent pas, nous devrions quitter la scène, pour leur montrer qu'ils nous sont une cause de scandale! En fait, nous devrions savoir quitter une église chaque fois que nous ne sommes pas d'accord avec ce qui s'y passe!
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