vous posez la conclusion avant le débat

Le Forum Catholique

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Luc Perrin -  2012-06-30 11:00:30

vous posez la conclusion avant le débat

La querelle empoisonnée autour de la "liberté religieuse" est rendue plus pernicieuse par plusieurs brouillages qui renvoient chacun à un discours fermé et un dialogue de sourds.

- 1er brouillage et cela se voit bien chez Théonas qui est fidèle en cela à la perception des Pères conciliaires de la Minorité : l'assimilation "liberté religieuse" = reconnaissance officielle, doctrinale de l'indifférentisme religieux.

Si c'était le cas, je serais aussi indigné et opposé à D.H. que Théonas ou feu Mgr Lefebvre en son temps.
Simplement ce n'est pas ce qu'énonce le texte - et Vianney souligne qu'il s'en tient "au texte" dans ce fil même - et ce n'est pas du tout ce qu'énonce la Relatio (le rapport introductif lu in aula) de Mgr de Smedt.
Ni dans le texte de D.H., ni dans les explications officielles du moment, ni dans l'esprit des Pères majoritaires (j'ai donné un extrait significatif), ni dans l'explicitation post-conciliaire que ni Vianney ni Théonas ne prennent jamais en compte bien à tort, l'indifférentisme religieux n'est proclamé comme doctrine. Jamais.

- 2è brouillage : Vianney (en vertu de quel privilège spécial ?) assène, c'est "doctrinal", la position de Pie IX en 1864 fait partie du Credo de Nicée-Constantinople et de la profession de foi catholique de Pie IV.

Avant de conclure, il convient d'examiner avec soin et la théologie de la photocopieuse ne saurait y suffire. J'ai eu l'occasion ici de citer plusieurs cas dont un bien connu (la liturgie cf. le motu proprio de 2007) où le Magistère ordinaire (Pie IX ayant usé du Magistère extraordinaire en 1854, il connaissait bien la distinction dont Vianney ne fait aucun cas) contient des éléments pérennes et d'autres qui sont liés à une époque, à une question donnée : les orientations pastorales, dans une certaine mesure, peuvent varier.
Chacun devrait lire la remarquable étude de l'abbé Lucien parue dans Sedes Sapientiae qui analyse ce Magistère ordinaire et en pèse avec soin le lien avec l'infaillibilité de l'Église. Chaque acte du Magistère ordinaire n'est pas automatiquement, comme voudrait nous le faire accroire l'ami Vianney et quelques autres, revêtu de la qualité de dogme de foi catholique équiparé au Credo.
C'est la caricature du catholicisme qu'on en fait depuis les Lumières sur laquelle se fonde Vianney, ce n'est pas sa réalité historique.
A l'inverse, l'abbé Lucien récuse tout autant l'autre caricature, celle des modernistes et néo-modernistes, que le Magistère ordinaire pourrait être révisé au gré des fantaisies comme purement conjoncturel : la juste appréciation repousse ces 2 écueils caricaturaux.

ps. la référence à la Bible, aux Pères etc. n'est pas un critère suffisant pour déterminer qu'il s'agit d'un acte de foi dogmatique.

- 3è brouillage nous l'avons vu sur la notion même d' "État catholique". Vianney à cet égard est plus logique puisqu'il réclame l'exclusivité absolue et la répression donc des acatholiques qui en est la conséquence logique. Un crime non réprimé n'est plus un crime.
Là conscient de l'irréalisme non moins absolu de sa revendication, il se replie sur la tolérance donc ... en pratique la situation dont D.H. fait la norme et dans laquelle nous vivons partout depuis plus de 2 siècles.
Donnée historique qui a incontestablement profondément marqué l'évolution perceptible du Magistère romain, qui accentue avec le temps de Léon XIII à Pie XII l'aspect "tolérance" par rapport à Pie IX, donnée qui a convaincu les cardinaux et archevêques français en 1945, donnée qui s'est imposée au final en 1965. L'Église de Vatican II ajuste son discours théorique, discours qui était relativisé de plus en plus auparavant et qui devenait inadapté entièrement voire gênant pour l'évangélisation.
Les Pères de Vatican II, spécialement les Américains et les Britanniques en pointe dans cette affaire avec ceux venus des pays alors communistes, savaient bien que l'aspect conjoncturel de la revendication de Pie IX en 1864 s'était révélé sans objet dans le siècle qui a suivi ; la crainte compréhensible qui a motivé Pie IX ne s'est pas traduite universellement loin de là, malgré le laïcisme et tous les régimes totalitaires anti-chrétiens, la foi catholique a continué à se répandre entre 1864 et 1965, et depuis.
Les catholiques aux USA pesaient 1% à peine de la population en 1791, ils sont 25% aujourd'hui sous un régime juridique inchangé de "liberté religieuse".

La "doctrine" est donc à mesurer avec beaucoup de soin (éléments pérennes, éléments pastoraux conjoncturels) et ne saurait être étrangère dans un domaine aussi contingent pour une large part que le rapport à l'État à l'histoire qui nous dit aussi quelque chose puisqu'elle est la construction (parfois déconstruction) du règne social de Jésus Christ.



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